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Médias : Télé-réalité à la marocaine

Séance de présélection pour
de futurs joueurs téléstarisés
Techniques de marketing, sponsoring, bonne volonté, tout y est pour tenter de rassembler les 13 millions de dirhams nécessaires à la réalisation du premier reality show maroco-marocain. La machine est en place et les producteurs y croient. Par Chadwane Bensalmia


Quelquefois, mieux vaut faire les choses à moitié que de ne pas les faire du tout. Revisité, l’adage réussit à la vieille dame de la rue El Brihi. Bientôt, elle aussi, aura droit à son "reality show". Le vrai, après la grossière insulte de Casting star. Et
cette fois-ci, on est convaincu d’avoir trouvé la recette miracle. Il faut dire que le raisonnement est loin d’être bête. Le bide de la Star Ac made in Morocco aura au moins servi à comprendre cela. Ne jamais transposer des concepts. Il faut créer en partant de l’existant. Alors, question : qu’est-ce qui peut scotcher un Marocain devant la télé ? L’argent ? La Marocaine des jeux s’en charge. La religion ? Trop sacrée pour être une distraction. Le sexe ? Faut pas rêver… Le foot ? Mais oui, bien sûr, c’est ça ! La technique simple qu’on appelle "procéder par élimination" a encore une fois fait ses preuves. "L’idée est née ainsi, lors d’une simple discussion autour d’une pizza entre Ramzi et moi", lance sans prétention Othman Benabdejalil, le premier parti dans cette aventure et directeur général de "Public évènement". Avec ses trois ans d’âge, la société n’avait encore jamais touché à la télé. L’autre parti, c’est Ramzi, l’animateur de 2M qui n’est plus à présenter. L’histoire date d’il y a un an. Depuis, elle a fait son chemin dans la tête de ses instigateurs, avant d’atterrir il y a plus de quatre mois dans l’oreille du directeur de la TVM, Fayçal Lâraïchi, qui "a été réceptif dès le premier jour", poursuit O. Benabdejalil. Résultat des courses : TVM a une chance, non seulement de corriger le tir, mais encore d’espérer un taux d’audience qu’elle n’a jamais atteint. Suivront ensuite des semaines de réflexion purement technique, de peaufinage du concept, de recherche de financement avant qu’une forme finale ne soit retenue pour ce show, spécial foot.

Le concept du pied d’or
Le principe est celui d’une grosse caravane qui, en partant de Laâyoune, sillonne le pays à la recherche de ses candidats. Sur le terrain, le show se fera en trois étapes. Dans une première phase, et sur chacune des douze villes stations, la caravane passera deux jours. Durant la première journée, des matchs de deux mi-temps - 20 minutes chacune - aboutiront à la sélection, sur la base du talent technique de quelques 300 à 400 candidats. Le jury en charge de cette mission se compose de trois anciens du football marocain : le joueur Timoumi, l’entraîneur Hmiddouch et le préparateur physique Abderrahim Talib.
Durant la deuxième journée, le jury jugera les compétences de ces candidats au moyen d’épreuves tactiques qui ramèneront l’effectif des finalistes de cette première phase à une demi douzaine seulement. Aucune subjectivité n’est permise au jury à ce niveau. Les appréciations se feront sur la base d’un barème mathématico footballistique.
Cependant, "ces éliminatoires ne bénéficieront pas du show télévisé", s’empresse-t-on de préciser. Trop compliqué et surtout trop coûteux. Les moyens de la production ne s’y prêtent pas. Peut-être quelques extraits, pour le besoin du spectacle, mais rien de plus.
C’est durant la deuxième phase que la télé réalité prend réellement naissance. Au final de la tournée, ce sont 75 candidats qui se verront "téléstarisés". Répartis en trois groupes de 25 éléments chacun, ils seront placés dans un centre de formation à Casablanca. Trois semaines de vie communautaire, masculine, de compétition non stop. La télé réalité commencera timidement par une diffusion hebdomadaire de 90 minutes, les dimanches à 20h30. Le public y suivra l’élimination de 5 joueurs, chaque fin de semaine. Et cette fois-ci, le jury est seul arbitre. Pour les besoins du spectacle, et à l’image de tout show qui se respecte, des stars du foot et autres du showbiz y feront une apparition. Une passe de Hajji par ici, un conseil de Zaîri par là, une blague de Saïd Naciri de l’autre, et le tour et joué… Les noms des invités sont, néanmoins, encore inconnus. Neuf semaines, c’est la durée globale de cette deuxième phase au terme de laquelle trente candidats seulement survivront. Et au final, une télé réalité en bonne et due forme sera au rendez-vous. Les 30 candidats seront répartis en deux équipes homogènes, constituées par les soins du jury. Deux entraîneurs seront recrutés pour s’occuper des joueurs. Des émissions quotidiennes de 26 minutes sur la vie des compétiteurs - elle ne sera pas faite que de foot -, seront diffusées en access prime time en sus des 90 minutes du dimanche. Et le public pourra enfin intervenir. Une interactivité qui se traduira par le classique système du vote. Sur les trois semaines, il faudra élire respectivement, le gardien de but titulaire, le capitaine d’équipe et finalement le fameux "Pied d’or". Ce dernier gagnera une cagnotte de 100.000 DH en plus d’un séjour d’une semaine dans un "prestigieux club européen". Le choix de ce dernier n’a pas encore été fixé, les négociations étant toujours en cours.
La longue série de compétitions, d’éliminations se conclura par un Derby au Stade Mohammed V le 3 octobre prochain. Et l’équipe gagnante se verra gratifiée d’un stage de formation de deux semaines dans un centre français.

Le financement et le deal avec la TVM
C’est un budget global de 13 millions de dirhams qui a été prévu pour la réalisation de cet immense show. Une somme que la production n’est, d’ailleurs, toujours pas parvenue à rassembler. Depuis le flop de Casting star, les sponsors sont sceptiques à ce type de produits. "Ils ne sont pas disposés à associer leur image à un hypothétique succès", nous confie l’un des producteurs. Certains ont refusé tout court d’y participer. D’autres ont choisi de décourager leurs interlocuteurs. C’est notamment le cas de cette société de boissons qui leur a proposé une remise d’un dirham sur chaque bouteille d’eau minérale achetée : "Si ça continue ainsi, on devra se passer de quelques privilèges artistiques, mais on fera tout ce qu’il faut pour ne pas déflorer le concept ou en aliéner la qualité". Les producteurs n’entendent pas baisser les bras de sitôt, convaincus qu’une fois la machine lancée, les premières diffusions seront à même de persuader les réticents, "le challenge est de taille, mais on y croit". La TVM aussi. De la volonté et un échange de bons procédés. Dès la signature de l’accord, le directeur de la première chaîne a mis à la disposition des producteurs tout le matériel technique - régies et staff technique. Le reste des frais logistiques est, quant à lui, totalement assuré par la société de production qui a donc tout intérêt à trouver le moyen de rentabiliser son investissement. On fonce cependant avec le sourire, car au fond, "c’est un bon deal", consentent les instigateurs. Dans les faits, la première chaîne n’achète pas le concept et encore moins une émission clé en main, mais elle recourt au bartering (processus d’échange d’espaces publicitaires) pour se payer cette aventure. La société de production sera ainsi payée en espaces publicitaires. Il ne reste plus qu’à croiser les doigts.



2M : La récidive

Moins reality show, le concept de 2M a tout de même le mérite de s’adapter aux moyens et besoins du paysage médiatique. Les taux d’audimat atteints lors de la transmission du concours "15 ans, 15 talents" ont inspiré la direction de la chaîne. D’une pierre deux coups, elle se ressource en compétences, elle se refait une virginité en matière de créativité. Et elle trouve le moyen de pallier au désert culturel ambiant dans les circuits officiels. Désormais, tous les trois mois, une opération du genre sera menée à travers le pays. Après l’animation télé et l’humour, c’est au tour du théâtre et du cinéma. "Les grandes lignes de la prochaine opération commencent à se dessiner. On espère démarrer la campagne promotionnelle le 17 mai", assurait, il y a quelques jours encore, Mustapha Benali, directeur de la chaîne. Depuis, l’équipe semble trébucher quant à la finalisation de la maquette, qui devait être prête le 1er mai dernier. Cependant, ce contre-temps ne devrait plus durer longtemps, les équipes étant constituées, avec à leur tête Anis Hajjam, qui d’ailleurs a le mot pour dire les choses : "Les gens ont besoin de rêver et de faire la fête. À nous de nous construire une nouvelle image".
 
 
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