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Joe, chat amerocain
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Tu parles qu'il va bien,
Joe, il est Mirikani !
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Je connais un jeune gardien de voitures sympathique, souriant, toujours à laffût de loccasion qui lui permettra de lancer sa première offensive de dénigrement de "ceux", "ceux qui" et "ils". Cest les ruminations meurtrières des Casablancais de seconde zone qui leur permettent de survivre aux avanies de ce bas monde. Ils encaissent à leur manière : ils émettent des jurons kilométriques. Et les jurons casablancais vous les connaissez. Enfin, mieux vaut que les récriminations de ces têtes de bois s'expriment, ça évacue la pression.
Le gardien de voiture a du style. Il shabille "in", il a des lunettes de soleil et on devine quil na pas toujours été gardien |
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ou du moins que cette "occupation" nest pas à la hauteur de ses talents insoupçonnés. Comme il est "style", un vrai fils du macadam, je lappelle Jimi.
Jimi était comme par hasard en train de pester quand je lai rencontré ce matin-là. Quand il ma vu, il a dit : "Wa chouf a khouya chouf, y avait un chaton dans cette rue. Je lui donnais du lait, ce qui fait quil avait pas trop lair dun clodo. Figure-toi quun jour, y a une américaine qui bosse dans une société juste à côté, qui a demandé si ce chaton avait un maître. Tout le monde lui a dit "non". Alors elle la adopté, elle la baptisé Joe, et quand elle a quitté le Maroc, elle la emmené. Je viens de la rencontrer, elle est venue passer quelques jours au Maroc. Elle ma parlé de Joe, il paraît quil va bien. Tu parles quil va bien ce salaud-là, il est Américain, cétait un SDF casablancais, maintenant, il est Mirikani et il fait bosser une Américaine pour lentretenir. Alors tu peux me croire, il est pas gardien de parking, là-bas".
Jai failli lui dire que bientôt tout le monde serait logé à la même enseigne, parce quon na pas compris que pour ruiner les patrons de pateras et les prophètes autoproclamés, il ny a quun seul moyen, parler vrai à la jeunesse. Si on avait une jeunesse mollasse, je comprendrais, mais on a des blindés lourds qui tracent de lavant sans se poser la question du pourquoi et du comment, civils, volontaires et pas du tout le genre à se mettre en avant.
Pas besoin de dire quils nattendent personne pour faire leur vie. Cest le Maroc positif qui est sorti des limbes, on la senti saffirmer grâce aux associations à Al Hoceima. Pourtant, presque tous ces jeunes se sentent cintrés, bridés dans leur propre société. Ils ont presque tous le même discours, la même vision du Maroc, ce pays leur donne envie de se faire adopter par une riche Américaine et de sappeler Joe.
Le Maroc de lindépendance est en train de mourir au profit dun Maroc moderne et pas officiel, mais les vieux sont encore aux commandes, alors lutopie nest pas au programme.
Tout le monde a envie de foutre le camp. Tout le monde serait heureux daboutir à son propre déchirement, à se tailler dici. Diplômés, pas diplômés. Ils ressentent tout, sauf le sentiment dêtre aimés, ils doutent même de leur présence sur la liste du dernier recensement. Les plus affamés se balancent à leau, les autres résistent ici. Cest à cette résistance civile que lon a fait appel pour dire aux terroristes que les Marocains nétaient pas gens à cautionner ces actes haineux. Mais après ?
Quelles perspectives leur a-t-on offert pour leur donner lespoir quil y a dautres choix que les pateras et lembrigadement dans une milice de mahdi autochtone ? Comment veut-on le Maroc civil, dans les hautes sphères ? Cherche-t-on à présenter une belle vitrine en faisant appel à ce Maroc, quand on est gêné aux entournures ou est-ce quon va vers une modernisation de fond ? On fait dans le décorum ou on cherche à couper lherbe sous les pieds des illuminés en guerre contre lhumanité ? Il sagit dabord de donner aux jeunes lenvie de vivre ici. Pas lenvie de sappeler Joe.
Personne, maintenant, ne peut faire abstraction de la société marocaine, celle qui nobéit pas aux mots dordre de la télé et qui nattend de lÉtat quune seule aide, quil ne lui mette aucun bâton dans les roues, quil ne lui glisse pas de peau de banane sous les pieds, parce quelle a créé un nouveau cadre de dialogue entre membres des communautés citadines ou villageoises. |
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