Irak : La guerre du pire
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Le mal est déjà fait et le pire à venir
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Images insupportables, torture officialisée, les États-Unis ont ruiné leurs dernières chances de moraliser une guerre inutile
"En tant que musulmans, nous ne pouvons laccepter, mais nous ne le condamnons pas. Cétait une réaction presque naturelle aux violations des droits de lhomme dAbu Ghraib. Ce quon fait les Américains est horrible", voici résumé dans la bouche de cette dentiste bagdadie interrogée par lAFP, la position de nombreux Irakiens à la suite de la dernière vidéo diffusée le mercredi 12 mai, montrant le jeune otage américain, |
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Nicholas Berg, décapité par ses geôliers, en direct. Indignés, certes, mais animés dun sentiment instinctif de vengeance, tant la semaine qui vient de sécouler fut insoutenable dimages en tout genre et de discours incohérents. Dun côté, des actes de barbarie notoires et de lautre des dirigeants qui font volte-face. La coupe est pleine pour la communauté internationale, mais cela na pas empêché un George W. Bush et son vice-président Cheney de défendre corps et âme, et de la façon la plus indécente qui soit, un secrétaire à la Défense largement incriminé : "Laissez-le faire son travail, Donald Rumsfeld est le meilleur secrétaire à la Défense qu'on ait jamais eu aux États-Unis" ! Savait-il ? Rien nest moins sûr, dautant que la technique de torture durant les interrogatoires est un principe militaire autorisé par un article de loi
pour produire du renseignement, dit-on. Sauf quaujourdhui, danciens militaires le disent eux-mêmes : la torture est contre-productive. Alors pourquoi ? Primo, estime Jean-Paul Marthoz, directeur de la communication de Human Rights Watch, "le 11 septembre 2001 a été un choc qui a déséquilibré l'équation jusque-là favorable entre sécurité et libertés. Pour s'en convaincre, il suffit de souligner les mesures américaines prises après les attentats : l'adoption du Patriot Act, qui accorde aux services de sécurité toute une série de facilités pour enquêter au mépris de la sphère privée, le statut surréaliste des prisonniers de Guantanamo, l'arrestation sans jugement de centaines d'immigrés...".
Bribes de démocratie
Secundo, la plupart des militaires jugés pour torture, au nombre de 7 dont 2 femmes, sont soit des réservistes, soit des citoyens appelés à la rescousse après lhécatombe inattendue de soldats morts au combat. Des soldats non préparés, marqués comme tout Américain, par les attentats et lhystérie collective des médias sacharnant à lobotomiser leurs spectateurs avec Ben Laden et tout ce qui le touche de près ou de loin, cest-à-dire le monde musulman.
Tertio, la presse et les analystes géopolitiques laffirment : les instructions viennent den haut. Une des soldates inculpées pour les sévices commis à Abou Gharib, Sabrina Harman, 26 ans, a affirmé par mail au Washington Post, "qu'on leur amenait des prisonniers déjà cagoulés et menottés", et que la police militaire, dont elle fait partie, avait ordre de les "garder éveillés et de leur rendre la vie infernale pour qu'ils parlent". Doù venaient ces ordres ? "Des officiers du renseignement militaire, des agents de la CIA et des sous-traitants civils qui menaient les interrogatoires", répond-elle. Un discours décliné en haut lieu par le général Antonio Taguba, auteur du rapport sur les sévices américains mettant en cause "le manque de discipline, labsence totale de formation et labsence de supervision dans les rangs de lUS Army". LAmérique perd donc de sa superbe, au fil des jours et tout ce qui constituait sa fierté et son honneur ne sont plus que des bribes de démocratie et de valeurs morales. Oui, lAmérique est coupable, oui lAmérique a chassé un régime de torture pour en installer un autre. Léditorialiste du Washington Post, Thomas Friedman, sest même distingué en considérant le départ de Rumsfeld comme lunique moyen de restaurer l"honneur" des États-Unis. Un "ébranlement qui profite à lEurope", comme le conclut Bernard Guetta de LExpress, dans sa chronique hebdomadaire, poursuivant : "Le drame est quil profite plus immédiatement aux chaos. Tantôt prometteurs, tantôt formidablement inquiétants, ses effets ne font que poindre". Et ce n'est pas la visite surprise de Donald Rumsfeld à Abou Ghraib le jeudi 13 mai qui empêchera le pire de se produire, le mal est déjà fait. |
Extraits : Rapport dAmnesty : les Britanniques aussi
| Amnesty International publiait le 11 mai un rapport sur les meurtres de civils à Bassorah et Al-Amra, en voici des extraits : "Les forces britanniques sont impliquées dans la mort de 37 civils en Irak depuis le 1er mai 2003"; "Dans nombre de cas, larmée britannique na même pas ouvert une enquête" ; "Larmée britannique a affirmé quun soldat avait tiré en lair afin de disperser des personnes qui lançaient des pierres sur la patrouille" ; "La réponse de larmée britannique à ces meurtres présumés de civils nuit à lÉtat de droit au lieu de le défendre" (
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