Maroc 2010 : Est-ce encore possible ?
Cest la question que tout le monde se pose sans que personne ne puisse vraiment y répondre avant le 15 mai. Seule nouveauté, le rapport dinspection technique rendu, pour la première fois dans lhistoire de la Coupe du monde, public par la FIFA avant la désignation du pays organisateur. Décryptage. Par Réda Allali et Driss Bennani
Le rapport dinspection de la FIFA est tombé, et il a fait leffet dune douche froide sur lopinion publique. Après lenthousiasme des derniers mois, alimenté par notre bonne performance lors de la CAN 2004 et la qualité du travail de léquipe Maroc 2010, voici venu le temps du pessimisme. Nos chances ont-elles définitivement été réduites à néant par ce fameux rapport dinspection ?
Quest-ce que ce rapport ?
Dans lhistoire de la compétition, cest bien la première fois que le rapport dinspection de la FIFA est rendu public avant la proclamation du pays organisateur de la Coupe du monde. Un document de 95 pages, que cinq inspecteurs de nationalités différentes (non votants) ont rédigé sur la base de visites sur le |
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terrain dans les cinq pays candidats à lorganisation. Lobjectif étant de vérifier, sur place, lavancement des travaux et la compatibilité avec les dossiers techniques déposés auparavant au comité votant de linstance footbalistique internationale.
Selon lexpression même du président de la commission dinspection de cette année, ce rapport se veut "indicatif", et "devrait permettre aux votants de prendre leur décision".
Quelques remarques simposent toutefois. À commencer par la publication dans la presse sud-africaine, quelques jours avant le 4 mai (date de la mise en ligne officielle) dextraits dudit rapport plaçant son pays en tête des cinq candidats. "Il est, à la limite, normal que des éléments filtrent dun rapport, mais il est tout de même étrange de constater que ça nait filtré quen direction de la presse sud-africaine", sétonne un responsable marocain. Dans une récente livraison, le Daily Sun (journal sud-africain) considérait cela comme "une victoire politique avant lopération du vote".
Les doutes autour du rapport ne sarrêtent pas là. Ils touchent jusquau président de la fédération internationale. Il aurait, selon des informations parues dans la presse sportive, participé à la réécriture du rapport à son retour de Johannesburg. À lorigine de cette nouvelle "accusation" (difficile sinon impossible à vérifier), la modification apportée au rapport le 26 mai (date de la visite sud-africaine de Blatter), alors quil a été rédigé quatre jours auparavant, soit le 22 mai 2004.
Qu'est-ce qu'il dit ?
Première surprise, le rapport dresse une hiérarchie très claire entre les candidats, ce qui est contraire aux intentions déclarées de la FIFA. Premier, lAfrique du Sud, second lÉgypte et troisième, le Maroc. Les inspecteurs, grâce à un subtil dosage de mots, font la différence entre lAfrique du Sud, qui a "le potentiel dorganiser une excellente Coupe du monde", lEgypte, jugée "capable dorganiser une très bonne Coupe du monde", et le Maroc, "qui a le potentiel pour organiser une très bonne Coupe du monde". La Tunisie, elle, a "le potentiel dorganiser une bonne Coupe du monde", mais ne peut pas continuer à postuler en compagnie de la Libye, "qui rencontrerait de grande difficultés dans lorganisation d'une Coupe du monde". En clair, cela signifie que la Libye est hors course, entraînant la Tunisie dans sa chute, et que les trois pays réellement en lice sont, par ordre dimportance, lAfrique du Sud, lÉgypte et le Maroc.
Parmi les critères placés en évidence sur la grille dévaluation, lengagement de lÉtat et lengouement du public. Pour les inspecteurs, les trois pays présentent un "engagement total" des gouvernements. Notons toutefois que le Maroc fait la différence avec ses compétiteurs, puisque cet engagement est accompagné dun "soutien financier". Dans le même registre, le Maroc enregistre un bon point, puisquil est le seul pays dont la présentation du budget ait été jugée "excellente". Pour lenthousiasme du public, le rapport indique que les Sud-Africains et les Égyptiens affichent un "grand enthousiasme" alors que les Marocains se contentent dun "enthousiasme normal".
Côté infrastructures, aucune surprise : nous sommes à la hauteur pour les hôtels et les télécoms, corrects en transports et insuffisants pour la santé. LAfrique du Sud est notée excellente sur tous ces points. Pour la sécurité, le Maroc et lÉgypte disposent dun "bon système de sécurité interne". Pour lAfrique du Sud, il y a un "manque de sécurité, mais les autorités disposent du savoir-faire et des ressources pour gérer une Coupe du monde".
Enfin, concernant les stades, aucun des trois pays ne dispose de stades prêts aujourdhui, mais le comité dinspection a pointé du doigt le fait quaucun stade marocain nait été construit malgré nos promesses pour 2006.
Ce quon a envie de répondre
Commençons par les stades. La FIFA peut nous reprocher une chose : ne pas avoir avancé depuis la candidature 2006, et elle aura raison. Mais a-t-on vu ce quil en est ailleurs ? À ce jour, aucun des trois pays favoris ne dispose de stades conformes à la compétition internationale. LÉgypte, tout comme le Maroc et lAfrique du Sud, dispose en tout et pour tout de trois stades qui doivent être rénovés. Le reste est en construction et autant dire que sur sur ce point les trois pays sont proches les uns des autres. Il ny a plus que trois stades à construire pour le Maroc contre 4 pour lÉgypte et 5 pour lAfrique du Sud. Comparez à ce qui sest passé en 2002 : les 10 stades qui ont accueilli la Coupe du monde en Corée du sud et au Japon ont tous été construits après lannonce du pays organisateur par la FIFA. Du moment que les inspecteurs de la FIFA apprécient limplication financière de lÉtat et estiment que la proposition budgétaire marocaine est sérieuse, on se demande ce qui motive encore leur obsessionnelle préoccupation des stades pas encore construits.
Cest notre mauvaise conscience et lon sy attendait un peu : les inspecteurs ne nous ont pas ratés sur le système sanitaire. À juste titre, il relèvent "lexistence de différences notoires entre les hôpitaux privés et militaires et les hôpitaux publics", jugés comme "ne correspondant pas aux normes exigées pour une Coupe du monde". Tout cela est vrai, mais il est tout de même étrange de constater que pour pratiquement tous les autres pays, le groupe dinspection évoque les visites effectuées dans des centres sanitaires et des hôpitaux, cités en exemple. Chez nous, le groupe dinspection a été, par exemple, dans les hôpitaux militaires et à lhôpital Sheikh Zayed sans évoquer cela dans le rapport, donnant ainsi une image sombre et sans espoir de la réalité sanitaire du pays. Le mystère demeure entier.
Terminons, enfin, sur le plus aberrant de tout le rapport. Selon les inspecteurs de la FIFA, notre enthousiasme est "normal". En dautres termes, la FIFA est en train de dire que les Marocains aiment le foot, sans plus. Elle oublie, au passage, de signaler les manifestations populaires au lendemain de chaque victoire (et même après la défaite en finale), lors de lincroyable épopée des Lions lors de la CAN 2004. Et ce dans toutes les villes du pays (même celles qui naccueillent pas la Coupe) et en Europe. Le tout sans quun seul incident majeur nait été à signaler. Depuis plus dun mois, plusieurs messages (SMS et mails) circulent pour appeler à des marches de soutien, à signer des listes, etc. Lors du match Maroc-Argentine, des journalistes argentins ont eu les larmes aux yeux en voyant 80.000 supporters marocains scander le nom de "Diego" en lui souhaitant un bon rétablissement dans sa clinique à des milliers de kilomètres, en Argentine. Sinon, lenthousiasme des Marocains est "normal" et on peut dire que finalement, il aiment bien le foot !
Ce qu'il révèle sur la fifa
Dune part, et cest frappant, la légèreté des inspecteurs, dont les impressions font parfois office de jugements définitifs (voir encadré). Mais la véritable valeur ajoutée de la publication de ce rapport, cest que la position des plus hautes instances de la FIFA sont enfin claires. Les Marocains se doutaient bien que Sepp Blatter privilégierait lAfrique du Sud, mais ils étaient bien loin de se douter que ce soutien viendrait de façon indirecte, en rehaussant la candidature de lÉgypte. En plaçant lÉgypte entre les deux favoris, lAfrique du Sud et le Maroc, la FIFA discrédite notre candidature et brouille les pistes. Encore une fois, nous payons notre manque dimplication dans les instances dirigeantes du football africain. Longtemps, les Marocains ont pris lAfrique de haut, en football comme pour le reste. Résultat, alors que lÉgypte accueille le siège de la CAF (Confédération africaine de football) et quelle se prépare à accueillir sa quatrième Coupe dAfrique des nations, le Maroc ne dispose même plus d'un représentant dans le comité exécutif de la CAF. On y trouve un Malien, un Algérien, un Tchadien, un Togolais
un Sud-Africain, deux Égyptiens. Manque de chance, on narrive pas à la FIFA sans passer par la CAF. Notre absence à ce niveau est une grave erreur.
Reste une question. Pourquoi la FIFA pencherait-elle du côté de lAfrique du Sud ? Car, ce nest pas une vue de lesprit ou le produit dune quelconque parano. En qualifiant notre enthousiasme pour le football de "normal", en occultant le projet "Football sans frontières", dans lequel le Maroc sengageait à reverser une partie des bénéfices de la Coupe du monde pour la construction de terrains en Afrique et en insistant sur lÉgypte, la FIFA choisit son camp, il est sud-africain. Pourquoi ? Nous navons pas de réponse, juste des hypothèses : lAfrique du Sud est un grand marché, le pays le plus riche dAfrique. Pour les sponsors, cest un argument de poids. Par ailleurs, dans lesprit de la FIFA, la Coupe du monde nest pas le moyen de réaliser un projet national ou dinfléchir la trajectoire dun pays. Si cette compétition a pu jouer ce rôle, comme pour lEspagne en 1982, les choses ont changé depuis. Une Coupe du monde, cest une usine à images. La télévision prend le pas sur le public, les contrats de sponsoring (encaissés par la FIFA) prennent le pas sur les billetteries qui reviennent aux pays organisateurs. Dans ces conditions, lengouement du public sur place est secondaire. Bien sûr, il sagit dun critère mis en avant par les inspecteurs, mais la légèreté - pour ne pas dire plus - avec laquelle il a été traité montre quil sagit plus dun alibi populaire face aux accusations de dérive business que dun élément déterminant.
Ce qu'il change pour le vote
Finalement, avons-nous encore des chances ? Théoriquement, avant lannonce du 15 mai, tous les candidats conservent leurs chances intactes. La réponse est donc oui. Théoriquement toujours, le rapport est indicatif, il sert à aider les membres votants à la prise de décision. Sans plus. Dans les faits maintenant, les rapports dinspection sont une production officielle de la FIFA et engagent donc lorganisation. Parmi les 24 votants, on peut distinguer deux groupes. Dune part, ceux qui voteront selon leurs propres convictions, ou leurs affinités politiques et qui se sont déjà décidés depuis longtemps. Pour ceux là, le rapport ne change rien, puisqu'il affirme, même en apportant des nuances, que les trois pays sont capables d'assurer l'organisation de la Coupe du monde 2010. De lautre, ceux qui, voulant préserver leurs intérêts au sein de la fédération, voteront FIFA. Et suivront leur président qui, à travers la publication des rapports dinspection, a habilement affiché sa préférence pour le dossier sud-africain. Faut-il pour autant arrêter despérer ? Pas vraiment, puisque le Maroc a encore une chance et elle sappelle France, pour qui les enjeux sont plus économiques que sportifs. Le très influent Michel Platini milite pour nous et à présent, cest donc un lobbying français qui risque de faire balancer les chances marocaines. Cette dernière hypothèse nétant pas exclue, puisque les votants, dans leur grande majorité, sont encore très discrets.
Sinon, le comité de candidature espère également beaucoup de la présentation quil fera devant les membres votants de la FIFA à Zurich le 15 mai, et qui devrait insister sur l'engouement populaire et sur les scènes de joie de la CAN 2004. Dici là, croisons les doigts. |
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Les perles du rapport : Sans rancune !
Libye
Engagement du pays ? "Il est engagé en faveur du projet de son propre chef de lÉtat". Autrement dit, si le guide de la révolution change davis la veille du match douverture, cest foutu !
Du point de vue du colonel Mâmmar Khadafi, "il serait préférable que les sites de la Coupe du monde 2010 soient répartis sur les cinq pays actuellement candidats". Quelle bonne idée
Afrique du Sud
"Les informations générales indiquent que lAfrique du Sud manque de sécurité, mais le groupe dinspection nen a pas fait lexpérience durant son séjour". Super, ils ne se sont pas faits agresser avec leurs 200 gardes du corps !
"Malgré tout, nous pouvons dire que le peuple sud-africain est toujours amical, très bruyant et a célébré notre visite". Essayez de remplacer "sud africain" par "allemand"
Égypte
"Les enfants en particulier ont montré leur appréciation pour notre visite". Cest mignon tout plein.
"Dans certains cas, des milliers de personnes se sont réunies simplement pour accueillir le groupe dinspection". Surbookés, ces Égyptiens !
"Bien que nous nayons pas reçu suffisamment dinformations, nous avons analysé les budgets avec les données dont nous disposions". Effectivement, il semble difficile de faire autrement.
Maroc
"Le Premier ministre a invité le groupe dinspection à dîner chez lui". Pour la bouffe, on est forts et on le sait.
"Le championnat local est de très haut niveau et bien organisé". ça cest un scoop !
À propos du derby Raja-Wac, "aucun objet na été jeté sur le terrain". Super !
Toujours à propos du Wac-Raja, "des gestes trop agressifs, avec deux penalties et deux cartons rouges". Maintenant, on sait que si on na pas la Coupe du monde, cest la faute à Kacemi.
"Durant notre visite, la population a toujours été amicale et courtoise". On vous lavait dit que les Africains ne sont pas tous des sauvages.
"En ce qui concerne la santé publique, les statistiques sur les porteurs du virus du sida (0.1% de la population) ninquiètent pas les autorités". Un, la santé publique se résume au sida, selon la FIFA, et deux, on peut poser la question suivante à Sida-info : "Est-ce que je peux attraper le virus du sida si je regarde un match de foot ?"
"Le groupe dinspection sest rendu au Maroc pour une visite totale
. de 160 heures et 40 mn". Eh les gars, qui tient le chrono la prochaine fois ? |
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