Les pouvoirs du roi
Sahara : Le Maroc en position de force
Politique : Ces zouama qui s'accrochent au pouvoir
Maroc-Argentine à casa
Société : Les orphelins de l'islam*
Polémique : Les yeux humides d'Aghbala
Dossier Special : L'automobile ne décolle pas
Manar l'Anar
Économie
Enquête
N° 125
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Sahara : Le Maroc en position de force
Politique : Ces zouama qui s'accrochent au pouvoir
Maroc-Argentine à casa
Société : Les orphelins de l’islam*
Polémique : Les yeux humides d’Aghbala
Dossier Special : L'automobile ne décolle pas

Maroc-Argentine à casa

Plus de 90.000 spectateurs ont
assisté au match. 20.000 autres
sont restés à l'extérieur.
Même avec leurs billets…
Maroc 2010 était en embuscade, et Chadwane Bensalmia en coulisses


Le premier coup de sifflet n’a pas encore été donné. Les 60.000 spectateurs officiellement annoncés – 90.000 officieusement, soit presque la capacité totale du stade – ont d’ores et déjà perdu la voix, chauffés pendant plus de 3 heures par l’animateur officiel de l’évènement, Smaïl. Certains sont là depuis midi, alors que les portes n’ont été ouvertes au public qu’à 16 heures et que 80 % des forces de police de la ville ont
été dépêchées sur les lieux pour y veiller. Le public est tout drapé de blanc. Des capes que la commission Maroc 2010 a fait fabriquer pour l’occasion puis distribuer gratuitement à l’entrée du stade.
Certains ont profité de l’aubaine, en ont pris des demi-douzaines pour les revendre ensuite aux plus naïfs en leur faisant croire que c’est de la PLV. Et l’arnaque a marché.
La tribune presse est bondée de journalistes de tous les âges - certains de douze ans à peine - c’est difficile à croire, mais c’est certainement vrai puisqu’ils portaient les badges consacrés à la presse autour du cou. D’ailleurs, les agents de sécurité - qui portaient des joggings bleus - placés à l’entrée de ladite tribune ne s’en sont pas étonnés… Plus tard, on m’expliquera que tous ces bonhommes en survêtements sont des flics "le jogging, c’est pour détendre l’atmosphère et donner une image décontractée de la police marocaine". Du reste, tout se passe plutôt bien. Le public est chaud, mais plutôt discipliné. Des groupes de supporters venus des quatre coins du pays ont étalé leurs banderoles. Il y en a même venus d’Argentine. Enfin, en apparence. En fait, je réalise que la majorité d’entre eux sont Marocains. Ils ont juste choisi de soutenir l’autre camp !
Le match commence bientôt. Je me plante devant le vestiaire de l’équipe nationale pour soutirer quelques mots aux joueurs. L’accès ayant été interdit à tous sous peine de déconcentrer les joueurs. "Ils ne jouent pas contre n’importe qui ?", me dit-on. Au fond, je ne crois franchement pas en l’efficacité de la "technique de la concentration" pour battre les Latinos, mais je me résigne à respecter les consignes, d’autant plus que je ne comprends pas grand-chose au foot.
La porte s’ouvre et je vois une bonne dizaine d’adolescents en shorts verts et tee-shirts Morocco 2010. Je pense alors que c’est la sélection juniors qui va les précéder sur la pelouse. Du cérémonial, quoi. Je me joins à eux, instinctivement. Ils descendent dans le fameux passage souterrain qui mène à la pelouse. Je les suis toujours sans vraiment m’attarder sur leurs visages. Une fois dans le tunnel, je regarde autour de moi et réalise que je suis seule avec eux, marchant côte à côte. Ce qui conforte ma conviction – si c’était des gens importants, on serait plusieurs à se marcher dessus. Bref, au bout d’un moment, je décide d’aborder l’un d’eux, sans vraiment le regarder : "Qu’est-ce que t’en penses ? On va perdre trois à zéros, hein ?". Ce à quoi, il me répond, du tac au tac "Huit zéros, si tu veux". Je m’apprête à rire lorsqu’il finit sa phrase, sur un ton plutôt vexé, "Merci, c’est très encourageant". Là, alors qu’on est à deux mètres de la sortie du passage, je lève les yeux et je vois des bouclettes dorées et un visage qui me fait un effet de déjà vu, puis un nom surgit du fin fond de ma mémoire : Zaïri… Merde, qu’est-ce que j’ai fait ? Les choses vont ensuite très vite, je revois toute la scène depuis les vestiaires, tous les visages perdent d’un coup leur anonymat - par la force des choses, bien sûr, parce qu’en réalité, même a posteriori, je n’en ai reconnu qu’un seul, celui de Naybet. La foule acclame ses idoles. L’hymne national est chanté en chœur par les 90.000 spectateurs. Je me trouve une place – debout - juste derrière les équipes télé, et en dessous du public Rajaoui. L’arbitre donne le coup d’envoi. Le ballon fait son ballet habituel. Je vois le vois passer d’un pied à l’autre et d’une équipe à une autre. Une contre-attaque des argentins arrache une déclaration d’amour à un supporter rajaoui "je t’aime Fabiola". Et son voisin qui lui rétorque, moqueur "calme-toi, c’est tout de même pas l’AC Milan qui joue". Le temps passe, le match continue. L’arbitre siffle la mi-temps. Les joueurs quittent le terrain. Le score est toujours nul. Les foules commencent leurs commentaires "ils n’ont vraiment joué", "Dommage, si Regragui était là…", "Tu as quelque choser à manger ?". Derrière tout ce monde, les officiels, de tout bord, se sont dirigés vers le buffet, dans une salle du stade soigneusement gardée. Les cartons de gâteaux, de chez Rahal, sont dévorés en un temps records. Les flics en joggings, en poste devant la salle de buffet, en feront leur sujet de discussion pendant le reste du match. L’arbitre siffle la deuxième mi-temps, le public a toujours de l’espoir. L’immense drapeau marocain "le plus grand d’Afrique" précisent les organisateurs est étalé sur le public, fait vite de rétrécir lorsque le but argentin est marqué. Les nationaux sont désorientés. Certains commencent déjà à quitter les gradins, convaincus que la partie est finie. Je comprendrais quarante minutes plus tard qu’ils avaient raison. Les standing ovations ne changeront rien au score. Le match est fini. Finalement, je me dis qu’il n’avait rien de vraiment exceptionnel.
 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés