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Économie
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N° 127
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Salim Jay, l’auteur banni : Son dico des écrivains marocains

À53 ans, Salim Jay a ce même caractère, entier, impulsif, rebelle, humain, de quelqu’un qui ne fait jamais de distinction entre un ministre et un homme de la rue. Les deux textes majeurs qui ponctuent sa longue carrière d’écrivain exilé et banni oscillent entre les deux extrêmes. D'un côté, le portrait acéré et tendre de son père, Driss Jay, qui "chantait régulièrement les gloires du roi" (1). De l'autre, son autobiographie alimentaire de vagabond "sans feu ni lieu" (2) à Paris. Après 29 ans passés comme correcteur d’écrivains plus illustres, biographe d’auteurs marginaux, collectionneur de citations comme seule nourriture à se mettre sous la dent, auteur de dix-sept ouvrages et recueils commis pour survivre, non sans panache, critique mordant de tout se qui ressemble à des traces littéraires dans la revue Qantara, Jay passe toujours pour un inconnu at home.
Ironie du sort, c’est ce même écrivain marginal, qui parlait des "écrivains dans leur assiette" (3) en jouant au pique-assiette, et qui s’accommode, sans illusion, depuis peu d’une vie plus confortable, qui prépare aujourd’hui un dictionnaire des écrivains marocains. Précoce, écrivant régulièrement dans L’Opinion, dès l’âge de 14 ans, ce lecteur assidu se réserve le droit au tri, à une perception singulière d’écrivains qui lui semblent sortir du lot, comme Fouad Laroui à l’étranger et Mohamed Nedali au pays. Le nez fourré deux semaines de suite dans les collections de la fondation du Roi Abdelaziz, se fiant à son flair qui ne le trompe jamais, ce rat de bibliothèque, au style nerveux, risque de faire beaucoup de malheureux, tant la littérature marocaine est en mauvaise passe. Ce ne serait que justice rendue. Non que Jay soit nourri par un esprit de revanche, mais pour un écrivain aussi prolixe, l’indifférence cultivée, des années durant, vis-à-vis de ses écrits est pour le moins troublante. L’auteur a mille ressorts littéraires dans sa plume. Il a la pudeur et la fierté de mettre ses confidences dans la bouche d’un Ionesco qui ressentait du "bonheur de se retrouver vivant chaque matin pour prendre le petit-déjeuner", l’insouciance qu’il faut pour nous apprendre au détour de son récit, le salaire de Hassan II (1.300.000.000 dollars) et la légèreté nécessaire pour papillonner des vers de Hôlderlin au jambon d’un buffet inespéré. Il a surtout le courage rare d’un écrivain qui se voit dans le miroir : "Pour avoir les pieds sur terre, j’attendis que papa fût sous terre". Aujourd’hui, alors qu’ il ne craint plus de revenir au bercail, Jay a d’autres fantômes qui le hantent. Les harragas (5), en l’occurrence. Mais il n’a que sa plume pour faire sauter le verrou de Gibraltar, pour rire de cette illusion qui "nous a fait croire que le nombre (29 millions de marocains) fait la force" et regretter que "le voyage soit un luxe dont se glorifient les riches chez nous". Son autre obsession, l’arabe : il refait son retard, réapprend à parler avec les gens simples, redécouvre la richesse des hommes qui font ce pays et souffrent d’abandon et d’indifférence. Un prochain livre naîtra de ces retrouvailles. En attendant, l’auteur est revenu à Paris pour finaliser son dico.


Parution : Aux sources des gnawa d’Essaouira

Au détour de ce livre académique, fort documenté, on apprend que le festival d’Essaouira est né d’une proposition faite par l’écrivain Pascal Hamel, en 1994, au gouverneur avec lequel il s’était lié d’amitié. Le spectacle étant né de là, le livre de Pierre-Alain Claisse a été entamé, dans la foulée, en 1996, pour les besoins de recherche en sciences religieuses à la Sorbonne. Depuis, la version initiale a été revue et corrigée pour donner lieu à une rétrospective historique et sociologique de l’origine servile des gnawas, une reconstitution du parcours occupé pour leur procession, une analyse des éléments sacrificiels du culte lié à cette musique, avant d’en arriver aux différentes formes de spectacles ritualisés (lila), puis réinventées pour les besoins de mise en symbiose avec les musiques du monde. Très instructif pour les inconditionnels d’Essaouira, qui voudraient dépasser l’émerveillement et comprendre les sources du plaisir que procure cette musique rythmée et charnelle.

Les gnawa marocains de tradition loyaliste, Pierre-Alain Claisse , éd. L’Harmattan

 
 
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