16 mai 1 an après
Événement, Libéralisation de l'audiovisuel : Trajectoire d'une loi maudite
Spécial action citoyenne, Société Civile : La chance du Maroc
Spécial action citoyenne, Entreprise : Des citoyens en cols blancs
Spécial action citoyenne, Associations : Le boom salvateur de l'après 16 mai
Spécial action citoyenne, Rural : Aït Iktel, douar modèle
Spécial action citoyenne, Culture : Etre underground ou ne pas être
Manar l'Anar
Économie
Enquête
N° 127
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Événement, Libéralisation de l’audiovisuel : Trajectoire d’une loi maudite
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Spécial action citoyenne, Entreprise : Des citoyens en cols blancs

Ils sont chefs d'entreprise ou cadres supérieurs. Leur point commun : se battre pour que l'entreprise ne reste pas indifférente aux maux de notre société. Par Laetitia Grotti


À en croire certains industriels de la place, la compétitivité économique ne suffira bientôt plus pour séduire les donneurs d’ordre. Tout au mieux sera-t-elle considérée comme un postulat de base. Ceux qui se sont engagés depuis plusieurs années, souvent de façon contrainte (accords euro-méditerranéens auxquels s’ajoute aujourd’hui l’ALE) dans
une mise à niveau de leur appareil de production, doivent désormais compter avec un autre facteur, de plus en plus prisé par les commanditaires : la compétitivité sociale. Kesako ? Auparavant, les donneurs d’ordre ne badinaient pas avec les délais et la qualité. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus regardants sur les conditions de travail dans les usines, les salaires, l’hygiène… au grand dam des chefs d’entreprise. La Vie Économique rapportait il y a plusieurs semaines qu’au début du mois de février, l’Union des étudiants de l’Université d’Oxford (OUSU), en Angleterre, avait protesté contre le fait que les T-shirts qui portaient le logo de l’université étaient fabriqués dans une usine de Salé, filiale d’une multinationale, qui ne respecte pas le droit international du travail. Dans une pétition, les étudiants dénonçaient des managers peu respectueux de l’un des droits les plus élémentaires des ouvriers, à savoir celui d’être syndiqués. L’exemple est loin d’être un cas isolé. À croire ce membre de l’AMITH (Association marocaine des industries du textiles et de l’habillement), audits et inspections du travail par les donneurs d’ordre se multiplient dans les usines. "Avant de passer commande, rien n’est laissé au hasard, ni les vestiaires, ni la propreté des locaux, pas plus que l’âge des ouvriers, leurs salaires, les horaires de travail...". Question : que se passe-t-il quand l’entreprise ne répond pas à ces critères ? "Le commanditaire change de sous-traitant, car il est de son côté sous la pression des actionnaires ou de l’opinion publique", répond ce même membre.
De fait, pour beaucoup d’économistes, le poids des entreprises dans la production de richesses conduit aujourd’hui l’ensemble des corps sociaux à leur demander des comptes sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux de leurs activités. Cela peut passer par des lois et réglementations nationales et supranationales (BIT, OIT, ONU…), mais aussi par des pressions de la société civile (consommateurs, ONG) ou de certains actionnaires qui exigent, au minimum, plus de transparence des entreprises. Du coup, en écho au concept de "développement durable", une expression a commencé à fleurir, au Maroc comme ailleurs, celle de "responsabilité sociale de l’entreprise" ou plus prosaïquement "d’entreprise citoyenne". Ce qui signifie qu’une entreprise doit non seulement se soucier de sa rentabilité et de sa croissance, mais aussi des impacts environnementaux et sociaux. Elle doit aussi être plus attentive aux préoccupations de ses salariés, actionnaires, clients, fournisseurs et à celles de la société civile dont les ONG sont les porte-paroles. "Chez nous, l’idée d’entreprise citoyenne a été lancée en 1995 par Lahjouji, alors patron des patrons. Elle a servi de slogan pour marquer l’entrée du patronat marocain dans une nouvelle ère, mais elle n’a jamais vraiment été définie", raconte l’économiste Nourredine El Aoufi, "c’était plus un slogan qui symbolisait, à l’instar du déménagement du siège près de la Bourse, son entrée dans la modernité". Pour Karim Tazi, Pdg de Richbond souvent cité en exemple pour son activisme associatif, "on peut parler de comportement citoyen dès lors que l’entreprise considère qu’elle ne peut pas atteindre son objectif : générer de l’argent par tous les moyens. Qu’elle quitte une démarche égoïste de maximisation des profits pour concilier ses intérêts avec les besoins de la société". Et les nôtres sont énormes, ce qui fait dire à notre homme qu’il "est difficile de rester indifférent à la pression sociale". D’autant plus qu’émerge, selon lui, une nouvelle génération de managers. Une génération qui a été sensibilisée au cours de ses études à d’autres modes de gestion managériale, à une autre éthique. Qui repense son rôle dans la société. "Dans un pays comme le Maroc, où les normes sociales sont faibles, un patron qui impose une politique sociale interne progressiste s’inscrit déjà dans une démarche citoyenne", salaires supérieurs au SMIG, couverture sociale, aménagement de salle de repos, voire de terrains de sport et pourquoi pas d’un planning familial… Eh oui, ça existe au Maroc ! Mais rien n’empêche ce patron d’aller plus loin s’il se considère interpellé par d’autres enjeux comme l’environnement, l’éducation, la formation, la parité…

Réveiller
les indifférents
"On vit dans un pays confronté à de graves difficultés auxquelles l’entreprise ne devrait pas rester indifférente", explique Zineb Benchekroun. Pour cette jeune cadre supérieure, qui vient de prendre un an de congé sabbatique pour s’investir dans le militantisme associatif, "c’est une question d’urgence. Il n’est plus temps de s’interroger pour savoir si oui ou non l’entreprise doit faire du social, car si rien ne change, son environnement aura des impacts forcément négatifs sur elle". L’école en est la meilleure illustration. Si l’entreprise veut des cadres compétents, créatifs, faisant preuve de prise d’initiative, il faut une école pour tous et de qualité. Face à l’énormité de l’enjeu, le ministère de l'Éducation nationale seul ne peut agir et le reconnaît dans sa Charte nationale d’éducation et de formation, en préconisant l’ouverture sur son environnement. Or, l’entreprise a des savoir-faire dont l’école peut bénéficier. C’était en tout cas la conviction de M’hamed Abbad, vice-président de la Wafabank, à l’origine de l’association Al Jisr, dont l’objectif est aussi clair qu’ambitieux : "Une entreprise, une école". Depuis 2002, elles sont une trentaine à avoir franchi le pas, dont la Wafabank, qui a donné l’exemple en parrainant la première école, Lalla Aïcha à Ben M’sick, et en finançant, à hauteur d’un million de dirhams par an, les frais de fonctionnement de l’association. "Chaque entreprise partenaire s’engage sur 5 ans. C’est elle qui choisit l’école publique qu'elle veut parrainer. Elle doit d’abord la réhabiliter (équipement en eau, électricité, bibliothèque, livres, etc.), mais aussi aider à l’amélioration de la gestion administrative et organiser des activités éducatives et culturelles. De son côté, l’association fait bénéficier enseignants et directeurs de formations pédagogiques comme les aident à élaborer et réaliser leurs projets éducatifs", explique M’Hamed Abbad. Devant le succès de l'opération, Habib El Malki, ministre de l'Éducation, a adressé une circulaire à toutes les académies régionales ainsi qu'aux délégués provinciaux, pour qu'ils facilitent l'action d'Al Jisr. "Actuellement, nous sommes en négociation avec l’ONEP pour le parrainage de 50 écoles en milieu rural. À terme, notre objectif sur 5 ans est d’atteindre les 600 écoles". Certes, ce type d’initiatives se multiplie, notamment via le mécénat d'entreprises dans des domaines aussi variés que la culture, le sport ou encore l'alphabétisation, mais elles restent marginales face à la masse. Pourtant, tous en conviennent : le 16 mai a résonné comme un coup de semonce pour bon nombre de chefs d’entreprise. Ils ont tout d’un coup pris conscience que leur "way of life" était en danger, que le fondamentalisme avait gangrené une partie de leur société. Dans les semaines qui ont suivi les attentats, le collectif Démocratie et Modernité, porté par des chefs d’entreprise, a multiplié séminaires et colloques. Chacun s’interrogeant sur ce qu’il pouvait faire. Les associations ont vu arriver ici ou là de nouveaux venus, de nouveaux fonds. Idem après la catastrophe d’Al Hoceima, où des entreprises ont offert, à compte ouvert, des dons. De la même manière, alors que l’idée de créer à la CGEM "une commission Entreprise et proximité sociale (EPS)" était en butte au scepticisme des vieux loups - "ce n’est pas le propre d’une entreprise de faire du social" -, le 16 mai va l’imposer et l’idée d’un salon professionnel où se rencontreraient associations et chefs d’entreprises (cf. édito), va devenir une priorité au sein de l’honorable confédération. "Il est important d’inciter les entreprises à mettre en place une démarche de responsabilité sociale envers leur environnement immédiat. Notre rôle au sein de la commission EPS est de soutenir les associations de proximité. Elles ont la connaissance du terrain, l’expérience et la crédibilité. Il ne leur manque souvent que les moyens financiers, matériels, logistiques, humains", ajoute K. Tazi. Mais force est de constater qu’après l’enthousiasme des premiers jours, le soufflet du 16 mai est retombé et avec lui, le nombre des combattants. Ils ne sont qu’une petite trentaine à la commission EPS et encore moins à être actifs. "Pour un chef d’entreprise, les préoccupations citoyennes paraissent lointaines par rapport à son objectif à court terme, qui signifie maximiser le profit", constate Karim Tazi, avant de conclure : "Pourtant, que m’importe d’avoir un billet de 1ère classe si c’est sur le Titanic ?".


Spécial action citoyenne, Entreprise, Monde : L'éthique, valeur marchande

Le commerce équitable est
un moyen d'attirer positivement
le consommateur (Photo AFP)
En Europe et aux États-Unis, il apparaît nécessaire et légitime pour l'entreprise de s'intéresser aux problèmes de la cité et d'y prendre une part active. Sinon, gare au retour de bâton. Par Laetitia Grotti


Pour les habitants d'Inglewood, modeste banlieue de Los Angeles, la chose est entendue : Wal-mart ne passera pas. Les électeurs de cette petite ville californienne étaient appelés aux urnes le 6 avril dernier pour décider s'ils autorisaient le leader mondial de la distribution à installer un hypermarché sur le
territoire de la commune. La réponse a été sans appel : 66 % des votants se sont prononcés contre le projet. Plus grosse entreprise mondiale avec 1,3 millions de salariés, Wal-mart fait l'objet de plus en plus de controverses et de polémiques aux États-Unis. Le géant américain est accusé non seulement de vider les centre-villes de leurs commerces et de tuer un à un ses concurrents, mais aussi de créer un cercle vicieux de paupérisation en tirant les salaires vers le bas et en réduisant les assurances sociales. Fin 2003, l'arrivée de Wal-mart en Californie avait provoqué une grève de 4 mois, la plus longue de l'histoire des États-Unis dans le secteur de la distribution. Le révérend Jesse Jackson s'était même mêlé de la partie en soulignant que si Wal-mart était un champion de la globalisation économique, il ne faisait "rien pour globaliser les normes de travail, de la santé, de l'environnement ou de la condition féminine".
De fait, en Europe ou aux États-Unis, l'opinion publique donne de la voix, le citoyen s'efface de plus en plus derrière le consommateur. Ils demandent aux entreprises un comportement plus citoyen. Ceux-ci ne se contentent plus d'un logo apposé en grand lors d'un événement sportif. Ils demandent : qu'est-ce que cette entreprise fait pour moi ? Qu'est-ce qu'elle apporte à la société ? De nos jours, il apparaît donc nécessaire et légitime pour l'entreprise de s'intéresser aux problèmes de la cité et d'y prendre une part active. L'entreprise, dans son environnement, doit avoir un rôle civique et a besoin d'enrichir son identité d'éléments différenciateurs, d'attirer positivement l'attention des consommateurs, d'établir un mode de relation empreint d'une plus grande prise en compte de l'autre. Ainsi, du "Danone Way" au programme "Mieux consommer" de Carrefour, rares sont aujourd'hui les grandes entreprises qui ne communiquent pas sur la responsabilité éthique et sociale, au travers d'initiatives concernant la protection de l'environnement, du respect des salariés ou encore des consommateurs. Pour l'économiste Nourredine El Aoufi, "ce retour de l'éthique dans les affaires n'a rien d'altruiste, il est dicté par des intérêts, ceux des actionnaires. Cette valeur est devenue une valeur marchande". Pour lui, tant que l'entreprise a intérêt à faire du dumping social, elle le fait. Elle ne change de politique qu'à partir du moment où ses intérêts commerciaux et financiers sont en jeu. Souvenez-vous. C'était il y a cinq ans. Une ONG américaine, "L'éthique sur l'étiquette" avait appelé au boycott de Nike parce que cette dernière faisait travailler des sous-traitants asiatiques qui employaient des enfants. Résultat de ce retour d'image négatif : des chiffres de vente en forte baisse. Depuis, la firme impose à tous ses sous-traitants une charte éthique et veille à son respect. Pour beaucoup, ce "souci citoyen" de l'entreprise s'explique par une montée en puissance bien réelle des ONG via le Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre, dont le nombre de participants ne cesse de croître au fil des ans. Créé en 2000 pour être un forum contestataire "anti-Davos", le FSM se transforme depuis 4 ans en une véritable force de proposition apportant sa vision "d'un autre monde possible". À tel point que le FSM semble même influencer le programme du Forum économique mondial (FEM). Les quelques 2000 participants du FEM - essentiellement des chefs d'États, des dirigeants de grandes multinationales et des responsables d'institutions internationales- consacrent depuis deux ans plusieurs ateliers à "l'injustice et à la pauvreté dans le monde" , "aux droits de l'homme et la sécurité", ou encore au rôle des ONG, considérées comme "des partenaires clé sur une série de problématiques, ayant des domaines d'intervention et une influence politique large", selon les organisateurs du forum économique. Marketing ou engagement réel ? Une fois n'est pas coutume, la fin (sociale et environnementale) justifie les moyens (de l'entreprenariat).
 
 
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