| Le scénario est classique. Le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) organise son congrès, le 5e, et "renouvelle" en partie ses instances. Le secrétaire général est réélu à lunanimité, sans challenger en face. Des mécontents démissionnent et boycottent la messe des collègues de Moujahid. Grande nouveauté, cette fois, les mécontents sorganisent en syndicat national de laudiovisuel, affilié à la CDT. Principal argument : "Le SNPM na ni la force ni la compétence de négocier le passage de la |
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RTM en société nationale". Du coup, les grandes questions se posent, encore une fois, avec insistance. Qui représente le SNPM ? Quelle force a-t-il ? Y a-t-il un problème de démocratie interne au sein de lorganisation ?
En 1963, quand naissait le tout premier syndicat de journalistes marocains, ce fut pour contrer la presse MAS, influente à lépoque. En face, lessentiel de la presse était partisan. Et naturellement, le SNPM a été majoritairement constitué par des journaux de partis. Puis, les partis perdant de leur éclat, tout comme leurs journaux, un nouveau secteur est venu renforcer les rangs du SNPM : les médias publics (la RTM, puis la MAP).
Selon les responsables du syndicat, le nombre des adhérents ne reflète pas la force ni la représentativité de lorganisation. Forcément, tout le monde y a recours, car il nexiste pas dautre structure. Du coup, une petite idée commence à faire son chemin. Et si chaque secteur (presse indépendante, télévision, radio, etc.) se prenait en main, défendait (en meilleure connaissance de cause) ses intérêts, et que tout le monde se retrouve ensuite dans une fédération pour défendre les intérêts communs à la profession (code de la presse, problèmes de liberté, etc.). Les avis restent partagés entre les deux journalistes, membres du bureau national du SNPM, invités à débattre. Lun, en exercice, croit en lunité du corps journalistique marocain. Lautre, démissionnaire et fondateur (prochainement) dun nouveau cadre syndical, prône la diversité et fait lautocritique de ses 4 années de responsabilités au sein du SNPM. |

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Membre du bureau national du SNPM
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"Mais la liberté dexpression est la responsabilité de tous"
Comme lors de votre quatrième congrès, le cinquième a encore enregistré une nouvelle scission, et on annonce même la création début juin dun syndicat de laudiovisuel affiliés à la CDT. Doit-on en conclure que des secteurs sont obligés de se prendre en main (hors SNPM) pour défendre leurs intérêts ?
Non, le syndicat a toujours été présent pour débattre de tous les sujets qui touchent au secteur de laudiovisuel. Le critère quantitatif nest peut-être pas le bon critère, mais le SNPM est majoritaire dans ce secteur. Nous sommes à jour et suivons de près tout ce qui se passe. Le SNPM nest pas un syndicat dapparatchiks, loin de ses bases. Bien au contraire. Les scissions dont vous parlez ne sont pas sérieuses. Ce sont des individus qui veulent présenter leurs ambitions
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personnelles comme des divergences au niveau des idées et des programmes. Nous avons mené un grand effort, dans les normes, pour sauvegarder lunité du syndicat. Nous ne voulons pas être séparés. Les journalistes marocains sont une minorité, 200 personnes à peu près. Nous avons donc intérêt à rester groupés.
Sauf quà y voir de plus près, on constate que le SNPM est loin de représenter toute la presse. Une grande partie de la presse indépendante et audiovisuelle (2M et aujourdhui la RTM) vous échappe et le SNPM ressemble de plus en plus à un syndicat de journaux partisans pour ne pas dire de partis ?
Le syndicat a connu une grande transformation au niveau de la base avec l'évolution de la presse écrite et dautres secteurs publics comme la Map ou privés comme Médi 1. Il y a aussi la presse régionale. Au début, nous avions effectivement une majorité écrasante de journaux partisans. Ensuite, une ouverture sest opérée et a permis une large participation du secteur public. Aujourdhui, au niveau numérique, le secteur de laudiovisuel public est majoritaire par rapport à la presse écrite. Reste la presse indépendante. Celle représentée au syndicat est essentiellement formée par les quotidiens. Pour ce qui est de la presse hebdomadaire, cest le défaut de la structure. Les médias tournent souvent à moins de dix professionnels. Toujours est-il que ces médias nont jamais été hostiles au syndicat, qui se fixe comme objectif de servir les intérêts de tous les professionnels, où quils soient.
Pourquoi semblez-vous tenir tant au "syndicat de la presse unique" ? Lexistence dune fédération dassociations sectorielles vous permettrait de vous concentrer sur les grandes questions qui touchent à la liberté dexpression et sa réglementation dans le pays ?
Chaque pays a son organisation. En Espagne, en Grèce ou en Italie, il existe plusieurs organes syndicaux. Lunité du corps nest donc pas un standard. Au Maroc, je reste convaincu que nous avons besoin dun seul corps. Les grandes questions de la presse ne sont pas encore résolues. Nous avons besoin de tout le monde pour réussir ce combat.
Vu le dernier code de la presse adopté, il ne semble pas que vous ayez adopté la meilleure technique. La consultation du SNPM a presque été protocolaire
Nous ne serons jamais satisfaits d'un code de la presse qui ne sera jamais parfait. La logique même de ce code est dimposer des limites à lexercice de la profession. Le problème est que le reste de la société ne réalise pas encore limportance de cette bataille. Nous avons été lâchés par tout le monde (partis, une partie de la société civile) et le gouvernement nous a attaqués. La liberté dexpression est la responsabilité de tous. Le syndicat en est conscient et compte sinscrire bientôt dans des actions pédagogiques pour sensibiliser davantage lopinion publique à cette question. |

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Membre démissionaire du SNPM
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"Le SNPM est un syndicat de quelques partis"
Vous avez démissionné du SNPM quelques semaines avant le cinquième congrès. Vous-vous apprêtez à créer un nouveau syndicat de laudiovisuel. Vous navez pas limpression daffaiblir le syndicat (au mauvais moment en plus) au sein duquel vous avez milité pendant des années ?
Notre objectif - le mien comme celui de nombreux membres du syndicat - a été de réussir un congrès de rupture, qui poserait les véritables questions qui intéressent les professionnels. Nous passons par une période trouble et les questions gênantes ne peuvent rester éternellement ignorées. Les préparatifs du congrès nous ont donnés la certitude que nous allions vers un congrès biaisé. Si j'avais voulu rester à ma place, je laurai gardée. Jai été
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responsable pendant quatre années au SNPM et jai lhonnêteté de procéder à une autocritique pour dire que le bilan est nul. Nous avons organisé de grandes conférences, nous y avons invité de grands noms de la presse et de la politique internationale. Est-ce ce quon pourrait appeler un bilan ? Nous avons sorti de nombreux communiqués, fait du code de la presse notre cheval de bataille, mais nous navons pas été assez forts pour imposer quoi que ce soit au gouvernement. Nous n'avons pas été à la hauteur.
Pourquoi ?
Cest simple, le syndicat ne représente pas tous les professionnels. Il na pas de force organisationnelle. La ligne du syndicat est fixée certaines personnes au sein de sa direction. Cinq ou six dirigeants en tout. Plusieurs décisions et positions ont plus été dictées par des affinités politiques quautre chose. Le SNPM a toujours attaché plus dimportance au côté politique, aux dépens du corporatiste. Comment peut-on parler dune représentativité du SNPM, alors quune importante frange de la presse indépendante ny est pas du tout représentée.
Avec ses 40 ans dexistence, le SNPM na toujours pas pu asseoir de véritable légitimité, sinon historique. Vous croyez pouvoir faire mieux avec votre nouveau syndicat de laudiovisuel ? Vous croyez que vos problèmes sectoriels sont prioritaires face aux grandes questions de la liberté et du code de la presse ?
Il est inconcevable que le SNPM discute convenablement de la situation des salariés de la RTM. Cette dernière va connaître un chamboulement total. Un syndicat aussi faible que le SNPM ne pourra pas être convaincant dans les négociations. Durant mon mandat, des journalistes ont été arrêtés, licenciés, des journaux ont été fermés. Nous navons pas pu résoudre un seul de ces problèmes. Si nous étions assez forts, les directeurs de journaux penseraient plusieurs fois avant de licencier un journaliste. Notre action nest pas une scission. Nous nous sommes simplement pris en main, nous nous sommes organisés au sein dune centrale syndicale pour rassembler journalistes, techniciens et artistes de laudiovisuel. Lexpérience de 2M dans ce cadre est à citer en exemple.
Sauf quau passage, cest lunité dun corps journalistique déjà affaibli qui en prend un sacré coup !
Pourquoi ne pas nous organiser en fédération après ? Le SNPM est aujourdhui un syndicat de quelques partis politiques. Chaque secteur de la presse devrait se prendre en main et la fédération défendra la corporation pour les intérêts communs. Nous navons rien inventé. Le modèle existe dans plusieurs pays européens. La diversité enrichira le syndicat. Pourquoi, alors quon prône le pluralisme au niveau politique, le craint-on au niveau syndical ? Dun autre côté, le SNPM nest pas un mythe, ni une fatalité. Ce qui sy passe entre dans le cadre dune dynamique propre à nimporte quelle organisation. |