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Manar l'Anar
Économie
Enquête
N° 127
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Irak : La guerre du pire

Le mal est déjà fait et le pire à venir…
Images insupportables, torture officialisée, les États-Unis ont ruiné leurs dernières chances de moraliser une guerre inutile…


"En tant que musulmans, nous ne pouvons l’accepter, mais nous ne le condamnons pas. C’était une réaction presque naturelle aux violations des droits de l’homme d’Abu Ghraib. Ce qu’on fait les Américains est horrible", voici résumé dans la bouche de cette dentiste bagdadie interrogée par l’AFP, la position de nombreux Irakiens à la suite de la dernière vidéo diffusée le mercredi 12 mai, montrant le jeune otage américain,
Nicholas Berg, décapité par ses geôliers, en direct. Indignés, certes, mais animés d’un sentiment instinctif de vengeance, tant la semaine qui vient de s’écouler fut insoutenable d’images en tout genre et de discours incohérents. D’un côté, des actes de barbarie notoires et de l’autre des dirigeants qui font volte-face. La coupe est pleine pour la communauté internationale, mais cela n’a pas empêché un George W. Bush et son vice-président Cheney de défendre corps et âme, et de la façon la plus indécente qui soit, un secrétaire à la Défense largement incriminé : "Laissez-le faire son travail, Donald Rumsfeld est le meilleur secrétaire à la Défense qu'on ait jamais eu aux États-Unis" ! Savait-il ? Rien n’est moins sûr, d’autant que la technique de torture durant les interrogatoires est un principe militaire autorisé par un article de loi… pour produire du renseignement, dit-on. Sauf qu’aujourd’hui, d’anciens militaires le disent eux-mêmes : la torture est contre-productive. Alors pourquoi ? Primo, estime Jean-Paul Marthoz, directeur de la communication de Human Rights Watch, "le 11 septembre 2001 a été un choc qui a déséquilibré l'équation jusque-là favorable entre sécurité et libertés. Pour s'en convaincre, il suffit de souligner les mesures américaines prises après les attentats : l'adoption du Patriot Act, qui accorde aux services de sécurité toute une série de facilités pour enquêter au mépris de la sphère privée, le statut surréaliste des prisonniers de Guantanamo, l'arrestation sans jugement de centaines d'immigrés...".

Bribes de démocratie
Secundo, la plupart des militaires jugés pour torture, au nombre de 7 dont 2 femmes, sont soit des réservistes, soit des citoyens appelés à la rescousse après l’hécatombe inattendue de soldats morts au combat. Des soldats non préparés, marqués comme tout Américain, par les attentats et l’hystérie collective des médias s’acharnant à lobotomiser leurs spectateurs avec Ben Laden et tout ce qui le touche de près ou de loin, c’est-à-dire le monde musulman.
Tertio, la presse et les analystes géopolitiques l’affirment : les instructions viennent d’en haut. Une des soldates inculpées pour les sévices commis à Abou Gharib, Sabrina Harman, 26 ans, a affirmé par mail au Washington Post, "qu'on leur amenait des prisonniers déjà cagoulés et menottés", et que la police militaire, dont elle fait partie, avait ordre de les "garder éveillés et de leur rendre la vie infernale pour qu'ils parlent". D’où venaient ces ordres ? "Des officiers du renseignement militaire, des agents de la CIA et des sous-traitants civils qui menaient les interrogatoires", répond-elle. Un discours décliné en haut lieu par le général Antonio Taguba, auteur du rapport sur les sévices américains mettant en cause "le manque de discipline, l’absence totale de formation et l’absence de supervision dans les rangs de l’US Army". L’Amérique perd donc de sa superbe, au fil des jours et tout ce qui constituait sa fierté et son honneur ne sont plus que des bribes de démocratie et de valeurs morales. Oui, l’Amérique est coupable, oui l’Amérique a chassé un régime de torture pour en installer un autre. L’éditorialiste du Washington Post, Thomas Friedman, s’est même distingué en considérant le départ de Rumsfeld comme l’unique moyen de restaurer l’"honneur" des États-Unis. Un "ébranlement qui profite à l’Europe", comme le conclut Bernard Guetta de L’Express, dans sa chronique hebdomadaire, poursuivant : "Le drame est qu’il profite plus immédiatement aux chaos. Tantôt prometteurs, tantôt formidablement inquiétants, ses effets ne font que poindre". Et ce n'est pas la visite surprise de Donald Rumsfeld à Abou Ghraib le jeudi 13 mai qui empêchera le pire de se produire, le mal est déjà fait.


Extraits : Rapport d’Amnesty : les Britanniques aussi…

Amnesty International publiait le 11 mai un rapport sur les meurtres de civils à Bassorah et Al-Amra, en voici des extraits : "Les forces britanniques sont impliquées dans la mort de 37 civils en Irak depuis le 1er mai 2003"; "Dans nombre de cas, l’armée britannique n’a même pas ouvert une enquête" ; "L’armée britannique a affirmé qu’un soldat avait tiré en l’air afin de disperser des personnes qui lançaient des pierres sur la patrouille" ; "La réponse de l’armée britannique à ces meurtres présumés de civils nuit à l’État de droit au lieu de le défendre" (…).

 
 
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