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Les autruches
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Là, les kamikazes venaient dentrer
dans lHistoire, à Casablanca
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Chacun ressent les chocs à sa manière. On dit beaucoup de mal des autruches. Cest injuste, y a de bonnes autruches. Cest pas parce quon senfonce la tête dans le sable pour ne pas voir un danger contre lequel on est sans défense quon est "limité". Les pires autruches sont celles qui nous disaient que le danger islamiste au Maroc était une invention de ceux qui veulent ternir limage de notre pays.
"Le choc salutaire" du 16 mai dernier ne ma rien appris sur la menace qui se précisait chaque jour, jessayais simplement de penser à autre chose en attendant que ça flambe quelque part. Jattendais un mauvais coup des fascistes verts. Mais quand jai |
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appris les attentats de Casablanca, jai refusé de comprendre. Comme une autruche que personne na chargée de faire le guet. Jai tellement enfoncé ma tête dans le sable quelle est ressortie de lautre côté, en Afghanistan.
Le jour des attentats, jétais en train de boire le thé dans mon gourbi de lAtlas quand un pote ma téléphoné. Dès que jai entendu sa voix, jai compris quun mauvais truc sétait passé. Il ma demandé :
- Quest-ce que tu fous ?
- Je bois du thé avec Bassou et Houssa.
- Ben profites-en bien, ce sera ton dernier thé civil, lultime délice de lère de lexception marocaine... À partir daujourdhui, plus personne nest vierge, plus personne ne pourra dire quil ne savait pas. Y a des bombes dans Casa.
- Tes sûr que cest pas juste un bombardement de laviation espagnole ou algérienne, hein, on sait jamais avec toutes les rancurs accumulées, les non-dits, peut-être quon a vexé quelquun, un général fou dOran ou de Valence qui aurait perdu les pédales et envoyé un supersonique larguer une bombinette sur cette bonne vieille Casa ? Tes sûr, vérifie, ça pourrait aussi être une karouila qui a franchi le mur du son
- On vient dentendre 3 explosions, je te dis, il paraît quil y en a eu dautres. Y en a une qui a démoli la synagogue à deux rues de chez moi".
- Bon sang, cest laviation de je ne sais pas quel pays, en tout cas quelques engins sophistiqués et fulminants venaient de nous être envoyés dans la façade
Chez nous, on ne connaissait que les poussées de fièvre qui saisissent les déclassés des villes, elles sont cycliques : 1965, 1981, 1984, 1990, et elles sont suivies dune vague de répression féroce. Et ça sarrête. Ce sont des "mouvements sociaux exacerbés", car la vie reprend après.
Là, les kamikazes venaient dentrer dans lHistoire à Casablanca. À deux cent kilomètres de là, la forêt imperturbable où je comptais entamer une sieste, restait indifférente à ce funeste chaos. La Terreur est entrée dans nos vies, mais occupé à déstresser dans la position du pacha amazigh, jai pas vu venir les bombes.
Après, on a dit que cétait un choc salutaire.
Les chocs salutaires, cest à double tranchant, vu que les chocs, nous on en a reçu des tas, mais le salut, on n'a pas encore vu. Toujours est-il que civils comme on est, on a dit quon marchait dans la reconquête de lespace public trusté par les KhouanGIA. On a été manifester avec les professionnels de la récup, mais comme on était plus nombreux que les ministres, on a donné à la manif le ton quon voulait.
Cest là que les pouvoirs publics se sont aperçus de lexistence des déshérités et ont décidé de reconquérir les coeurs et les consciences par le baratin. LÉtat a lancé une campagne sur la tolérance, à la télé, pendant que les services de sécurité lançaient une campagne darrestations massives sans le concours de la télé qui ne pouvait plus débiter que la litanie des arrestations, des procès, des condamnations. En voulant pincer les amis et commanditaires des kamikazes de Sidi Moumen, on a coffré du barbu à tour de bras. Les égarés comme les égareurs. Il y eut même une espèce de miracle, "Madame Tazi" découvrit lAfghanistan aux portes de Casablanca. Touche pas à mon pays, dit-elle, le cur soulevé par lodeur qui empeste dans les bidonvilles. Mais, croyez moi, je lai vue déposer une couronne de fleurs au pied de la statue dédiée aux victimes des attentats. Faut pas avoir des préjugés comme ça. Un dernier truc : les engins nétaient pas sophistiqués et cétait pas laviation espagnole. |
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