parole aux créateurs : La darija, métisse des artistes
| Dominique Caubet est ce quon peut appeler une militante autorisée de la darija. En en faisant depuis une vingtaine dannées son cheval de bataille aux Langues orientales à Paris, elle a voulu depuis 1995 montrer la vivacité de cette langue, à travers ceux qui la manient sur scène, les artistes. Soutenue dans sa démarche par la reconnaissance de larabe maghrébin comme langue nationale en France, elle a relancé son projet de faire parler Rachid Taha, Fellag, Youssef Fadel et autres Amazigh Kateb, sur cette langue de la rue, de la famille, du peuple, du hammam, du métissage qui donne vie à leur spectacle. Comme parade au discours dominant qui met en |
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| avant larabe classique, pur, sacré, intouchable, lexercice est probant. Sur le registre du mélange, lhumoriste algérien Fellag est éloquent : "Je mamuse tellement avec ces langues (dialectal, kabyle, français) pour les valoriser. Je leur donne de lamour, puisquelles sont méprisées, je fais apparaître leur sensualité". Sur leffet dimmédiateté et de sincérité vis-à-vis du public, le dramaturge marocain Y. Fadel est tranchant : "Les sentiments que porte le théâtre, tu ne peux pas les exprimer en arabe classique, cest impossible". Il admet que le passage à la darija brise un tabou et un consensus arabe, mais il applaudit. Si les gens rient réellement en allant voir un film ou une pièce, aujourdhui, cest "parce quils ne se sont jamais entendus sur scène ou à lécran". Il y a, certes, eu une période schizophrène, où les artistes servaient au public un langage "intermédiaire", mi-classique, mi-dialectal, mais cela na jamais marché. "Cétait une langue imposée par le régime, mais ce nétait pas la langue de ma mère", remarque judicieusement lhomme de théâtre tunisien, Fadhel Jaïbi. Doù son orientation vers un théâtre "roturier, de tous les jours, délibérément tourné vers nos contemporains, à partir de leurs lubies, de leurs fantasmes, de leur vécu
en puisant dans le parler, les légendes et la mythologie locale". La raison de re-puiser dans sa réalité, le musicien algérien A. Kateb lexplique doublement, par la réaction quil faut avoir à légard "de la colonisation culturelle égyptienne
et du besoin davoir un truc underground, hrech, parce quon est comme ça". Un autre musicien, tout aussi doué, Rachid Taha, insiste sur la poésie de la darija. Il lassimile à "un langage de bribes de mémoires, des mots éparpillés que je fais se rejoindre". Outre lunanimité maghrébine qui se dégage, ce livre, Les mots du bled, crée des ponts entre beurs et sédentaires. Caubet réussit là où les politiques ont failli. Bravo !
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Traduction : Le Bagdad dautrefois
Une année après linvasion de Bagdad et la mise à feu de sa bibliothèque millénaire, Siham Bouhlal, arabisante marocaine installée à Paris, publie sa traduction dun des livres qui illustrent le mieux le raffinement de cette capitale arabe au 10e siècle. Le livre de brocart (Al-kitab Al-Muwashshâ) est une anthologie de lart de vivre Au catalogue des valeurs et passions décrites, le courage, lamour, la chevalerie, la pudeur. Tout cela assorti de détails sur la calligraphie, les senteurs, les tissus dune civilisation quasi enterrée. Lauteur a eu un double parcours de poétesse et dessayiste, dont plusieurs articles ont été publiés à la revue de lIMA, Qantara.
Al Washshâ, Le livre de brocart ou la société raffinée de Bagdad au 10e siècle (traduit et annoté par S.Bouhlal), Éd. Gallimard
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Decès : Adieu Ouadie El Assafi
| Mohamed Ouadie El Assafi est mort à 81 ans, samedi dernier. Chacun a une raison, humaine, politique ou juste esthétique pour le regretter. Il a dabord été un nationaliste, emprisonné lors de manifestations pour lindépendance à Fès et transféré au bagne secret du Corbès à Casa-Anfa. Il a été parmi les fondateurs de lUNFP, auteur à ses heures sur les colonnes de la presse ittihadie. Doù la présence de tout le gotha socialiste à son enterrement. Par-delà toutes ces contingences, il était surtout poète (Al Jirah Al Anid en 1979, Diwan Al Ard en 1983
) et père de poètes Salah et Aziz El Ouadie, connus pour leurs plumes, caustiques et graves à la fois, sur les années de détention. Tel père, tels fils ? Peut-être bien
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Film : Des écrivains en Palestine
| Du voyage effectué en 2002 par le Parlement international des écrivains à la Palestine enclavée de Mahmoud Darwich, Samir Abdallah et José Reynès ont réalisé un documentaire, portant le titre symbolique dÉcrivains des frontières. Le film est en tournée le 11 mai au cinéma Renaissance (Rabat), le 12 à Casablanca (IF), le 13 à Tanger (cinéma du Rif), le 14 à Tétouan et le 15 à Marrakech (cinéma Colisée). |
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