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Culture : La polyphonie de la paix

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Quand des écrivains se rendent en Palestine avec deux réalisateurs, cela donne un documentaire où les voix des intelletuels résonnent, comme elles devraient le faire plus souvent. Par Maria Daïf


L'Américain Russel Banks, le Sud-Africain Breyten Breytenbach, l’Italien Vincenzo Consolo, le Chinois Bei Dao, l’Espagnol Juan Goytisolo, le Français Christian Salmon, le Portugais José Saramago et le Nigérian Wole Soyinka. Huit écrivains du monde, accompagnés par Leïla Shahid et Elias Sanbar, sont allés en Palestine, rejoindre un compagnon de plume, Mahmoud Darwich assiégé à Ramallah, sa ville natale. Les huit font partie du Parlement international des écrivains, organisation créée en 1993 pour offrir asile et protection aux écrivains menacés. L’objet du film documentaire réalisé par Samir Abdallah et José Reynès, projeté à Casablanca, Marrakech, Tanger et Tétouan du 12 au 15 mai derniers, pourrait se résumer à cela. Ce n’est pas le cas. Ce serait alors passer sous silence toute la charge militante du voyage et l’engagement de tous ceux qui y ont pris part, écrivains et réalisateurs. Ce serait alors passer à côté de l’essentiel : Écrivains des frontières, un voyage en Palestine(s) est un document rare, en cela qu’il offre une alternative à la manipulation des médias et des politiciens, qui tous les jours
gavent le monde d’images indécentes et de déclarations d’intention. Pendant 80 minutes, venant s’unir à l’image, les voix d’intellectuels humanistes s’élèvent, disent leurs vérités, leurs indignations, leur appel à la paix. Chacun dans sa langue, chacun avec sa propre sensibilité, ils disent la destruction, l’humiliation des checks points, l’occupation et les Palestiniens meurtris.
C’est Elias Sanbar, historien palestinien, qui a proposé à Samir Abdallah et à José Reynès de se joindre à la mission de la délégation du Parlement des écrivains. Il faut dire que ces derniers ne sont pas étrangers à la cause. Ils ont, en effet, participé à la fondation en juin 2001, de la campagne civile internationale pour le peuple palestinien, campagne "dont le but est d’organiser des missions concrètes de solidarité", explique Samir Abdallah. La première mission fera l’objet d’un premier film documentaire Voyage en Palestine. Pour le second (Écrivains des frontières), raconte Samir Abdallah, "nous n’avions pas d’accord de financement. Nous sommes alors partis avec deux caméras DV, convaincus de la nécessité de faire ce film". Sur place pendant une semaine (du 23 au 29 mars 2002), les deux réalisateurs suivent la délégation des écrivains à Ramallah, à la Moqatâa assiégée pour une entrevue avec Yasser Arafat, à l’université Bir Zeït, à la rencontre d’Israéliens pacifistes et de Palestiniens dont l’armée coloniale a détruit maisons et terres : "À la fin du périple, nous avions une quinzaine d’heures de rushs. Puis, de retour chez eux et avec le recul, les écrivains ont chacun écrit des textes sur ce qu’ils avaient vu et vécu. Nous avons choisi des extraits de ces textes et nous avons enregistré les voix des auteurs, chacun lisant dans sa langue. C’est ce qui a donné au montage une sorte de polyphonie". Une polyphonie, des sensibilités multiple allant dans le même sens : tous pour la paix, et tous contre les injustices que subit le peuple palestinien, le tout en chinois, français, espagnol, portugais… Des mots-choc, qui disent l’histoire des deux peuples frères ennemis, qui disent la honte d’une guerre insensée, qui disent l’horreur que subit cette terre. Dans Écrivains des frontières, un voyage en Palestine(s), la littérature est au service de la paix.
Au Maroc, la projection du film a eu du succès, que ce soit dans les instituts français, dans les facs ou dans les salles de cinéma. En France, le film n’a toujours pas de distributeur. Et pourtant : "Nous avons nous-même distribué le film dans une seule salle à Paris. Je me souviens qu’un distributeur avait parié qu’il n’y resterait qu’une seule semaine. Il y est encore, depuis 13 semaines, la salle est toujours comble et deux autres exploitants ont demandé à le projeter". C’est dire la demande du public d’entendre d’autres voix, plus humanistes et donc plus vraies. Et c’est rejoindre les propos de cet autre documentariste militant : "Le cinéma, plus que les médias, peut faire beaucoup pour la paix". Dixit Michael Moore. Écrivains sans frontières, un voyage en Palestine(s) en est la preuve.

Pour contacter les réalisateurs : frontières@hotmail.com
"Écrivains des frontières, voyage en Palestine(s)" sera de nouveau projeté dans plusieurs villes marocaines pendant le mois de juin.

 
 
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