16 mai 1 an après
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Spécial action citoyenne, Culture : Etre underground ou ne pas être
Manar l'Anar
Économie
Enquête
N° 127
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Spécial action citoyenne, Culture : Etre underground ou ne pas être

Spécial action citoyenne, Culture : Etre underground ou ne pas être

Amine, tagger, tatoueur
et spécialiste en piercing
Si le mot est importé, dans le sens strict du terme, le Maroc possède par contre une culture underground qui, en plus, se porte à merveille. Il existe bien un art minoritaire méconnu des circuits commerciaux. Par Amale Samie


"Une culture underground est un mouvement artistique indépendant des circuits normaux du commerce et de la diffusion" pour le Petit Robert. Y a-t-il un underground marocain ? Si la musique est le plus florissant de ces arts, l’underground marocain est un vaste champ de création anonyme ou confidentielle. On y croise des artistes peintres, comme Redouane El Hadif, qui vient d’exposer un ensemble de tableaux où respirent toutes les cultures qui ont nourri le Maroc.
Il y a aussi Khadija Kabbaj, designer, qui a créé avec Abdellah Karroum un espace artistique dans un appartement. Cet appartement 22 est tellement underground que si un mécène ne se signale pas dans les jours qui viennent, il fermera.
Hassan Darsi, aussi, se situe hors du circuit béni des grandes institutions et a transporté son art dans les souks avec la complicité du même Abdellah Kerroum. Tous ces artistes produisent, vivent parfois de l’air du temps, mais ils résistent.
Suffit-il d’être désargenté, inconnu et de pratiquer un art minoritaire pour être underground ? Non. Il y a un esprit qui va avec, un souffle, un désir et pourquoi pas un engagement. Amine, tagger, tatoueur et spécialiste en piercing, en sait quelque chose. Son métier lui fait rencontrer toute une faune de musiciens, de danseurs de hip hop, des rastas et même les derniers punks venus chercher le plus trippant tatouage.
Pourtant, l’art underground qui connaît un véritable âge d’or depuis une huitaine d’années, c’est la musique.
Elle a même induit un mouvement, une refonte de la musique par le rock, la fusion et le rap. De l’avis de tous les connaisseurs, le Maroc est dans une phase propice à une explosion musicale. Le feu couvait sous la cendre. Les gens de l’underground formaient de petits groupes d’amis, depuis la douloureuse affaire des rockers emprisonnés, ils savent qu’ils participent à un mouvement qui n’a pas de structure, ni de lieu de réunion, ni même de discours unifié, l’underground se crée au jour le jour. Un jour, nous repenserons tous aux années que nous vivons comme à une période héroïque et palpitante, le début de la contre culture qui est plus une autre culture qu’une culture totalitaire qui veut imposer sa propre consécration.
La culture underground est urbaine, pacifiste et tolérante mais elle marque un refus des valeurs sociales et de la morale générale. Son but n’est pas de provoquer mais de se débrider totalement pour créer LE meilleur album, celui dont les paroles sont l’expression d’une exigence : vivre autrement, vivre mieux, vivre tout court. Mais, en faisant la musique qu’on aime, sans concession et autant que possible sans avoir à frayer avec des requins d’un show bizz qui n’existe pas encore. À Casablanca circulent de drôles d’oiseaux, figures d’un underground qui ne se conçoit même pas comme tel, car peu de gens ont adopté le terme, ils s’identifient peu aux catégories.
L’underground marocain est apparu au grand jour quand des musiciens furent embarqués. Les gens se découvraient, musiciens, amis, militants, tous engagés pour la liberté d’expression, avaient stupéfié le Maroc par sa lutte fédératrice, moderniste et déterminée. En fait, l’underground marocain en fut boosté, et après les attentats du 16 mai, on ne trouva pas de structure civile capable d’organiser un festival. On dut se rabattre sur ceux qui venaient de quitter la prison. C’est un mouvement fier, qui prend tout doucement conscience de lui-même.
Pour Barry, enfant de Hay Mohammadi, compositeur et chanteur de fusion rock-reggae, la musique underground est un art qui ne se limite pas à la composition musicale, "il doit d’abord contenir un message". Les paroles sont un label, le discours est typé, tour à tour agressif, narquois et prêt à ridiculiser le parolier lui-même. L’argot casablancais s’épanouit comme une protestation implicite, la gouaille populaire donne cet air un peu voyou qui effraye "les bourgeois". Mais, cette culture a un tout petit public, le public underground. La vérité, pour Barry, c’est que dans un pays où il n’y a pas de circuit commercial, on ne sait pas qui est underground round et qui ne l’est pas. De mauvais musiciens se réclament de l’underground parce qu’ils n’ont pas de talent et donc aucun succès. Mais la plupart des musiciens sentent confusément qu’ils participent à un mouvement. Toutefois, pour bien voir le phénomène dans sa globalité, il faut un œil extérieur car il est difficile de discerner un mouvement là où fleurissent les solutions individuelles, le bricolage et la débrouille. Tous les forçats de la répétition vous le diront, on n’en finit pas de trimballer les haut-parleurs, les batteries et tout l’attirail minimal du parfait rocker, dans la dèche perpétuelle, mal vu des voisins, faiseur de vacarme, débraillé, hirsute et goguenard. C’est un homme que le doute métaphysique, malgré les galères, ne taraude pas. Il se contente d’être ce qu’il est. Il faut le prendre tel qu’il est puisque c’est son chemin à lui.
Quand je demande à Barry si on peut devenir riche et rester underground, il répond tout de suite : oui, à condition de construire un studio d’enregistrement au lieu de se lancer dans l’immobilier. C’est vrai qu’il faut être né dans la dèche pour le faire. "Je ne crois pas que les enfants de riches soient underground. Quand tu es dans le besoin, à Hay Mohammadi, tu ne vois pas la même chose que quand tu es né à Anfa et que tu as tout. Presque tous les gosses de riches qui se prétendent underground ne le sont pas. Ils n’ont rien à remettre en question. Seuls les pauvres sont vraiment underground".
Mais cette exclusion est tempérée par ces généreuses paroles : "Attention, on peut aussi être dans le circuit commercial et être underground si on continue de faire sa musique. Si ce n’est pas l’argent qui fait la différence, c’est l’esprit. Je ne peux pas t’expliquer, l’underground c’est beaucoup de choses. Un vrai artiste underground l’est dans l’âme. Un underground qui joue du sentimental ou écrit des paroles insipides sort de l’underground".



Interview Hicham Bahou* : "Le rock ne disparaîtra pas"

Beaucoup de Marocains ont découvert le rock et les rockers avec l’affaire Fatna Bent Lhoucine…
Les rockers existaient avant, ils travaillaient depuis près de 10 ans. Les rockers sont underground parce qu’ils opèrent dans l’ombre, livrés à eux-mêmes et que la musique qu’ils font a très peu de chances d’attirer les foules.

Pourquoi ces musiciens sont-ils minoritaires ?
Ils ne font pas de musique à la demande, ils restent sans concession, ils ne font pas plaisir au public. On ne veut même pas reconnaître cet art indocile, il est ignoré dans les circuits commerciaux et ne prospère que dans les salles exigües et obscures. Il y a une communauté derrière l’underground et heureusement, c’est comme ça qu’il vit. Il commence à avoir un public de plus en plus large.
Vous êtes les Martiens de la culture marocaine ?
L’autarcie culturelle, c’est fini. Le rock développe l’identité des jeunes. C’est la première musique qui leur a été spécifique de toute l’histoire. Il a décomplexé la société. C’est une révolte contre le conservatisme. C’est pour ça que le rock ne disparaîtra pas. Mais, ici, on est pénalisés deux fois, une pour l’influence étrangère qui nous aliène et une autre pour "le bruit" qu’on fait.

Le dernier BJM était plus une super fête populaire qu’un concert underground ?
Oui, mais l’esprit est le même, les groupes sont libres de créer, de faire leur musique souvent minoritaire, mais ça peut être une grande fête populaire, tant que les musiciens ne travestissent pas leur musique pour plaire ou attirer. Ils ne se plient pas à la logique de marché, c’est un engagement pour la liberté de création.

*Président de l'ACAL (Association culturelle et artistique laïque)




Paroles de benevoles : Fadwa Maroub (Coordinatrice de l’ADFM Jeunes)

Action Jeunesse est un groupe de jeunes indépendants, constitué pour travailler sur "la participation des jeunes", en adoptant une forme d’organisation autonome. Le "café-liberté" les invite au débat une fois par mois. Le premier n’avait pas de thématique précise, nous avons laissé les jeunes discuter de tout, librement. Et nous avons été stupéfaits par leur degré de conscience et la première question qu’ils nous ont posée : "Qui vous finance ? À quel parti êtes-vous affiliés ?" Les jeunes que nous rencontrons sont très méfiants à l’égard des institutions et des politiques. Nous cherchons sur le mode alternatif à retrouver leur confiance et à leur proposer un espace régulier de dialogue et de discussion.


Spécial action citoyenne, Culture : Sponsors et mécènes

Le seul moyen de toucher
les jeunes, c'est de les aider
Le mécénat n’est pas une pratique nouvelle au Maroc. Il est dynamique et fonctionne là où le besoin se fait sentir. Par Amale Samie


On fait parfois aux mécènes le procès assez spécieux de leur prêter d’autres motivations que l’épanouissement culturel de leur pays. C’est lapidaire et injuste.
Le sponsoring, par contre, apparaissait il n’y a pas si longtemps comme un concept "américain" qui ne marcherait pas au Maroc. C’est un secteur ingrat quand on cherche à financer un événement unique. Toutefois, nous revenons de tellement loin, ici, qu’on aurait mauvaise grâce à ne pas s’en réjouir, même si la route est longue.
Commençons par le mécénat. Il connaît un renouveau depuis les années 90. Au début des années 80, les arts marocains vivaient dans des conditions difficiles. Les années noires et l’indigence culturelle avaient porté un rude coup à la culture marocaine et menacé la création. Puis, des entreprises introduisirent l’aide aux arts dans leur action globale.
C’est la BCM qui a ouvert le bal et elle abrite l’une des plus belles collections de peinture marocaine contemporaine. L’ONA a financé, en dehors de ces actions sociales, la restauration de la Mosquée de Tinmel. La Fondation Orient-Occident, basée à Rabat, a créé un complexe culturel dans un des quartiers les plus populaires de la ville. La BMCE engagée dans un programme de construction d’écoles rurales, créa sa fondation en 1995. Elle a été reconnue d’utilité publique.
Le 4e Concours international de musique, organisé par l’Orchestre Philharmonique du Maroc, s’est déroulé dans d’excellentes conditions cette année, grâce à l’implication de la BMCI qui l’accompagne depuis sa création.
L’action culturelle est une pièce maîtresse dans l’action de mécénat du Groupe des Banques Populaires. Des personnes privées qui se sont fortement impliquées dans des œuvres d’envergure. Ainsi, c’est grâce à la Fondation Karim Lamrani qu’un quartier de Fès a été rénové.
Il en va tout autrement du sponsoring. Il peine à démarrer, mais des entreprises montent en pointe. Parmi elles, Nokia. Comme elle veut cibler les jeunes, elle est le sponsor officiel du Boulevard des Jeunes Musiciens. Le calcul est simple : il y a eu 60.000 entrées cumulées lors du dernier Boulevard. Cette année, elle a reconduit son contrat avec les organisateurs du festival. Parce qu’il y aura plus de 60.000 clients potentiels, cette année. Mme Lenita, leur directrice marketing est limpide : "Tout événement qui attire notre clientèle nous intéresse". En l’occurrence, le Boulevard des Jeunes musiciens (BJM) entre dans la stratégie globale de la compagnie qui a créé plusieurs produits destinés aux jeunes et à leur portée financière. Comment évaluent-ils leur engagement chez Nokia ? "On évalue le dossier et on estime l’impact qu’il aura. S’il est réel, on fonce". Mohamed Merhari, dit Momo, chargé de contacter les sponsors pour le Boulevard des Jeunes Musiciens, trouve ça plus difficile que ça en a l’air : "On n’a que des problèmes financiers, mais le contraire m’aurait inquiété. On cherche des sponsors privés à chaque édition du BJM. C’est un peu moins compliqué depuis deux ans parce qu’on a un sponsor officiel d’envergure. On peine quand même à trouver des fonds pour couvrir toutes les dépenses. Il faut démarcher les sponsors, s’entendre dire qu’ils sont complètement avec nous, mais qu’ils sont désolés et qu’ils croisent les doigts pour nous…".
Mais pourquoi les sponsors s’intéresseraient-ils à ce festival ? Après tout, les opportunités moins barbares qu’un festival rock, il y en a beaucoup. Ce n’est pas l’avis de Momo : "Les gens de la pub et le marketing ne savent pas qu’il y a un underground. Le Boulevard est le seul festival musical digne de ce nom à Casablanca. Le seul festival de musiques actuelles au Maroc. Ils ne savent pas que les jeunes bougent, que ce sont de très gros consommateurs très difficiles à réunir. Le seul moyen de les toucher c’est de les aider, c’est ce que j’appelle un sponsoring utile. Le sponsoring inutile, c’est de ramener une pin up libanaise de 3e division, dont le maquillage est la seule qualité artistique et de lui verser un cachet de 400.000 DH, soit la moitié du budget du BJM, avec l’apparition d’une trentaine de groupes marocains.



Le sens des mots

Le sponsoring est une aide financière apportée à des fins publicitaires à des actions culturelles et sportives. Il concerne un seul événement et il n’y a accord entre le sponsor et le sponsorisé que pour cet événement-là. Le mécénat est une aide apportée par une personne physique ou morale, sans contrepartie directe, à une œuvre ou des activités d’intérêt général.

 
 
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