16 mai 1 an après
Événement, Libéralisation de l'audiovisuel : Trajectoire d'une loi maudite
Spécial action citoyenne, Société Civile : La chance du Maroc
Spécial action citoyenne, Entreprise : Des citoyens en cols blancs
Spécial action citoyenne, Associations : Le boom salvateur de l'après 16 mai
Spécial action citoyenne, Rural : Aït Iktel, douar modèle
Spécial action citoyenne, Culture : Etre underground ou ne pas être
Manar l'Anar
Économie
Enquête
N° 127
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Spécial action citoyenne, Associations : Le boom salvateur de l'après 16 mai

Un des signes forts fut donné dès
le lendemain de la tragédie (Photo AFP)
Au-delà du choc, le 16 mai a donné un nouveau souffle à l’action associative. Un double effet accélérateur et correcteur, qui finira pourtant par disparaître si le relais n’est pas assuré. Par Chadwane Bensalmia


Question : est-ce qu’il y a eu un avant et un après 16 mai pour l’action associative ? Réponse : à Sidi Moumen, 32 associations fantômes évoluaient l’une dans l’ombre de l’autre, des années durant, sans qu’on leur connaisse une seule action. Au lendemain des attentats, elles ont retrouvé la vie et une
vingtaine de nouvelles structures ont vu le jour. Toutes sont désormais plus qu’actives (des projets de construction de terrains de foot, de bibliothèques, etc.) en termes d'initiatives d’encadrement de jeunes et se chargent désormais de redonner confiance aux habitants de cette périphérie de la capitale. Mais, gardons-nous cependant de tirer des conclusions hâtives. Le quartier de Sidi Moumen, berceau du radicalisme meurtrier, devenait naturellement propice à une telle explosion civile. Ses "performances" peuvent de ce fait fausser la donne. Zoom sur l’autre facette de la ville, là où la misère n’est pas aussi ravageuse, et jetons un coup d’œil dans les registres de la Direction des affaires générales de la commune d'Anfa. Dans cette seule commune, et en l’espace d’un an (du 17 mai 2003 au 15 mai 2004), 79 associations se sont vues remettre un récépissé de dépôt de dossier. Une bonne partie de ces nouveaux-nés sont des associations de quartier. Les chiffres nationaux, voire régionaux, sur la période, n’ont pas encore été annoncés, mais un petit calcul - peu exhaustif mais pas hasardeux pour autant - nous ramène à une moyenne de 6 créations par mois. Et le rythme va en s’accélérant. La réponse semble dès lors s’imposer d’elle-même. Oui, le 16 mai a eu un effet salvateur quant à l’engagement populaire dans l’action civile. Mais, ce n’est pas la prise de conscience qui en est la conséquence la plus spectaculaire. En tout cas pas autant que l’effet accélérateur que le choc a provoqué : "La prise de conscience, la culture associative commençait à s’enraciner bien avant le 16 mai. Le fait est qu’elle longtemps été teintée de romantisme et d’absentéisme - à quelques exceptions près. L’impact du 16 mai aura été de démontrer l’insuffisance des approches idéalistes. Il fallait désormais être plus pragmatique, plus pratique", s’accordent à affirmer Saâd Benkirane et Lahcen Haddad, respectivement membre de l’Espace associatif et anthropologue, spécialiste du mouvement associatif au Maroc. Et ce dernier d’ajouter : "On a compris qu’on ne pouvait plus se reposer sur les autres, qu’il fallait simplement se prendre en main soi-même". Cela a démarré le lendemain même de la tragédie. On se souvient de la constitution le 17 mai 2003 du "front unifié contre le terrorisme", regroupant une cinquantaine d’associations, d’organisations syndicales et politiques. On se souvient de cette manifestation qui a réuni des dizaines de milliers de citoyens. On se souvient également que sur le tas, personne n’était capable d’en attribuer l’initiative à une association ou à une autre. On avait alors avancé plusieurs noms mais à aucun moment n’a été évoqué un parti ou une quelconque autre organisation institutionnelle. Le 16 mai a été le coup de grâce pour une représentation politique qui avait, depuis longtemps, déjà pris congé de ses engagements. Et la tentative de ces partis de rattraper la machine en route, voire d’en récupérer le mérite, n’a fait que les "ridiculiser". Traduction chiffrée : selon les dernières statistiques, le tissu associatif est estimé à quelques 32.300 associations, avec une moyenne de 50 adhérents par structure et dont seule la moitié est active, soit 807.500 membres actifs. C’est ce chiffre qui est appelé à croître. En contrepartie, les cartes d’adhérents des partis seront moins convoitées. Du sang neuf, une vision plus claire et de nouveaux champs d’action, voilà ce qu’a "offert" le 16 mai à la plate-forme existante. Ce sont, en somme, tous les bienfaits d’un effet correcteur aussi bien en milieu le rural qu’en milieu urbain. Toujours selon les chiffres, 29% du tissu associatif marocain est concentré sur l’axe Casa-Rabat. À première vue, le taux peut paraître avantageux, mais "ce ne sont certainement pas les quartiers périphériques qui s’accaparent la part du lion. Ensuite, l’essentiel du travail qui se faisait dans ces quartiers relevait plus du caritatif. Finalement, lorsqu'action associative il y avait, elle était souvent inappropriée. Le péri-urbain a cette spécificité de présenter des caractéristiques rurales dont on tient désormais compte", précise L. Haddad. Concrètement, ces ruraux-urbains n’ont pas besoin d’éducation civique et ne comprennent rien aux valeurs de la démocratie et de la modernité. Et même si la volonté y est, il leur faudra d’abord subvenir à leur besoins physiologiques : "Lorsqu’un enfant doit sortir dans la rue pour faire ses besoins, comment pouvez-vous lui demander de ne pas jeter le papier avec lequel il s’essuie dans la rue ?", martèle Fatima El Mdari, membre du bureau exécutif de l’Espace associatif. Pourtant, ces mêmes jeunes, dès lors qu’ils ont eu écoute et encadrement, ont décidé d’agir sur leur environnement immédiat.
À l’échelle nationale toujours, un second chiffre qui peut induire en erreur, se lit aujourd’hui avec plus de lucidité et le tir est corrigé en conséquence. En troisième position après les deux capitales, se profile le Souss avec 13% de l’action associative. Là encore, une nuance s’impose, dans la mesure où cette région a développé un système de solidarité traditionnelle presque autonome. Bon nombre des initiatives qui y ont vu le jour sont plus le fruit de cet état d’esprit que le résultat d’un travail associatif classique. "Il est d’ailleurs opportun d’imaginer des systèmes de fonctionnement similaires pour les zones les plus enclavées", poursuit L. Haddad. Des associations de micro-crédits comme Al Amana ou Zakoura, qui ont pris le devant de la scène ces quatre dernières années, en ont inspirés plus d’un.
Au final, des régions comme l’Oriental ou le Nord - le Sidi Moumen des attentats de Madrid - longtemps oubliées, ont désormais, elles aussi, droit à quelque intérêt. Le potentiel n’y est pas moindre qu’ailleurs ,même si les associations présentes sur la place trébuchent encore, comme le rappelle jamal Berraoui : "Contrairement à l’idée véhiculée qui veut que les jeunes sont dénués de tout sens critique, de toute curiosité ou encore de sentiment identitaire, il suffit d’être avec eux pour réaliser à quel point c’est faux. Ces jeunes, dans leur dénuement total, continuent à aimer ce pays et à y croire. Ils ont simplement besoin qu’on leur prenne la main". Tous ces jeunes porteurs d’espoir, mais aussi d’idées et de projets, la société civile tente tant bien que mal de les intégrer dans des structures organisées. Mais au bout du compte, tout cette dynamique ne peut que colmater les brèches. La société civile ne peut pas se substituer à l’État, ni trouver des solutions radicales aux problèmes de développement du pays. D’autant plus que le troisième acteur appelé à se joindre à l’effort est souvent absent à l’appel, l’illusion de l’entreprise citoyenne est perdue. Pour ne citer que le plus récent des incidents, l’opération drapeau marocain, lancée par l’Organisation de lutte contre la haine et le racisme n’a pas fait écho chez les entrepreneurs. "On ne leur a pourtant pas demandé grand chose, simplement de distribuer des drapeaux à leurs employés. A l’exception de deux entreprises, ils nous ont tous fermé la porte au nez. Finalement, on se rend compte que la réalité de l’avant et de l’après 16 mai ne s’applique qu’à la société civile, à la société tout court, mais aucunement aux partis politiques et encore moins aux acteurs économiques", conclut Jamal Berraoui. Triste à dire.



Paroles de benevoles : Zineb El Alaoui (Présidente du Comité de soutien à la scolarisation des filles en milieu rural)

Le militantisme politique sur le terrain, au quartier Takkadoum de Rabat, m’a fait réaliser l’ampleur des besoins et la faiblesse des structures sociales. On recevait en "pot pourri", toutes formes confondues, les plaintes et revendications du tout-venant. Il a fallu s’organiser pour faire un travail de proximité, travailler avec les gens, sans arrières pensées, les mains libres. La scolarisation des filles est une priorité pour le développement du pays. À ce jour, 18 foyers fonctionnent et 450 sont boursières, leurs parents et la communauté attendent de nous que nous les accompagnions jusqu’au bout.

 
 
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