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N° 128
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Amin Maalouf : À la recherche des origines perdues

Depuis qu’il a eu la possibilité de quitter le journalisme en 1983 et de vivre de ses écrits littéraires, Amin Maalouf régale ses lecteurs. Son goût pour le patrimoine enfoui dans les livres jaunes (Léon l’Africain), sa capacité à redonner vie à des mythes séculaires (Le rocher de Tanios) et à faire déambuler la mémoire dans un voyage dans le temps et l’espace (Samarcande) a fait de lui l’un des romanciers les plus exquis de sa génération, traduit en trente-sept langues. Avec Origines, Maalouf le Libanais puise dans les secrets de famille pour nous servir la saga d’une diaspora qui parvint jusqu’à la Havane. Le tout est déclenché par la mort d’un proche, occasion exceptionnelle pour replonger dans les archives du grand-père et découvrir, au détour d’une discussion aux funérailles, que Gabriel avait un frère, Théodore, qui a émigré à Cuba et n’est plus revenu depuis. L’auteur, gardant longtemps ses distances
avec l’héritage familial, se lance dans un périple où la lecture de documents déterrés le conteste à la rencontre de parents étrangers. Avec une maestria qui permet à l’auteur de rester tout le temps à mi-chemin entre le traqueur méticuleux de vérités et l’individu émerveillé par l’immensité de sa communauté. Au-delà de sa propre famille, Maalouf restitue là le caractère exceptionnellement universaliste, transfrontalier et lettré des Libanais. Un hymne à l’ouverture et au dépassement de soi.

Origines, A.Maalouf, Éd. Grasset



Original : Mémoires d’un fonctionnaire

Ahmed Meskine est un fonctionnaire, statisticien, quinquagénaire. Il est un tantinet plus dynamique que la masse des administrateurs qui végètent dans les ministères et les bâtiments délabrés de la fonction publique. Il a même un site qu’il doit à l’ingéniosité de son fils. Ce décalage, salutaire pour se singulariser dans une société, lui donne suffisamment de distance pour écrire. Il en ressort des mémoires en arabe, où il ironise et s’apitoie sur les préoccupations quotidiennes du fonctionnaire moyen : le salaire qui est bouffé le 15 de chaque mois, les primes qu’on guette sans forcément les mériter, les congés qu’on collectionne sans travailler entre temps, le jeu du hasard dans lequel on s’enlise pour rêver d’une meilleure solde, la corruption qui gangrène partout, etc. Bref, dans un style narratif fluide et avec des dialogues à la limite du surréalisme, l’auteur nous propose le guide d’une déchéance quotidienne.

Yawmiat Mouaddaf, A. Meskine (20 DH)



Parution : Poétesse bilingue

Hafsa Bekri-Lamrani fait partie de ces professeurs, écrivains à temps partiel, qui s’imposent par la force de la régularité. Écrivant autant dans sa langue professionnelle, l’anglais, que dans sa langue passionnelle, le français. Avec un mélange de doute romantique, d’émerveillement timide, d’obsession langagière, la poétesse tisse des vers pour communiquer ce que ne saurait contenir son corps : des sentiments, de tendresse ou de colère, des besoins de rêve ou de vie, et surtout des mots, dont elle adore la tonalité et caresse la fragilité. C’est tout cela, Hafsa, une femme frêle et forte, toujours prête à braver les mélanges, à pervertir les alliances convenues. En poésie, le geste est tendre, imperceptible, mais imparable en même temps.

Tendresse et autres lumières, suivi de Sparks of life, H. B-L, Éd. Aïni Bennaï (40 DH)

 
 
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