Tourisme : Le terrorisme, une brèche dans lédifice
Il semble que le marché touristique donne raison aux optimistes. Au lendemain des attentats du 16 mai, dire que le secteur allait supporter le choc sans dégâts passait pour de la langue de bois. Finalement, la témérité des pouvoirs publics semble payer, au prix de quelques sacrifices. Un an après les attentats, deux grandeurs se sont imposées.
Une quasi-stagnation (-1%) et non une chute drastique des arrivées en 2003. Le corollaire de ce succès est une concession de taille sur le standing que simposait le Maroc, à savoir que |
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cest une destination haut de gamme. En effet, les deux opérations "Kounouz Biladi" ont, par leur succès, mis à nu la cherté de la destination. Désormais, "relancer la machine passe automatiquement par une baisse des prix", fait constater un responsable de la fédération du tourisme de la CGEM. Adil Douiri, le ministre du Tourisme, garde cependant son optimisme. Dans une réunion avec le Rotary Club, il a expliqué que le terrorisme est un phénomène qui se "banalise" à cause de sa fréquence et du nombre considérable de pays quil touche.
La deuxième grandeur qui sest imposée est une reprise de lactivité en 2004 qui fait ressortir que le principal handicap du royaume demeure son déficit structurel en capacité dhébergement. "Un des principaux challenges en 2004 sera d'atténuer le décalage entre le taux de remplissage et le rythme des investissements", déclarait le ministre. Le nerf de la vision 2010 demeure, en effet, léquipement du Maroc de 230.000 lits supplémentaires, dont 70 % à travers la réalisation de six stations balnéaires. Là encore, les déceptions ne manquent pas. Lattribution de la station dEl Jadida à un aménageur sud-africain et les "négociations poussées" autour de la station de Larache laissaient augurer une réalisation dans les temps des investissements du plan Azur. À côté, la station de Taghazout censée décongestionner et diversifier loffre de la ville dAgadir a été retirée à son aménageur saoudien, le groupe Dallah Al Baraka. LÉtat lui reproche "de ne pas avoir respecté le cahier de charges en termes déchéances". Taghazout attend désormais preneur au même titre que la station de Guelmim. Des offres existent, lance t-on au ministère du Tourisme, histoire daffirmer que le terrorisme na pas fait fuir les investisseurs. |
Habitat : Le nerf crispé de la guerre
Sidi Moumen, Hal Laghlem, Douar Sekouila, le nom de ces quartiers poudrières de la périphérie de la ville de Casablanca est désormais synonyme des attentats du 16 mai. Du jour au lendemain, la lutte contre lhabitat anarchique, couveuse théorique de la nébuleuse intégriste, a été propulsée au premier rang des politiques publiques. Une semaine après les attentats, le roi avait fait un déplacement symbolique dans les "quartiers chauds". Il avait lancé un chantier gigantesque de relogement des habitants des bidonvilles (qui na pas encore vu le jour). Bref, pour couper court au terrorisme, lÉtat pousse à la construction du logement social, responsabilise différents ministères, régionalise laction et va jusquà incriminer les constructions anarchiques. Dans la foulée, le roi, visiblement en colère contre ses fonctionnaires, les somme dans son discours du trône, de rompre avec la "lassitude" dans la lutte contre lhabitat anarchique. Il aurait visité discrètement les chantiers lancés le lendemain des attentats et aurait constaté "une situation figée". Aussitôt, une circulaire conjointe de lHabitat, de lIntérieur et de la Justice condamne les fraudeurs à une peine demprisonnement de 3 mois à 5 ans et à une amende équivalente à 3 fois la valeur de la construction. La circulaire a finalement accouché dun projet de loi n° 12/90. Pour 2004, le mot dordre demeure la politique de promotion du logement social. Le fonds de solidarité habitat passera de 400 millions de dirhams à 1 milliard de dirhams. Par ailleurs, la restructuration des intervenants étatiques sera opérationnelle en 2004. Cinq nouvelles agences urbaines verront le jour et prendront en charge de façon autonome le développement de leurs agglomérations. Enfin, Al Omrane, le holding qui regroupe tous les établissements sous tutelle de lHabitat (ANHI, SNEC, Attacharouk) verra le jour. Avec la mobilisation dernièrement dune réserve foncière de 3400 hectares, lÉtat espère atteindre le rythme critique de 100.000 logements par an dans les trois années à venir.
Investissements : Les IDE en dents de scie
Difficile dévaluer limpact des attentats de Casablanca sur la dynamique dinvestissement, et plus spécialement sur les IDE (Investissements directs étrangers). Officiellement, la direction des investissements extérieurs rattachée à la Primature relève, selon un de ses responsables, constate une certaine frilosité morale des investisseurs. Et dajouter : "Celle-ci a été ressentie durant les premiers jours post-attentats, mais elle a vite été démentie par la concrétisation dun projet qui fera date dans lhistoire du pays. Il sagit de la fameuse cession de la Régie des tabacs privatisée à près de 15 milliards de dirhams, soit 6 milliards de plus que le chèque initialement projeté". À vrai dire, la situation des IDE au Maroc est marquée depuis la moitié des années 1990 par une inconstance qui rend difficile toute focalisation sur le 16 mai. En revanche, les maux des IDE sont connus. La tendance sinscrit, certes, à la hausse, mais elle a du mal à maintenir le cap. Illustration : En 2001, les flux ont atteint les 30,6 milliards de dirhams contre 5,2 milliards, une année plus tard et près de 22 milliards en 2003. À quoi est due cette inconstance ? Si les hausses démesurées sexpliquent par le fruit des privatisations, il ne faut pas oublier que la cession des monopoles devait, en fait, stimuler les investissements spontanés. Lévolution en dents de scie révèle un manque de consolidation des acquis. Une bonne santé de linvestissement est tributaire, non pas du succès spectaculaire de certaines opérations, mais dune réforme économique de fond qui peine à convaincre. La justice, le foncier, les lourdeurs et le népotisme administratifs lemportent pour le moment. "À chaque chantier achevé, le Maroc donne limpression de démarrer à nouveau", martèle un membre influent de la CGEM. Il ne sagit cependant pas dune situation propre au Maroc. Toute la région du Sud de la Méditerranée et du Moyen-Orient vit la même chose, puisquelle focalise moins de 5 % des IDE dans le monde.
Transfert des MRE : Une manne constante
"Les MRE nont jamais été autant proche de leur pays quaprès les évènements du 16 mai". Même dépoussiérée de sa connotation patriotique, cette déclaration du ministre des Finances, Fathallah Oualalou, est on ne peut plus vraie. Les MRE ont transféré vers le Maroc durant lannée des attentats le chiffre record de 35 milliards de dirhams. Comparée à lannée précédente, la hausse avoisine les 7% mais par rapport aux 5 dernières années, elle dépasse allègrement les 30%. En 2004, les finances publiques semblent préserver leur bonne étoile. Pour le premier trimestre, les transferts ont cru de 5,7% se situant à près de 8,57 milliards de dirhams contre 8,1 milliards une année auparavant. Plus que le tourisme, les transferts des MRE alimentent désormais la balance des paiements en devises et stabilisent sa situation financière. Autre qualité de nos MRE, ils consomment les trois quarts de leurs transferts. Ils sont le cur de cible de lopération Kounnouz Biladi et ont permis à ce titre de stabiliser le nombre darrivées dans les hôtels classés du royaume.
Commerce informel : Lantre de lopacité
La lutte contre linformel a gagné en virulence à la suite des attentats du 16 mai. Driss Jettou en a fait le fer de lance de sa politique de proximité. Un colloque à Casablanca estimait le chiffre daffaires global de léconomie informelle à près de 10% du PIB national. "La situation serait telle que lon assiste à un glissement du formel vers linformel, ce qui suppose un ajustement de la stratégie des pouvoirs publics", affirmait Driss Benhima du temps où il était wali de Casablanca et menait une lutte acharnée contre le marché parallèle dans la métropole. Ajoutez à cela largumentaire sécuritaire - la majorité des mis en cause exerçaient dans linformel en vendant des cassettes, des livres saints, etc. - et largumentaire de la condamnation est bouclée. Linformel na pas pour autant baissé les bras, mais les pouvoirs publics se sont engagés dans une série dactions. Lune delles est le recensement économique que le Haut commissariat au plan mène actuellement et qui devrait définir lampleur du phénomène.
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