Politique : Quest-ce qui fait courir les harakis ?
Les 3 partis de la haraka, regroupés au sein de lUnion des mouvements populaires (UMP), bougent pour obtenir des sièges ministériels, restaurer la "morale familiale"
etc. Le pourquoi dune agitation tous azimuts. Par Karim Boukhari
Mohand Laenser fait lactualité. Et ce nest pas à sa double casquette de ministre et chef de parti (une exception dans le gouvernement actuel, en dehors du cas particulier dAbbes El Fassi, chef de lIstiqlal et ministre "volant" sans portefeuille) quil le doit. Laenser a beaucoup vu le roi et ses proches |
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collaborateurs. "Pour discuter des mesures à prendre pour parer
à linvasion des criquets pèlerins qui menace le Maroc", sempresse-t-on de répondre dans le giron du ministre de lAgriculture et chef du Mouvement populaire. Le fait est avéré, mais la bougeotte de Laenser, et sa nouvelle proximité avec les gens du Palais, lui valent le titre de favori à une éventuelle succession de Driss Jettou à la Primature. Laenser a beau sen défendre, létiquette lui colle bien à la peau. Lhomme est installé à la tête dun parti qui, au sortir des législatives 2002, pesait 27 députés. Depuis décembre 2003 et la création du pôle haraki regroupant le MP, le MNP et lUD, Laenser sest même retrouvé avec 55 députés dans la poche. "Nous sommes numérairement, explique un proche de Laenser, la première force du pays, loin devant lIstiqlal ou lUSFP. Il est normal que nous revendiquions un remaniement ministériel plus en rapport avec le poids que nous représentons sur léchiquier politique".
Théoriquement, le pôle haraki a un président : Mahjoubi Aherdane. Celui que certains appellent lancêtre nest pourtant pas au mieux de sa forme. Lui aussi fait lactualité, mais pas pour les mêmes raisons que Laenser. Aherdane a été remis en cause dans son passé de "résistant" par les écrits de lancien agent Ahmed Boukhari qui laccuse, au passage, davoir commandité une première tentative dassassinat contre le leader socialiste Mehdi Ben Barka. Aherdane a fait appel à son statut de dirigeant politique et de membre du CCDH pour laver laffront. Il a même menacé de retirer le pôle haraki du gouvernement. En pure perte. Au CCDH comme à la Primature ou auprès des conseillers du roi, le vieil homme a eu la même réponse : "Adressez-vous directement au tribunal". Chose que lintéressé na pas faite
Les déboires dAherdane lont quelque peu isolé au sein même du pôle haraki. Ses menaces de "quitter le gouvernement" nont pas été suivies par les siens. Ce qui en dit long sur la solidité supposée des liens entre les trois partis du pôle haraki. Pourtant, lautre leader du pôle, Bouazza Ikken de lUnion démocratique (UD), na pas été épargné par les attaques du même Boukhari. Comme Aherdane, Ikken a vu son passé remonter à la surface et sous un jour peu glorieux : celui dun ancien magistrat qui a vu son étoile monter, vraisemblablement sa fortune aussi, à mesure que les années de plomb plongeaient dans lhorreur. Ikken a été plus discret quAherdane, encaissant le coup en silence. Mais pour lui, comme pour de larges composantes de tout le pôle haraki, le doute nest désormais plus possible : "Ces attaques visent à déstabiliser les partis de la haraka pour les affaiblir dans la perspective dun éventuel remaniement ministériel". Les amis dAherdane et d'Ikken vont jusquà accuser leurs "ennemis de toujours : les socialistes" dêtre derrière les attaques à répétition de lancien agent du CAB 1.
Gardiens de la morale
Laenser suit de loin les attaques visant le tandem Aherdane Ikken. Comme nous le confirme lun de ses proches, "cela pourrait bien faire son bonheur". Aherdane et Ikken éclaboussés, cest bien lui, Laenser, qui sérige en effet comme le leader incontesté, le Monsieur propre, ou presque, de ce pôle-addition haraki créé pour combler les ambitions politiques des trois hommes. Si le pôle haraki, demain, dégageait un super ministre, ce ne pourrait être que lui. À moins que les criquets pèlerins qui sapprêtent à conquérir le Maroc nen décident autrement
Loin des petits calculs de leurs chefs, les élus du pôle haraki vaquent à dautres (pré)occupations. Au Parlement, où ils sont dispersés en deux rangs (le groupe commun MP-MNP dune part, et le groupe UD de lautre), les élus harakis se ruent dans les brancards. Ils multiplient les questions orales sur les "attaques dans la presse, ciblant les symboles de la Nation" et, plus surprenant, jouent désormais sur le terrain de la morale publique. Ils ont eu lidée, via un élu UD, de sattaquer
à un long-métrage cinématographique : Les yeux secs de Narjiss Nejjar, une fiction tournée dans un village de prostituées en plein Atlas. Le député haraki, soutenu par les siens, a lancé une fatwa pour interdire le film et est allé jusquà menacer de porter plainte contre la réalisatrice. Commentaire dun habitué des joutes parlementaires : "Jusquaux attentats du 16 mai 2003, cest le PJD qui se réservait le droit de dénoncer la création artistique, au nom de la sauvegarde des valeurs familiales. Désormais, le PJD se tient plutôt tranquille, laissant le soin aux harakis de monter au créneau". Brrrr, on tremble ! |
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Rétrospective ; La haraka ne renonce jamais
Rétrospectivement, le mouvement haraki a commencé en 1958, année à laquelle Mahjoubi Aherdane et Abdelkrim Khatib ont fondé le Mouvement populaire (MP). Le parti a été créé avec la bénédiction du Palais, dans le but dinvestir le monde rural et de contrecarrer lhégémonie, à lépoque, de lIstiqlal. Ce qui lui a valu dêtre taxé, par ses détracteurs, de "premier parti administratif du Maroc indépendant". Le MP, nouveau repère du conservatisme et du "monarchisme" inconditionnel, a bien rempli sa mission mais la personnalité dAherdane lui a valu toutes les dissensions. Khatib a ainsi déserté les rangs dès les années 60 pour fonder le MPDC qui, après un long sommeil, allait se transformer dans les années 90 en PJD, nouveau pôle du sonservatisme, cette fois-ci religieux. En 1986, cest le "jeune" Mohand Laenser qui sest accaparé du MP après en avoir expulsé son ancien mentor, Aherdane, parti de son côté fonder le Mouvement national populaire (MNP). Les mêmes causes reproduisant les mêmes effets, le "caractère" dAherdane allait, par la suite, faire de nouveaux mécontents partis, chacun de leur côté, fonder un nouveau parti. Le MDS, lUD et Al-Aahd sont les produits successifs de scissions au sein de la haraka dAherdane. Après avoir contribué à léclosion dun multipartisme à la marocaine, et à plusieurs gouvernements, le mouvement haraki, champion du nomadisme politique, est revenu avec le nouveau millénaire, à de meilleurs sentiments et à une démarche plus unioniste. Aherdane et Laenser ont enterré la hache de guerre, lançant la perche tantôt à Archane, tantôt à Ikken. Cest avec ce dernier, fondateur de lUD, que le tandem Aherdane-Laenser a recomposé le pôle harakiste fin 2003. Depuis, laddition des élus MP, MNP, UD (entre 50 et 80 députés, selon les saisons) et les échanges damabilités entre Laenser, Aherdane et Ikken ressemblent à des coups politiques. La haraka tente, par là, de se trouver une place au soleil : un retour en force au gouvernement. |
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