Sahara : Le Maroc en position de force
Kofi Annan abandonne, enfin, lidée de faire passer le plan Baker II au forceps. Et Zapatero considère que la stabilité du Maroc oblige lEspagne à changer de cap sur la question du Sahara. Saurons-nous profiter de ces points davance ? Analyse par Driss Ksikes
Le Maroc peut souffler. Kofi Annan a enfin compris et reconnu dans un rapport rendu public le 23 avril quil ne sert à rien dimposer une "solution non consensuelle" sur le Sahara. Au lendemain de la proposition de la quatrième voie par James |
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Baker, le même Annan prétendait que "de nouvelles négociations entre les parties non seulement ne donneraient aucun résultat, mais seraient contre-productives". Aussi bien dans les sessions de juillet et octobre 2003, que celle de janvier 2004, il tenait mordicus à "faire accepter" et "appliquer" le plan onusien, sans discussions préalables et avec des délais très courts. Et à chaque fois, la pression de Paris et la prétendue neutralité de Washington ont dissuadé le Conseil de sécurité de mettre le Maroc au pied du mur. Aujourdhui, le ton a changé. Le secrétaire général de lONU demande 10 mois supplémentaires pour la Minurso et prend note des réticences du Maroc, qui plaide pour "une autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine". Dans les réunions menées à huis clos avec Baker, les 2 et 15 avril, les responsables marocains du dossier ont voulu pousser vers lamendement du plan proposé. Leur objectif : retourner à la troisième voie initiale, abandonner le référendum, rayer loption dindépendance et appeler à une autonomie "à la marocaine". Le fait que le rapport onusien ne donne pas à la formule de Rabat valeur de "plan alternatif" et reste circonspect sur la volonté des autres parties (lAlgérie, le Polisario) dy adhérer, ne manque pas dirriter la diplomatie marocaine. De lavis dAbraham Serfaty, lune des personnes les plus consultées sur le dossier, il sagit plus dambiguïté de la part du Maroc, où la volonté du roi daller de lavant est freinée par le chauvinisme des partis politiques. Résultat : "Il veut négocier la quatrième voie, mais dans le cadre dune voie marocaine". Doù le ton ambivalent de Rabat. Le ministre des Affaires étrangères se dit "disposé à entamer la négociation avec les autres parties, à tout moment", mais ferme sur le caractère "non négociable" de la solution dautonomie. Il se dit même déterminé à "clôturer la question de lautodétermination".
La formule na pas fait que des heureux. Le 25 avril, le Polisario a organisé un show médiatique dans la région de Haouza devant le mur de défense, mis à lindex comme "le mur de la honte". Mohamed Abdelaziz y a reproché à Annan de "ne pas avoir été ferme vis-à-vis de lintransigeance du Maroc". Sattachant, bien entendu, à la sacro-sainte autodétermination de "son peuple", il en est venu à regretter le plan de paix référendaire de 1991. La réunion du Polisario à Haouza sest très mal terminée. Sétant rapprochés de 600 mètres du mur de leurs lamentations - le cessez-le-feu ne les autorise pas dêtre en deça de 4 kilomètres - cela leur a valu les réprimandes officielles de la Minurso. Alors que plusieurs députés et journalistes espagnols se trouvaient au Sud, Zapatero et ses proches collaborateurs étaient à Casablanca pour initier un revirement dans la politique espagnole sur le sujet. Aussi bien à Casablanca que devant le Congrès à Madrid, Zapatero na pas évoqué nommément "le plan Baker". Il a défendu le droit des parties à trouver une "solution de commun accord" et exhorté Baker à "jouer un rôle historique" dans cette affaire. Traduction : mettre son ego de côté et accepter dêtre un peu plus à lécoute des versions proposées. Derrière ce revirement de la position officielle espagnole, plusieurs facteurs concomitants. Dabord, le sentiment diffus, au sein de la direction du PSOE (parti de Zapatero), avant mais surtout après le 11 mars, que la stabilité du Maroc est une priorité. Sadressant à leurs bases, largement acquises à la cause du Polisario, rapporte un journaliste madrilène, les défenseurs de cette realpolitik espagnole appellent à "mettre de côté ses passions et écouter la voie de la raison". Concrètement, la position de Zapatero, on la doit à deux lobbyistes pro-marocains de taille. Le premier, Bernardo Lerr, le second homme du gouvernement, est très proche du conseiller royal, André Azoulay. Quant au second, Miguel Angel Moratinos, le chef de la diplomatie, cest autant un ancien ambassadeur à Rabat quun proche de Paris. Nempêche, il serait prématuré de croire, comme le laisse entendre la Une du quotidien ABC (proche dAznar), que "le nouveau gouvernement changera la politique suivie depuis 1975 sur le Sahara". Pour le moment, cest un changement de ton. Le fond suivra, peut-être, mais Zapatero devra affronter une rude résistance pour y parvenir. Toujours est-il que par les bienfaits dun vote socialiste à Madrid, les calculs géopolitiques autour de la question du Sahara changent radicalement. Il y a quelques mois, le Maroc comptait juste sur le soutien franc de Jacques Chirac et la promesse molle de G.W Bush que "rien ne lui sera imposé" et appréhendait laxe Alger-Madrid qui le cernait et laffaiblissait, même à Washington. Aujourdhui, cet axe est fissuré. Lorientation européenne de lEspagne lamène à donner la priorité au Maroc. Et, même en Algérie, la réélection de Bouteflika est porteuse despoirs ténus. Dautant que ce dernier, jusque-là réticent dans sa volonté de jeter les ponts avec le Maroc, cumule dorénavant le poste de ministre de la Défense nationale. Interrogé sur la prédisposition algérienne à négocier, Taïeb Fassi Fihri pense quil "faut laisser à la nouvelle équipe le temps de sinstaller".
En gros, le Maroc est politiquement confiant. Maintenant, il lui reste à convaincre au niveau des négociations, si jamais les Algériens veulent jouer le jeu. Or, à ce niveau, estiment bon nombre dobservateurs, "les lignes rouges marocaines amènent le Maroc à confondre régionalisation et autonomie". Arrivera-t-il à dépasser cette contradiction ? En tout cas, il a une largeur davance pour ficeler son argumentaire. Avec moins de pression quauparavant. |
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