Le Maghreb de Vermeren : Comment démocratiser sans sislamiser ?
| Depuis sa thèse très documentée, École, élites et pouvoir, Pierre Vermeren a prouvé quà côté de ses livres-cartes visite sur Le Maroc en transition, il a une connaissance historique fine et opère un suivi permanent du Maghreb. Avec cet essai, alliant les données post-coloniales sur les trois pays (Maroc, Algérie, Tunisie) et lanalyse sociopolitique des forces en place, il propose une mise en perspective inédite du rêve de démocratisation qui les traverse et les secoue. Sur le Maghreb en général et le Maroc en particulier, la lecture quil propose se résume à un schéma quasi-linéaire : les premières années suivant lindépendance sont violentes, les élites nont darme |
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que le marxisme et le pouvoir se braque. Avec la démographie galopante, le raidissement du pouvoir et le désenchantement idéologique, ces élites font, vingt ans plus tard, le constat de leur affaiblissement, lappauvrissement de la classe moyenne et le début dun long cycle de crises sociales. Depuis, les islamistes commencent leur quête de pouvoir, la frange islamo-conservative du pays sélargit dans un élan de "décolonisation culturelle", alors que "lélite occidentalisée, francophone, acculturée" devient de plus en plus hors du coup. Mais si les défenseurs de la démocratie, à la fin des années 80, ne se trouvent que partiellement dans des associations de défense des droits humains et si les pseudo-défenseurs de la modernité cautionnent le ralentissement du processus de démocratisation par le Makhzen, le besoin de la société de "se prendre en charge" devient impérieux à laube du 21e siècle. Vermeren donne une importance excessive à la contrainte pouvant venir de lextérieur (Union européenne, Grand Moyen-Orient), tout en reconnaissant quil y a une dynamique interne (presse, société civile
). Mais, la grosse question quil pose en filigrane est : comment démocratiser sans sislamiser ? Vu la volonté du pouvoir de faire collaborer les islamistes soft (PJD) et la représentativité dAl Adl qui, semble-t-il, est plus importante, tout cela conjugué au désarroi idéologique de la gauche, la crainte existe. Mais, nayant plus droit à lerreur, estime lauteur, "le Maghreb de demain devra marcher sur deux pieds : la société et ses élites". Or, si la démocratie, vue de Paris et de Washington, semble un confort nécessaire, vue par lélite moderniste de Rabat, elle sous-entend des compromis sur des privilèges fondamentaux : "la liberté sexuelle, alimentaire, religieuse et la libération des femmes". Est-ce si manichéen que cela ? La démocratie dépend-elle vraiment de la volonté des acteurs ? Vermeren semble, en tout cas, plutôt optimiste.
Maghreb, la démocratie impossible, Pierre Vermeren, Fayard, avril 2004
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Parution : Le théâtre de la Résistance (Amale Samie)
Tout le monde connaît Nedjma, premier roman mythique et ardu de Kateb Yacine. Ce quon sait moins, cest quil était auteur de pièces de théâtre, journaliste à Alger Républicain, proche du Parti commuiste algérien, et quil a écrit des textes percutants pour son journal. Traqueur non repenti dinjustices tardives, marxiste sans être encarté, Kateb Yacine a joué ses propres pièces, écrites, réécrites en arabe, en français et en Tamazight. Cest un théâtre de combat. Il vaudra à "Action culturelle des travailleurs" sa dissolution.
Kateb Yacine prend la direction d'un théâtre au début des années 80. Sa vie se confond avec le théâtre algérien, celui des |
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opprimés. Il a même écrit une brève histoire des chefs peaux rouges qui ont résisté aux cowboys dans un recueil de ses articles phares dAlger Républicain, maintenant disparu, Il est minuit passé de douze heures.
Les trois pièces de théâtre, rassemblées dans Parce que cétait une femme, parlent même aux néophytes. Ce recueil est un hymne à la gloire de Dihya, plus connue sous le nom de la Kahena, femme politique algérienne du 14e siècle et de la communarde Louise Michel. Les pièces ont été reconstituées à partir de manuscrits trilingues. Cest Zebeïda Chergui, femme de lécrivain disparu, qui a agi comme elle le fait depuis 1989, en éditant tout ce que lauteur a négligé déditer parce quil était constamment pris par le temps, jouant ses pièces sur la place publique et dans les maisons de la culture. Un vrai travail de graphologue, de scribe et de copiste.
Au moment où un nouveau code de la famille entre en vigueur, il est utile de relire ces pièces à la gloire de 3 femmes qui ont fait avancer les hommes. Loccasion nous en sera donnée bientôt puisque Zebeïda Chergui signera elle-même le dernier recueil quelle a publié, au Carrefour des livres à la fin du mois de mai, à Casablanca.
Parce que cétait une femme, Kateb Yacine, Gallimard, 2004.
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