| L'État marocain fonctionne, de plus en plus, avec des commissions royales, à objectif déterminé et échéancier fixe (la Moudawana, lIER), des conseils supérieurs, à vocation pérenne et stratégique (CCDH, laudiovisuel). Le point commun entre ces structures est quelles sont mises en place généralement à base de cooptations ouvertes, pilotées par des proches du roi, et sont tenues de rendre compte essentiellement au monarque. Sur le principe, les défenseurs dune monarchie constitutionnelle, moins exécutive et plus constitutionnelle, y voient des ex-croissances du pouvoir du cabinet royal qui empiètent sur les institutions provenant des élus (gouvernement et Parlement). Pour en justifier la fonction, les pro-Makhzen et autres défenseurs du statu quo y voient des boîtes à consensus qui permettent à lÉtat, incarné par le Palais, davancer sur des chantiers sensibles, sans être otage de calculs partisans. Enfin, sur le terrain de la pratique et de la négociation politique, il savère que ces commissions servent tantôt danti-chambres dexperts, que le pouvoir oppose au |
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| gouvernement (laudiovisuel), tantôt de palliatif institutionnel qui évince le gouvernement (la Moudawana). Avec le temps et à mesure que lexpérience de ces structures financées par le Palais avance, se pose la question cruciale : risquent-elles de prendre de lascendant sur le gouvernement ? Le fait quelles soient une émanation du pouvoir central naffaiblit-il pas le dispositif démocratique ? Le fait, par contre, quelles savèrent efficaces, ne plaide-t-il pas en leur faveur ? |

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"Ce sont des leviers qui transcendent non pas lexécutif mais les majorités politiques"
Sur la question de la femme, des droits de lhomme et de la communication audiovisuelle, les commissions mises en place par le roi savèrent, pour des raisons différentes, incontournables. Est-ce un levier de plus dans la prise de décision ou un outil du pouvoir qui prend de lascendant sur lexécutif ?
Il me semble quil y a là une confusion des genres. La commission est plutôt dordre ponctuel et soccupe le plus souvent dune mission bien précise. Cest le cas de la commission qui a été chargée de la question de la femme. Les conseils, quils soient consultatifs à limage de celui des droits de lhomme ou de régulation à linstar de celui de laudiovisuel, sinscrivent quant à eux, indépendamment du
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renouvellement régulier de leurs titulaires, dans la durée, si ce nest dans la pérennité. Ce sont des leviers qui transcendent non pas lexécutif, mais les majorités politiques du moment. Ils font partie du paysage de tous les pays démocratiques. Ils en sont même une exigence. Leur composition est souvent très dosée de même que leurs textes constitutifs leur assurent lindépendance de manière justement à ce que dans des champs daction bien définis, ils agissent dans un esprit de coopération et non pas daffrontement, en parallèle avec le gouvernement. Il faut les percevoir comme des outils de la bonne gouvernance. Leur existence, lefficacité et limpact de leur travail sont dailleurs un critère dans la classification des pays démocratiques.
Prenons le cas de la Moudawana, la commission royale a réussi à faire passer ce que le gouvernement na pas eu le courage dadopter. Est-ce une affaire de légitimité ou dexpertise ?
Cet exemple est lillustration vivante de la nécessité de telles commissions. Il est ainsi des sujets dune sensibilité telle quune majorité à elle seule ne peut les résoudre. En France par exemple, le chef de lÉtat a dû y recourir, avant de trancher la question du port du foulard et de la place de la laïcité dans la république. Tout le monde se souvient de la fracture créée par le projet de réforme de la Moudawana. Sa résolution a nécessité limplication de toutes les forces vives du pays, adossées à la légitimité du souverain.
Sur la question des droits de lhomme, le CCDH est un tampon entre la société civile et le Palais, basé sur la concertation et le débat. Il fait de lombre au ministère chargé du même dossier. Quel sens donner à cette prééminence ?
Le CCDH est de trois ans laîné du ministère des droits de lhomme. Ce dernier a ses charges quotidiennes, à mon avis, déjà assez nombreuses. Le département ministériel relève dune majorité et il nest pas exclu quil se trouve en divergence avec tel ou tel organisme non gouvernemental, sans oublier quune autre majorité pourrait ne pas le retenir dans son architecture gouvernementale. Ce nest pas le cas du CCDH, qui a également pour qualité dêtre représentatif un peu de toutes les sensibilités du pays.
Sur le sujet de laudiovisuel, lexigence du Palais à ce que le rapport du CSCA soit pris en compte par le ministère de tutelle a un sens technique et politique. Faut-il croire quune commission est plus puissante que le gouvernement ?
Je ne sais si les choses se sont déroulées ainsi. Ce que je sais par contre cest que le dahir portant création de la Haute autorité fait obligation au Premier ministre de demander lavis du conseil supérieur sur tout ce qui touche à laudiovisuel sans le contraindre à en tenir compte. Sur cette base, le CSCA a fourni un avis précis et argumenté dont le gouvernement a publiquement retenu la pertinence. Cest plutôt sain, non ? Et cest à mettre à lactif de lexécutif. |

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"Elles éclairent le décideur et rationalisent le processus de prise de décision"
Sur la question de la femme, des droits de lhomme et de la communication audiovisuelle, les commissions mises en place par le roi savèrent, pour des raisons différentes, incontournables. Est-ce un levier de plus dans la prise de décision ou un outil du pouvoir qui prend de lascendant sur lexécutif ?
Je ne crois pas que lon puisse traiter les trois cas de la même manière. Le dossier de la Moudawana est particulier, dans la mesure où le recours à la constitution dune commission spécialisée pour valider les propositions relatives à la réforme de ce texte était prévu de manière explicite par le plan d'intégration de la femme au développement. Ceci dit, le recours à des commissions pour
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émettre un avis technique peut être utile tant que cela se fait dans le cadre de la loi et tant que cette pratique nest pas généralisée.
Prenons, donc, le cas de la Moudawana, la commission royale a réussi à faire passer ce que le gouvernement na pas eu le courage dadopter. Est-ce une affaire de légitimité ou dexpertise ?
Cette question pose le problème de la capacité du gouvernement à faire preuve de détermination et de persévérance dans la défense des projets qu il présente. Dans le cas de la Moudawana, les conservateurs ont réussi a faire avorter la décision du Premier ministre Abderrahmane Youssoufi de constituer une commission spécialisée sur la question, précipitant de la sorte le recours à lintervention royale qui devait de toute manière avoir lieu, vu les prérogatives du roi en matière religieuse. Ceci dit, larbitrage royal sest fait globalement dans le sens des propositions faites par le gouvernement dalternance et la société civile.
Sur la question des droits de lhomme, le CCDH est un tampon entre la société civile et le Palais, basé sur la concertation et le débat. Il fait de lombre au ministère chargé du même dossier. Quel sens donner à cette prééminence ?
Il faut se rappeler que linstitution du CCDH traduisait lintérêt porté par lensemble des acteurs politiques à la question des droits de lhomme et le souci darriver à un consensus pour la traiter. Il est évident que les progrès réalisés en la matière posent un problème de partage des prérogatives entre le CCDH et le ministère des Droits de lhomme et incitent à redéfinir le rôle et les missions assignés à ce dernier.
Sur laudiovisuel, lexigence du Palais à ce que le rapport du CSCA soit pris en compte par le ministère de tutelle a un sens technique et politique. Faut-il croire quune commission est plus puissante que le gouvernement ?
Comme je lai dit, le recours au CSCA est conforme au texte de création de cette institution, qui prévoit explicitement qu'elle peut émettre son avis sur les textes qui lui sont soumis. Le roi, en sa qualité de chef de lexécutif, est tout à fait habilité à demander au gouvernement de solliciter lavis du CSCA sur un texte capital pour lavenir de l'audiovisuel, avant de le soumettre au conseil des ministres. Cest donc une démarche qui consiste à éclairer le décideur politique et à rationaliser le processus de prise de décision, ce qui ne diminue en rien les pouvoirs du gouvernement. |