Maroc-Argentine à casa
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Plus de 90.000 spectateurs ont
assisté au match. 20.000 autres
sont restés à l'extérieur.
Même avec leurs billets
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Maroc 2010 était en embuscade, et Chadwane Bensalmia en coulisses
Le premier coup de sifflet na pas encore été donné. Les 60.000 spectateurs officiellement annoncés 90.000 officieusement, soit presque la capacité totale du stade ont dores et déjà perdu la voix, chauffés pendant plus de 3 heures par lanimateur officiel de lévènement, Smaïl. Certains sont là depuis midi, alors que les portes nont été ouvertes au public quà 16 heures et que 80 % des forces de police de la ville ont |
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été dépêchées sur les lieux pour y veiller. Le public est tout drapé de blanc. Des capes que la commission Maroc 2010 a fait fabriquer pour loccasion puis distribuer gratuitement à lentrée du stade.
Certains ont profité de laubaine, en ont pris des demi-douzaines pour les revendre ensuite aux plus naïfs en leur faisant croire que cest de la PLV. Et larnaque a marché.
La tribune presse est bondée de journalistes de tous les âges - certains de douze ans à peine - cest difficile à croire, mais cest certainement vrai puisquils portaient les badges consacrés à la presse autour du cou. Dailleurs, les agents de sécurité - qui portaient des joggings bleus - placés à lentrée de ladite tribune ne sen sont pas étonnés
Plus tard, on mexpliquera que tous ces bonhommes en survêtements sont des flics "le jogging, cest pour détendre latmosphère et donner une image décontractée de la police marocaine". Du reste, tout se passe plutôt bien. Le public est chaud, mais plutôt discipliné. Des groupes de supporters venus des quatre coins du pays ont étalé leurs banderoles. Il y en a même venus dArgentine. Enfin, en apparence. En fait, je réalise que la majorité dentre eux sont Marocains. Ils ont juste choisi de soutenir lautre camp !
Le match commence bientôt. Je me plante devant le vestiaire de léquipe nationale pour soutirer quelques mots aux joueurs. Laccès ayant été interdit à tous sous peine de déconcentrer les joueurs. "Ils ne jouent pas contre nimporte qui ?", me dit-on. Au fond, je ne crois franchement pas en lefficacité de la "technique de la concentration" pour battre les Latinos, mais je me résigne à respecter les consignes, dautant plus que je ne comprends pas grand-chose au foot.
La porte souvre et je vois une bonne dizaine dadolescents en shorts verts et tee-shirts Morocco 2010. Je pense alors que cest la sélection juniors qui va les précéder sur la pelouse. Du cérémonial, quoi. Je me joins à eux, instinctivement. Ils descendent dans le fameux passage souterrain qui mène à la pelouse. Je les suis toujours sans vraiment mattarder sur leurs visages. Une fois dans le tunnel, je regarde autour de moi et réalise que je suis seule avec eux, marchant côte à côte. Ce qui conforte ma conviction si cétait des gens importants, on serait plusieurs à se marcher dessus. Bref, au bout dun moment, je décide daborder lun deux, sans vraiment le regarder : "Quest-ce que ten penses ? On va perdre trois à zéros, hein ?". Ce à quoi, il me répond, du tac au tac "Huit zéros, si tu veux". Je mapprête à rire lorsquil finit sa phrase, sur un ton plutôt vexé, "Merci, cest très encourageant". Là, alors quon est à deux mètres de la sortie du passage, je lève les yeux et je vois des bouclettes dorées et un visage qui me fait un effet de déjà vu, puis un nom surgit du fin fond de ma mémoire : Zaïri
Merde, quest-ce que jai fait ? Les choses vont ensuite très vite, je revois toute la scène depuis les vestiaires, tous les visages perdent dun coup leur anonymat - par la force des choses, bien sûr, parce quen réalité, même a posteriori, je nen ai reconnu quun seul, celui de Naybet. La foule acclame ses idoles. Lhymne national est chanté en chur par les 90.000 spectateurs. Je me trouve une place debout - juste derrière les équipes télé, et en dessous du public Rajaoui. Larbitre donne le coup denvoi. Le ballon fait son ballet habituel. Je vois le vois passer dun pied à lautre et dune équipe à une autre. Une contre-attaque des argentins arrache une déclaration damour à un supporter rajaoui "je taime Fabiola". Et son voisin qui lui rétorque, moqueur "calme-toi, cest tout de même pas lAC Milan qui joue". Le temps passe, le match continue. Larbitre siffle la mi-temps. Les joueurs quittent le terrain. Le score est toujours nul. Les foules commencent leurs commentaires "ils nont vraiment joué", "Dommage, si Regragui était là
", "Tu as quelque choser à manger ?". Derrière tout ce monde, les officiels, de tout bord, se sont dirigés vers le buffet, dans une salle du stade soigneusement gardée. Les cartons de gâteaux, de chez Rahal, sont dévorés en un temps records. Les flics en joggings, en poste devant la salle de buffet, en feront leur sujet de discussion pendant le reste du match. Larbitre siffle la deuxième mi-temps, le public a toujours de lespoir. Limmense drapeau marocain "le plus grand dAfrique" précisent les organisateurs est étalé sur le public, fait vite de rétrécir lorsque le but argentin est marqué. Les nationaux sont désorientés. Certains commencent déjà à quitter les gradins, convaincus que la partie est finie. Je comprendrais quarante minutes plus tard quils avaient raison. Les standing ovations ne changeront rien au score. Le match est fini. Finalement, je me dis quil navait rien de vraiment exceptionnel. |
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