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Manar l'Anar
Économie
Enquête
N° 127
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Tourisme : Le terrorisme, une brèche dans l’édifice

Il semble que le marché touristique donne raison aux optimistes. Au lendemain des attentats du 16 mai, dire que le secteur allait supporter le choc sans dégâts passait pour de la langue de bois. Finalement, la témérité des pouvoirs publics semble payer, au prix de quelques sacrifices. Un an après les attentats, deux grandeurs se sont imposées.
Une quasi-stagnation (-1%) et non une chute drastique des arrivées en 2003. Le corollaire de ce succès est une concession de taille sur le standing que s’imposait le Maroc, à savoir que
c’est une destination haut de gamme. En effet, les deux opérations "Kounouz Biladi" ont, par leur succès, mis à nu la cherté de la destination. Désormais, "relancer la machine passe automatiquement par une baisse des prix", fait constater un responsable de la fédération du tourisme de la CGEM. Adil Douiri, le ministre du Tourisme, garde cependant son optimisme. Dans une réunion avec le Rotary Club, il a expliqué que le terrorisme est un phénomène qui se "banalise" à cause de sa fréquence et du nombre considérable de pays qu’il touche.
La deuxième grandeur qui s’est imposée est une reprise de l’activité en 2004 qui fait ressortir que le principal handicap du royaume demeure son déficit structurel en capacité d’hébergement. "Un des principaux challenges en 2004 sera d'atténuer le décalage entre le taux de remplissage et le rythme des investissements", déclarait le ministre. Le nerf de la vision 2010 demeure, en effet, l’équipement du Maroc de 230.000 lits supplémentaires, dont 70 % à travers la réalisation de six stations balnéaires. Là encore, les déceptions ne manquent pas. L’attribution de la station d’El Jadida à un aménageur sud-africain et les "négociations poussées" autour de la station de Larache laissaient augurer une réalisation dans les temps des investissements du plan Azur. À côté, la station de Taghazout censée décongestionner et diversifier l’offre de la ville d’Agadir a été retirée à son aménageur saoudien, le groupe Dallah Al Baraka. L’État lui reproche "de ne pas avoir respecté le cahier de charges en termes d’échéances". Taghazout attend désormais preneur au même titre que la station de Guelmim. Des offres existent, lance t-on au ministère du Tourisme, histoire d’affirmer que le terrorisme n’a pas fait fuir les investisseurs.


Habitat : Le nerf crispé de la guerre

Sidi Moumen, Hal Laghlem, Douar Sekouila, le nom de ces quartiers poudrières de la périphérie de la ville de Casablanca est désormais synonyme des attentats du 16 mai. Du jour au lendemain, la lutte contre l’habitat anarchique, couveuse théorique de la nébuleuse intégriste, a été propulsée au premier rang des politiques publiques. Une semaine après les attentats, le roi avait fait un déplacement symbolique dans les "quartiers chauds". Il avait lancé un chantier gigantesque de relogement des habitants des bidonvilles (qui n’a pas encore vu le jour). Bref, pour couper court au terrorisme, l’État pousse à la construction du logement social, responsabilise différents ministères, régionalise l’action et va jusqu’à incriminer les constructions anarchiques. Dans la foulée, le roi, visiblement en colère contre ses fonctionnaires, les somme dans son discours du trône, de rompre avec la "lassitude" dans la lutte contre l’habitat anarchique. Il aurait visité discrètement les chantiers lancés le lendemain des attentats et aurait constaté "une situation figée". Aussitôt, une circulaire conjointe de l’Habitat, de l’Intérieur et de la Justice condamne les fraudeurs à une peine d’emprisonnement de 3 mois à 5 ans et à une amende équivalente à 3 fois la valeur de la construction. La circulaire a finalement accouché d’un projet de loi n° 12/90. Pour 2004, le mot d’ordre demeure la politique de promotion du logement social. Le fonds de solidarité habitat passera de 400 millions de dirhams à 1 milliard de dirhams. Par ailleurs, la restructuration des intervenants étatiques sera opérationnelle en 2004. Cinq nouvelles agences urbaines verront le jour et prendront en charge de façon autonome le développement de leurs agglomérations. Enfin, Al Omrane, le holding qui regroupe tous les établissements sous tutelle de l’Habitat (ANHI, SNEC, Attacharouk) verra le jour. Avec la mobilisation dernièrement d’une réserve foncière de 3400 hectares, l’État espère atteindre le rythme critique de 100.000 logements par an dans les trois années à venir.



Investissements : Les IDE en dents de scie

Difficile d’évaluer l’impact des attentats de Casablanca sur la dynamique d’investissement, et plus spécialement sur les IDE (Investissements directs étrangers). Officiellement, la direction des investissements extérieurs rattachée à la Primature relève, selon un de ses responsables, constate une certaine frilosité morale des investisseurs. Et d’ajouter : "Celle-ci a été ressentie durant les premiers jours post-attentats, mais elle a vite été démentie par la concrétisation d’un projet qui fera date dans l’histoire du pays. Il s’agit de la fameuse cession de la Régie des tabacs privatisée à près de 15 milliards de dirhams, soit 6 milliards de plus que le chèque initialement projeté". À vrai dire, la situation des IDE au Maroc est marquée depuis la moitié des années 1990 par une inconstance qui rend difficile toute focalisation sur le 16 mai. En revanche, les maux des IDE sont connus. La tendance s’inscrit, certes, à la hausse, mais elle a du mal à maintenir le cap. Illustration : En 2001, les flux ont atteint les 30,6 milliards de dirhams contre 5,2 milliards, une année plus tard et près de 22 milliards en 2003. À quoi est due cette inconstance ? Si les hausses démesurées s’expliquent par le fruit des privatisations, il ne faut pas oublier que la cession des monopoles devait, en fait, stimuler les investissements spontanés. L’évolution en dents de scie révèle un manque de consolidation des acquis. Une bonne santé de l’investissement est tributaire, non pas du succès spectaculaire de certaines opérations, mais d’une réforme économique de fond qui peine à convaincre. La justice, le foncier, les lourdeurs et le népotisme administratifs l’emportent pour le moment. "À chaque chantier achevé, le Maroc donne l’impression de démarrer à nouveau", martèle un membre influent de la CGEM. Il ne s’agit cependant pas d’une situation propre au Maroc. Toute la région du Sud de la Méditerranée et du Moyen-Orient vit la même chose, puisqu’elle focalise moins de 5 % des IDE dans le monde.


Transfert des MRE : Une manne constante

"Les MRE n’ont jamais été autant proche de leur pays qu’après les évènements du 16 mai". Même dépoussiérée de sa connotation patriotique, cette déclaration du ministre des Finances, Fathallah Oualalou, est on ne peut plus vraie. Les MRE ont transféré vers le Maroc durant l’année des attentats le chiffre record de 35 milliards de dirhams. Comparée à l’année précédente, la hausse avoisine les 7% mais par rapport aux 5 dernières années, elle dépasse allègrement les 30%. En 2004, les finances publiques semblent préserver leur bonne étoile. Pour le premier trimestre, les transferts ont cru de 5,7% se situant à près de 8,57 milliards de dirhams contre 8,1 milliards une année auparavant. Plus que le tourisme, les transferts des MRE alimentent désormais la balance des paiements en devises et stabilisent sa situation financière. Autre qualité de nos MRE, ils consomment les trois quarts de leurs transferts. Ils sont le cœur de cible de l’opération Kounnouz Biladi et ont permis à ce titre de stabiliser le nombre d’arrivées dans les hôtels classés du royaume.


Commerce informel : L’antre de l’opacité

La lutte contre l’informel a gagné en virulence à la suite des attentats du 16 mai. Driss Jettou en a fait le fer de lance de sa politique de proximité. Un colloque à Casablanca estimait le chiffre d’affaires global de l’économie informelle à près de 10% du PIB national. "La situation serait telle que l’on assiste à un glissement du formel vers l’informel, ce qui suppose un ajustement de la stratégie des pouvoirs publics", affirmait Driss Benhima du temps où il était wali de Casablanca et menait une lutte acharnée contre le marché parallèle dans la métropole. Ajoutez à cela l’argumentaire sécuritaire - la majorité des mis en cause exerçaient dans l’informel en vendant des cassettes, des livres saints, etc. - et l’argumentaire de la condamnation est bouclée. L’informel n’a pas pour autant baissé les bras, mais les pouvoirs publics se sont engagés dans une série d’actions. L’une d’elles est le recensement économique que le Haut commissariat au plan mène actuellement et qui devrait définir l’ampleur du phénomène.

 
 
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