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Droit de réponse : Musée de Marrakech Mme Benjelloun contre-attaque


Selon la présidente du musée de Marrakech, c'est sa directrice, Sakina Gharib, qui met le musée en péril.

Vous avez publié dans le n°124 de TelQuel, un article intitulé : "Marrakech, un
musée en péril" et par lequel votre reporter Maria Daïf, se basant
(quoique de bonne foi) sur ce que lui avait raconté l'ex-directrice du musée, Mme Sakina Gharib a mis en cause Mme Naima Benjelloun, épouse du défunt Omar Benjelloun, fondateur du musée. C'est en fait Mme Gharib, ainsi que ses témoins, qui cherchent à jeter un infâme discrédit sur la personne de Mme Benjelloun. Voici pourquoi.
Lorsqu'en novembre 2003, Madame Benjelloun s'est rendue au musée pour poursuivre la mission de son défunt mari, décédé en janvier de la même année, elle a immédiatement constaté de graves anomalies de gestion : les recettes du musée avaient disparu et n'avaient pas été versées sur le compte de la fondation comme à l'ordinaire. Après enquête, elle découvrit qu'elles étaient versées tout simplement sur le compte personnel de Madame Gharib, ouvert à la B.M.C.I, malgré le fait que ces recettes étaient sous la responsabilité du caissier et le contrôle permanent d'un responsable comptable. Mme Gharib, déclarant faussement que le compte de la fondation était bloqué, prélevait des sommes en espèces, selon sa convenance et sans aucun contrôle, pour régler des dépenses qui apparaîtront démesurées et inutiles, alors qu'elle n'avait aucun pouvoir ni délégation de signature pour engager financièrement le musée ni pour ouvrir un compte au nom du musée, même du vivant de M. Omar Benjelloun. Je dispose, à titre justificatif, de 14 bordereaux de versement sur le compte n°0114220045600197, appartenant à Mme Gharib. Bien plus grave : sur deux bordereaux de dépôt en faveur de Madame Gharib, des anomalies et surcharges manuscrites de faux et usage de faux ajoutées avec une écriture et une couleur d'encre différentes indiquant "musée de Marrakech". Par contre, les 12 autres reçus bancaires sont libellés, tout simplement, au nom de Sakina Gharib.
Mme Benjelloun eut beaucoup de difficultés pour récupérer la somme détournée. Il a fallu qu'elle menace l'ex-directrice d'informer les autorités judiciaires pour que, prise de panique, cette dernière restitue quatre mois plus tard la somme de 1.894.900 DH. Devant ces faits délictueux, Mme Benjelloun a été dans l'obligation de procéder au licenciement de la directrice, comme le prévoient les dispositions de l'article 6 du code du travail. Ensuite, elle confia à un cabinet d'experts comptables réputé de Casablanca, l'audit des comptes de la gestion du musée, afin de déterminer les responsabilités.
Dès que l'ex-directrice a reçu la lettre de licenciement notifiée par un Conseil de la fondation, elle a cru pouvoir se défendre, d'abord en créant un bureau syndical, puis en jetant le discrédit sur Mme Benjelloun par voie de presse, utilisant le mensonge, l'injure et la diffamation et ce, avant que ses propres turpitudes ne soient publiquement connues. Tels sont les faits réels et les motifs de la rage de Mme Gharib. Comment la croire lorsqu'elle prétend "avoir fait confiance à Mme Benjelloun en la nommant le ler décembre 2003 présidente de la fondation" ? À l'écouter, il appartiendrait donc à Mme Gharib de nommer la présidente de la fondation, ainsi que toute personne qu'elle choisirait, pour diriger le musée. En d'autres termes, Mme Gharib avoue implicitement, sans pudeur, qu'elle est devenue la propriétaire du musée !
L'ex-directrice ajoute que Mme Benjelloun "l'appelait trois à quatre fois par jour, critiquant son travail et prenant des décisions sans lui demander son avis en tant que directrice du musée"... Toujours d'après Mme Gharib, Mme Benjelloun prenait "des décisions portant atteinte à la réputation du lieu" : "annulation ou tentatives d'annulations d'expositions (lesquelles ?), interdiction de concevoir des affiches, interdiction d'accès à la terrasse de la cafétéria, fermeture des toilettes (sic), de la Qobba des Almoravides et de ses toilettes (resic), interdiction d'arroser les fleurs"… Tels sont les crimes de Mme Benjelloun qui mettent en péril l'avenir du musée, selon Mme Gharib et ses témoins. On est confondus !!
Mais les accusations ne s'arrêtent pas là. L'ex-directrice ajoute: "À Marrakech, artistes et habitués du musée s'accordent à le dire : toute dépense par le musée, la Medersa ou la Qobba semblent inutiles à la veuve Benjelloun". Votre reporter ne s'est-elle pas posée cette question : comment les artistes et les habitués du musée sont-ils constamment informés des états d'engagement des dépenses du musée et mis au courant de l'infime acte de gestion quotidien de Mme Benjelloun ? Votre reporter ne s'est-elle pas posée cette autre question : comment se fait-il qu'elle a rapidement trouvé plusieurs témoins réunis, prêts à soutenir et défendre la "bonne" cause de Mme Gharib ? Trop facile, de croire à la spontanéité des uns et des autres.
Quant aux prétendus licenciements mentionnés dans l'article, il y en avait deux. Celui de Mme Gharib qui est légalement justifié et celui de l'infographiste que l'ex-directrice a maintenu dans ses fonctions, alors qu'il était engagé pour une durée déterminée. L'ex-directrice a outrepassé ses pouvoirs en le maintenant en fonction sans l'avis de Mme Benjelloun, vice-présidente de la fondation du vivant de Omar Benjelloun.
Par ailleurs, Mme Benjelloun n'avait-elle pas le droit de reprocher à l'ex-directrice d'organiser des dîners inconvenantsau sein de la Medersa ? La présidente ne devait-elle pas lui reprocher d'avoir, de sa propre initiative, autorisé une telle manifestation qui discréditait un lieu spirituel et culturel et la mémoire du défunt, qui n'aurait jamais permis une si grave atteinte au lieu ? Eh bien oui, Mme Benjelloun devait parfaitement le lui reprocher et il était de son devoir de le faire.
Les accusations portées ou inspirées par Mme Gharib pour masquer ses propres turpitudes sont gratuites, sans fondement et combien intéressées. Cette affaire n'est pas terminée et le sort de Mme Gharib sera soumis à la justice, car les faits délictueux qu'elle a commis sont prévus par les articles 357, 505, 506, 509, 547 et 549 du code pénal et peuvent entraîner une lourde condamnation privative de liberté.

Mohamed Berrada, avocat de Mme Benjelloun

Le droit de réponse de Mme Naïma Benjelloun n'apporte rien de nouveau à notre enquête (TelQuel n°124). Mme Gharib avait fourni une explication convaincante concernant les mouvements bancaires qu'elle avait engagés pour le musée, explication que nous avions reproduite dans l'article incriminé. Nous maintenons toutes nos affirmations, et renouvelons notre soutien à Mme Gharib, tout comme les 400 personnes signataires d'une pétition à consulter sur le site www.emarrakech.info. TelQuel



SOS Musée en péril !

Tous les Marrakchis, tous les nombreux visiteurs du musée de Marrakech vous le diront : la plus belle trouvaille de Omar Benjelloun, celle qui concrétisa ses rêves au niveau de la ville, leur conférant le cadre professionnel et l’exigence artistique qu’ils se devaient d’avoir, c’est Sakina Rharib. Passionnée, dévouée au-delà de toute mesure, cette jeune femme promue directrice du musée de Marrakech - à l’heure où pour beaucoup d’entre nous, ce n’était encore qu’un caprice de mécène - sut lui conférer, en quelques années, l’éclat et la place qu’il occupe aujourd’hui.
Face aux périls qui menacent le musée depuis quelques jours, face à l’éviction sans ménagement de sa directrice, on ne peut que s’interroger sur la pérennité des fondations au Maroc et sur leur devenir, qui semble étroitement lié au sort des individus qui les ont créés. Faut-il que la disparition des mécènes entraîne inéluctablement avec elle la remise en question des projets parfois déterminants dont ils étaient les instigateurs ? Le cadre juridique dans lequel s’inscrivent leurs actions est-il si aléatoire qu’il autorise tous les revirements, tous les reniements après leur mort ? Est-il concevable dans un pays comme le nôtre que ce mécénat, qui vient si heureusement seconder l’action de l’État et du ministère de la Culture, ne puisse bénéficier d’un cadre juridique le protègeant de toute action intempestive menaçant sa pérennité à moyen ou à long terme ?
Vers quelles instances se tourner aujourd’hui pour obtenir la garantie que cette institution vitale pour la vie culturelle du Maroc subsiste ? Vers quelles instances se tourner pour que sa directrice, dont les qualités professionnelles reconnues de tous nous semblent injustement mises en cause, soit rétablie dans ses droits et ses fonctions ?
À Marrakech, c’est à de telles questions que les intellectuels de tous bords, les passionnés de culture cherchent, anxieusement, impatiemment, des réponses, depuis des jours…

Ouidad Tebbaa, université Cadi Ayyad, Marrakech

 
 
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