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Au-delà du Mondial : Cherche rêve désespérément
L'idée n'est pas d'être de mauvais augure, ou de jouer au casseur de moral. Je serais ravi, comme tous les Marocains, si nous emportons l'organisation du Mondial 2010. Il paraît que nous avons encore des chances, malgré le coup de semonce de la FIFA (lire page 6). Soit. Espérons
Mais qu'on gagne ou pas, il est temps de poser une question : est-ce normal que l'organisation d'un Mondial soit le seul projet de société offert à ce pays ? Et d'abord, en est-ce vraiment un ? Pas sûr
Économiquement, ce ne serait pas le Pérou. De la plus grosse recette du tournoi, les droits de retransmission télévisuels, le Maroc ne toucherait pas un centime. Resteraient la billetterie et quelques bricoles, ce qui n'empêcherait pas l'opération d'être déficitaire : le Maroc a déjà mis 1,4 milliard de dirhams de côté dans cette perspective. Les touristes ? "France 1998" en avait attiré 500.000. Nous en accueillerons, allez, disons le double ? Ça ne fera jamais que 10 % des 10 millions supposés être là en 2010. Tout l'intérêt d'organiser un Mondial serait, finalement, de nous retrouver au centre du monde pendant un mois. Un joli starter, effectivement, pour signer des contrats et faire travailler quelques dizaines de milliers de Marocains - si on sait l'utiliser intelligemment, et ce n'est pas garanti. Mais enfin, rien qui lancerait définitivement ce pays dans la spirale du développement. La candidature marocaine a pourtant soulevé beaucoup d'enthousiasme, ces derniers mois. C'est dire si les Marocains sont disposés à rêver ! Mais c'est un rêve au rabais qu'on nous offre là. Un projet de société national subordonné au vote de 24 étrangers, ça ne fait pas très sérieux. Et si on nous offrait un vrai rêve, un grand et beau projet qui ne dépende cette fois que de nous, une authentique utopie mobilisatrice ?
L'indépendance était une utopie mobilisatrice. Au début, elle était très improbable, puis avec le temps, elle a fini par s'imposer - car portée par la volonté sans faille de tout un peuple. La route de l'unité, lancée par Mehdi Ben Barka, était une utopie mobilisatrice : réunifier un royaume morcelé, quel chantier plus enthousiasmant ? Même principe pour la Marche verte, dernière utopie mobilisatrice recensée au Maroc. Depuis, calme plat. Les foules ne vibrent plus que pour l'équipe nationale de foot. Ça défoule, mais ça ne règle rien durablement.
Il faudrait un rêve à ce pays. Une idée simple, compréhensible par tous, follement audacieuse, qui demanderait la mobilisation de tous et dont la réalisation changerait la face du Maroc. La démocratie n'en est pas une. Trop compliqué, trop abstrait pour susciter un intérêt populaire massif. L'époque n'est plus, de toutes façons, aux grands défis politiques. Les foules ne vibrent plus que pour du concret, du palpable. Le programme "faim zéro" du brésilien Lula Da Silva est un bon exemple : clair, ambitieux, enthousiasmant. Les Marocains ne meurent pas de faim, mais ce ne sont pas les problèmes qui leur manquent. L'alphabétisation, par exemple. Un pays africain dont le nom m'échappe a rattrapé en quelques années un immense retard, par la grâce d'une idée simple : que les alphabétisés apprennent aux non alphabétisés. Un programme de leçons bénévoles a été mis en place et tous les citoyens ont été invités à y participer. L'enthousiasme a été général et les résultats spectaculaires. Pourquoi les Marocains ne se lanceraient-ils pas dans une folle aventure de ce type ? Tanger-Med était une honnête tentative. Mais, si le projet d'implanter une nouvelle Casablanca en Méditerranée est séduisant, il n'est pas assez gros pour que tous les Marocains se sentent concernés. Pour qu'une idée accède au rang d'utopie mobilisatrice, il lui faut une dose d'absolu : éradiquer totalement un mal quelconque, combler entièrement un besoin donné, bâtir quelque chose sans équivalent dans le monde
Quelle que soit l'issue le 15 mai, la candidature pour le Mondial 2010 a démontré que les Marocains avaient soif d'enthousiasme. Or, l'enthousiasme d'un peuple peut déplacer des montagnes. Reste à le canaliser dans un grand projet. Mohammed VI n'a pas encore trouvé le sien. Le jour où cela arrivera, la face du royaume en sera transformée. D'ici là, comme d'hab' : on attend
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