Salim Jay, lauteur banni : Son dico des écrivains marocains
À53 ans, Salim Jay a ce même caractère, entier, impulsif, rebelle, humain, de quelquun qui ne fait jamais de distinction entre un ministre et un homme de la rue. Les deux textes majeurs qui ponctuent sa longue carrière décrivain exilé et banni oscillent entre les deux extrêmes. D'un côté, le portrait acéré et tendre de son père, Driss Jay, qui "chantait régulièrement les gloires du roi" (1). De l'autre, son autobiographie alimentaire de vagabond "sans feu ni lieu" (2) à Paris. Après 29 ans passés comme correcteur décrivains plus illustres, biographe dauteurs marginaux, collectionneur de citations comme seule nourriture à se mettre sous la dent, auteur de dix-sept ouvrages et recueils commis pour survivre, non sans panache, critique mordant de tout se qui ressemble à des traces littéraires dans la revue Qantara, Jay passe toujours pour un inconnu at home.
Ironie du sort, cest ce même écrivain marginal, qui parlait des "écrivains dans leur assiette" (3) en jouant au pique-assiette, et qui saccommode, sans illusion, depuis peu dune vie plus confortable, qui prépare aujourdhui un dictionnaire des écrivains marocains. Précoce, écrivant régulièrement dans LOpinion, dès lâge de 14 ans, ce lecteur assidu se réserve le droit au tri, à une perception singulière décrivains qui lui semblent sortir du lot, comme Fouad Laroui à létranger et Mohamed Nedali au pays. Le nez fourré deux semaines de suite dans les collections de la fondation du Roi Abdelaziz, se fiant à son flair qui ne le trompe jamais, ce rat de bibliothèque, au style nerveux, risque de faire beaucoup de malheureux, tant la littérature marocaine est en mauvaise passe. Ce ne serait que justice rendue. Non que Jay soit nourri par un esprit de revanche, mais pour un écrivain aussi prolixe, lindifférence cultivée, des années durant, vis-à-vis de ses écrits est pour le moins troublante. Lauteur a mille ressorts littéraires dans sa plume. Il a la pudeur et la fierté de mettre ses confidences dans la bouche dun Ionesco qui ressentait du "bonheur de se retrouver vivant chaque matin pour prendre le petit-déjeuner", linsouciance quil faut pour nous apprendre au détour de son récit, le salaire de Hassan II (1.300.000.000 dollars) et la légèreté nécessaire pour papillonner des vers de Hôlderlin au jambon dun buffet inespéré. Il a surtout le courage rare dun écrivain qui se voit dans le miroir : "Pour avoir les pieds sur terre, jattendis que papa fût sous terre". Aujourdhui, alors qu il ne craint plus de revenir au bercail, Jay a dautres fantômes qui le hantent. Les harragas (5), en loccurrence. Mais il na que sa plume pour faire sauter le verrou de Gibraltar, pour rire de cette illusion qui "nous a fait croire que le nombre (29 millions de marocains) fait la force" et regretter que "le voyage soit un luxe dont se glorifient les riches chez nous". Son autre obsession, larabe : il refait son retard, réapprend à parler avec les gens simples, redécouvre la richesse des hommes qui font ce pays et souffrent dabandon et dindifférence. Un prochain livre naîtra de ces retrouvailles. En attendant, lauteur est revenu à Paris pour finaliser son dico. |
Parution : Aux sources des gnawa dEssaouira
Au détour de ce livre académique, fort documenté, on apprend que le festival dEssaouira est né dune proposition faite par lécrivain Pascal Hamel, en 1994, au gouverneur avec lequel il sétait lié damitié. Le spectacle étant né de là, le livre de Pierre-Alain Claisse a été entamé, dans la foulée, en 1996, pour les besoins de recherche en sciences religieuses à la Sorbonne. Depuis, la version initiale a été revue et corrigée pour donner lieu à une rétrospective historique et sociologique de lorigine servile des gnawas, une reconstitution du parcours occupé pour leur procession, une analyse des éléments sacrificiels du culte lié à cette musique, avant den arriver aux différentes formes de spectacles ritualisés (lila), puis réinventées pour les besoins de mise en symbiose avec les musiques du monde. Très instructif pour les inconditionnels dEssaouira, qui voudraient dépasser lémerveillement et comprendre les sources du plaisir que procure cette musique rythmée et charnelle.
Les gnawa marocains de tradition loyaliste, Pierre-Alain Claisse , éd. LHarmattan
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