| Le ton est à loptimisme. La question du Sahara sort dune période de tension, où le Maroc craignait dêtre contraint à accepter le plan Baker II à une phase de détente où Paris, Washington et même Madrid plaident pour une négociation ouverte entre Rabat et Alger. Deux priorités déterminent ce choix stratégique : la stabilité du Maroc, qui devient un producteur de kamikazes et de terroristes, et la construction du Maghreb que lon perçoit comme unique rempart régional, à long terme, contre le désespoir et lextrémisme. Mais, au moment où le Maroc gagne des points, sur le plan diplomatique et géopolitique, la question de lautonomie |
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reste en suspens. Alger et le Polisario ne la conçoivent pas hors du droit des Sahraouis, soit à lautodétermination, soit à une autonomie pleine et entière. Quant au Maroc, il ne veut plus entendre parler de référendum dautodétermination et plaide pour une autonomie qui tienne compte de son intégrité territoriale et de la souveraineté de la monarchie. Il revendique, de la sorte, la limitation des pouvoirs, exécutif et judiciaire, et un élargissement du rôle de larmée.
Ceci étant dit, le contexte international na jamais été aussi propice pour que le Maroc négocie au mieux lautonomie quil désire. Même la lutte antiterroriste est mise à profit, par propagande ou par provocation, pour décrédibiliser le Polisario et lui chercher des liens troubles avec le réseau Al Qaïda. En attendant, lAlgérie développe considérablement son armement et ne montre pas de prédisposition explicite à négocier. La balle est dans son camp, certes, mais lavantage que détient le Maroc risque dêtre éphémère. Autant dire que la voie vers lautonomie est, en même temps, ouverte et sinueuse. |

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Chercheur, spécialiste du Sahara
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"Le Maroc doit savoir que toute tentative de gagner du temps est une perte de temps"
Dans sa lettre adressée à Kofi Annan, le Maroc défend une "autonomie à la marocaine", tenant compte de ses lignes rouges. Faut-il en déduire quil accepte ou qu'il craint lautonomie ?
Lerreur commise par lÉtat central depuis 1956 est davoir misé à tort sur des structures centralisées à outrance. Le changement ne sera pas facile mais il reste possible. Il y a lieu de savoir si lautonomie nest pas un monstre qui menace les États comme le Maroc. Jamais le Maroc na été sur une aussi bonne voie que maintenant. Lapproche autonomiste renforce et ne fragilise nullement les structures de lÉtat. Cette vérité était valable également pour les décennies écoulées. Si le Maroc implique les trois régions du
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Sud et le Cercle de Sidi Ifni dans la structure autonomiste, il mettra toutes les chances de son côté pour éviter un changement sensible et brutal. Celui-ci ne peut menacer lÉtat que sil y a ségrégation, comme cest le cas actuellement. Il faut avancer dans la voie autonomiste, sachant que la vision qui doit meubler les esprits des décideurs est le long terme. Cest une chance offerte au Maroc pour échapper à limpasse vers laquelle nous avançons depuis 1956. Je pense que lÉtat sest suffisamment préparé, sauf quil continue à manigancer des tours pour gagner du temps et acquérir quelques concessions supplémentaires.
Sur le plan géopolitique, Paris et Washington, et aujourdhui lEspagne, soutiennent une négociation qui mènerait à lautonomie, au nom de la priorité sécuritaire de stabilité du Maroc et de la nécessité économique du Maghreb. Le Maroc saura-t-il tirer profit de cette opportunité inédite, qui risque dêtre éphémère ?
Impliquer les puissances environnantes dans le conflit, notamment lEspagne, cest sarmer de garantie internationale. La Constitution espagnole exclut toute forme dindépendance. Si elle est prise comme modèle, elle permettra de mieux neutraliser la société civile et les partis politiques espagnols. En elle-même, la stratégie à poursuivre est vraiment dimpliquer les États du contour méditerranéen en vue dun consensus négocié sur la question. Lautonomie est la solution optimale dont parle le Conseil de sécurité. Elle ne signifie nullement que le référendum soit une menace directe ou que la période transitoire mettra la région en feu. Le Maroc doit savoir que toute tentative pour gagner du temps est en elle-même une perte de temps. Les jeux sont clairs, et il faut affronter les mesures structurelles à la fois pour gagner du temps et pour tracer les contours dune autonomie possible.
Au moment où le Maroc plaide diplomatiquement pour une autonomie au Sahara (pas forcément dans les termes du plan Baker II), lAlgérie se renforce militairement et reste indifférente aux appels à la négociation. Le rapport de force amènera-t-il le Maroc à faire davantage de concessions ?
Que gagnerait lAlgérie à faire la guerre ? La résolution du Conseil de sécurité est claire : il faut valoriser la solution négociée. Les partis en conflit doivent se remettre en cause. Il nest pas permis de jouer éternellement à ce petit jeu qui ignore les intérêts des peuples. Aucune partie ne sortira gagnante ou perdante du conflit. Il est impossible denvisager un État indépendant au Sahara. Il est inconcevable denvisager un annexionnisme marocain pur et simple. Quelles concessions le Maroc est-il appelé à faire ? LÉtat, dans ce pays, a agi de manière jacobine sans aucune considération pour les structures sous-jacentes des régions et des groupes sociaux. Tout le risque est dans le maintien de cette approche totalitaire. Bref, toute tentative de gagner du temps est une erreur supplémentaire. Or, le temps nest plus à lerreur. LAlgérie devrait le savoir aussi. |

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Officier retraité, ex-détenu à Tindouf
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"Si lAlgérie voit le Sahara lui échapper, elle peut nous provoquer militairement"
Dans sa lettre adressée à Kofi Annan, le Maroc défend une "autonomie à la marocaine", tenant compte de ses lignes rouges. Faut-il en déduire quil accepte ou qu'il craint lautonomie ?
Je pense que lautonomie, telle que la conçoit le Maroc, est une formule acceptable, à condition quelle ne mette pas en cause lintégrité territoriale. Quant à la formule Baker, elle est inacceptable. Pour plusieurs raisons. Dabord, parce quavec un référendum, au bout de 5 années dautonomie, on reviendrait à la case départ, au problème didentification des votants et à limpossibilité de lopération. Puis, 5 ans dautonomie, tels qu'ils sont conçus, cela veut dire 5 ans de campagne pour le Polisario. Ensuite, il est question de police
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autonome, mais quelle différence y aurait-il entre les maquisards du Polisario et les forces de lordre de demain ? Et comment larmée, cantonnée dans des endroits précis et à effectifs réduits, pourrait-elle assurer le contrôle des frontières Est avec lAlgérie, et avec la côte Ouest, source dinterminables ennuis (armement, contrebande
) ? Enfin, il est question de gérer lautonomie par un gouvernement démocratique, mais qui contrôlera cette démocratie ? Jusque-là, le Polisario a mené une politique du bâton et de la carotte à Tindouf. Avec la suprématie des grandes tribus, la guerre civile est assurée. Et puis, rien nempêcherait le gouvernement local de décider une indépendance unilatérale et d'être soutenu par les pays classiquement acquis à sa cause.
Sur le plan géopolitique, Paris et Washington, et aujourdhui lEspagne, soutiennent une négociation qui mènerait à lautonomie, au nom de la priorité sécuritaire de stabilité du Maroc et de la nécessité économique du Maghreb. Le Maroc saura-t-il tirer profit de cette opportunité inédite, qui risque dêtre éphémère ?
Si la négociation est entre le Maroc et lAlgérie et que les deux parties arrivent à se mettre daccord dans le cadre du Maghreb, je ne pense pas que le Maroc refuserait, sauf si cet accord doit mettre en cause, encore une fois, sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale. La partie quil faut convaincre dans la résolution de ce conflit, cest lAlgérie et non le Maroc. Pourquoi ? Parce que le Maroc est chez lui et quil incombe à lAlgérie de nous dire exactement ce quelle veut. Parce quen fait, lAlgérie veut jouer dans lunité du Maghreb le rôle de la Prusse dans lunité allemande ; à savoir que toute unité doit se faire autour des idées algériennes.
Au moment où le Maroc plaide diplomatiquement pour une autonomie au Sahara (pas forcément dans les termes du plan Baker II), lAlgérie se renforce militairement et reste indifférente aux appels à la négociation. Le rapport de force amènera-t-il le Maroc à faire davantage de concessions ?
Dernièrement, nous avons appris que lAlgérie a acheté 50 mig-29 et 25 Sukhoy et quelle a établi un budget pluriannuel de 7,5 milliards dollars. Tout cet armement ne peut servir uniquement à des fins de dissuasion. Donc, pour qui amasse-t-elle tout cet arsenal ? Qui est son ennemi potentiel dans la région ? Le conflit ouvert entre nos deux pays reste possible tant quil y a des généraux à la tête de larmée, qui gouvernent derrière un président soi-disant élu. À partir de mon expérience de militaire qui a fait la guerre du Sahara et a été détenu pendant 25 ans à Tindouf, je pense que si lAlgérie voit le Sahara lui échapper définitivement, il nest pas impossible - et ce nest quun scénario - quelle nous chatouille ici et là sur la frontière, contre la volonté des puissances, et quaprès une guéguerre dun, deux ou trois mois, les puissances nous ramènent sur la table de la négociation, avec le problème du Sahara en sus. |