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N° 129
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Le SNPM sert-il encore à quelque chose ?

Le scénario est classique. Le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) organise son congrès, le 5e, et "renouvelle" en partie ses instances. Le secrétaire général est réélu à l’unanimité, sans challenger en face. Des mécontents démissionnent et boycottent la messe des collègues de Moujahid. Grande nouveauté, cette fois, les mécontents s’organisent en syndicat national de l’audiovisuel, affilié à la CDT. Principal argument : "Le SNPM n’a ni la force ni la compétence de négocier le passage de la
RTM en société nationale". Du coup, les grandes questions se posent, encore une fois, avec insistance. Qui représente le SNPM ? Quelle force a-t-il ? Y a-t-il un problème de démocratie interne au sein de l’organisation ?
En 1963, quand naissait le tout premier syndicat de journalistes marocains, ce fut pour contrer la presse MAS, influente à l’époque. En face, l’essentiel de la presse était partisan. Et naturellement, le SNPM a été majoritairement constitué par des journaux de partis. Puis, les partis perdant de leur éclat, tout comme leurs journaux, un nouveau secteur est venu renforcer les rangs du SNPM : les médias publics (la RTM, puis la MAP).
Selon les responsables du syndicat, le nombre des adhérents ne reflète pas la force ni la représentativité de l’organisation. Forcément, tout le monde y a recours, car il n’existe pas d’autre structure. Du coup, une petite idée commence à faire son chemin. Et si chaque secteur (presse indépendante, télévision, radio, etc.) se prenait en main, défendait (en meilleure connaissance de cause) ses intérêts, et que tout le monde se retrouve ensuite dans une fédération pour défendre les intérêts communs à la profession (code de la presse, problèmes de liberté, etc.). Les avis restent partagés entre les deux journalistes, membres du bureau national du SNPM, invités à débattre. L’un, en exercice, croit en l’unité du corps journalistique marocain. L’autre, démissionnaire et fondateur (prochainement) d’un nouveau cadre syndical, prône la diversité et fait l’autocritique de ses 4 années de responsabilités au sein du SNPM
.



Bachir Znagui
Membre du bureau national du SNPM
"Mais la liberté d’expression est la responsabilité de tous"


Comme lors de votre quatrième congrès, le cinquième a encore enregistré une nouvelle scission, et on annonce même la création début juin d’un syndicat de l’audiovisuel affiliés à la CDT. Doit-on en conclure que des secteurs sont obligés de se prendre en main (hors SNPM) pour défendre leurs intérêts ?
Non, le syndicat a toujours été présent pour débattre de tous les sujets qui touchent au secteur de l’audiovisuel. Le critère quantitatif n’est peut-être pas le bon critère, mais le SNPM est majoritaire dans ce secteur. Nous sommes à jour et suivons de près tout ce qui se passe. Le SNPM n’est pas un syndicat d’apparatchiks, loin de ses bases. Bien au contraire. Les scissions dont vous parlez ne sont pas sérieuses. Ce sont des individus qui veulent présenter leurs ambitions
personnelles comme des divergences au niveau des idées et des programmes. Nous avons mené un grand effort, dans les normes, pour sauvegarder l’unité du syndicat. Nous ne voulons pas être séparés. Les journalistes marocains sont une minorité, 200 personnes à peu près. Nous avons donc intérêt à rester groupés.

Sauf qu’à y voir de plus près, on constate que le SNPM est loin de représenter toute la presse. Une grande partie de la presse indépendante et audiovisuelle (2M et aujourd’hui la RTM) vous échappe et le SNPM ressemble de plus en plus à un syndicat de journaux partisans pour ne pas dire de partis ?
Le syndicat a connu une grande transformation au niveau de la base avec l'évolution de la presse écrite et d’autres secteurs publics comme la Map ou privés comme Médi 1. Il y a aussi la presse régionale. Au début, nous avions effectivement une majorité écrasante de journaux partisans. Ensuite, une ouverture s’est opérée et a permis une large participation du secteur public. Aujourd’hui, au niveau numérique, le secteur de l’audiovisuel public est majoritaire par rapport à la presse écrite. Reste la presse indépendante. Celle représentée au syndicat est essentiellement formée par les quotidiens. Pour ce qui est de la presse hebdomadaire, c’est le défaut de la structure. Les médias tournent souvent à moins de dix professionnels. Toujours est-il que ces médias n’ont jamais été hostiles au syndicat, qui se fixe comme objectif de servir les intérêts de tous les professionnels, où qu’ils soient.

Pourquoi semblez-vous tenir tant au "syndicat de la presse unique" ? L’existence d’une fédération d’associations sectorielles vous permettrait de vous concentrer sur les grandes questions qui touchent à la liberté d’expression et sa réglementation dans le pays ?
Chaque pays a son organisation. En Espagne, en Grèce ou en Italie, il existe plusieurs organes syndicaux. L’unité du corps n’est donc pas un standard. Au Maroc, je reste convaincu que nous avons besoin d’un seul corps. Les grandes questions de la presse ne sont pas encore résolues. Nous avons besoin de tout le monde pour réussir ce combat.

Vu le dernier code de la presse adopté, il ne semble pas que vous ayez adopté la meilleure technique. La consultation du SNPM a presque été protocolaire…
Nous ne serons jamais satisfaits d'un code de la presse qui ne sera jamais parfait. La logique même de ce code est d’imposer des limites à l’exercice de la profession. Le problème est que le reste de la société ne réalise pas encore l’importance de cette bataille. Nous avons été lâchés par tout le monde (partis, une partie de la société civile) et le gouvernement nous a attaqués. La liberté d’expression est la responsabilité de tous. Le syndicat en est conscient et compte s’inscrire bientôt dans des actions pédagogiques pour sensibiliser davantage l’opinion publique à cette question.



Ali Khella
Membre démissionaire du SNPM
"Le SNPM est un syndicat de quelques partis"


Vous avez démissionné du SNPM quelques semaines avant le cinquième congrès. Vous-vous apprêtez à créer un nouveau syndicat de l’audiovisuel. Vous n’avez pas l’impression d’affaiblir le syndicat (au mauvais moment en plus) au sein duquel vous avez milité pendant des années ?
Notre objectif - le mien comme celui de nombreux membres du syndicat - a été de réussir un congrès de rupture, qui poserait les véritables questions qui intéressent les professionnels. Nous passons par une période trouble et les questions gênantes ne peuvent rester éternellement ignorées. Les préparatifs du congrès nous ont donnés la certitude que nous allions vers un congrès biaisé. Si j'avais voulu rester à ma place, je l’aurai gardée. J’ai été
responsable pendant quatre années au SNPM et j’ai l’honnêteté de procéder à une autocritique pour dire que le bilan est nul. Nous avons organisé de grandes conférences, nous y avons invité de grands noms de la presse et de la politique internationale. Est-ce ce qu’on pourrait appeler un bilan ? Nous avons sorti de nombreux communiqués, fait du code de la presse notre cheval de bataille, mais nous n’avons pas été assez forts pour imposer quoi que ce soit au gouvernement. Nous n'avons pas été à la hauteur.

Pourquoi ?
C’est simple, le syndicat ne représente pas tous les professionnels. Il n’a pas de force organisationnelle. La ligne du syndicat est fixée certaines personnes au sein de sa direction. Cinq ou six dirigeants en tout. Plusieurs décisions et positions ont plus été dictées par des affinités politiques qu’autre chose. Le SNPM a toujours attaché plus d’importance au côté politique, aux dépens du corporatiste. Comment peut-on parler d’une représentativité du SNPM, alors qu’une importante frange de la presse indépendante n’y est pas du tout représentée.

Avec ses 40 ans d’existence, le SNPM n’a toujours pas pu asseoir de véritable légitimité, sinon historique. Vous croyez pouvoir faire mieux avec votre nouveau syndicat de l’audiovisuel ? Vous croyez que vos problèmes sectoriels sont prioritaires face aux grandes questions de la liberté et du code de la presse ?
Il est inconcevable que le SNPM discute convenablement de la situation des salariés de la RTM. Cette dernière va connaître un chamboulement total. Un syndicat aussi faible que le SNPM ne pourra pas être convaincant dans les négociations. Durant mon mandat, des journalistes ont été arrêtés, licenciés, des journaux ont été fermés. Nous n’avons pas pu résoudre un seul de ces problèmes. Si nous étions assez forts, les directeurs de journaux penseraient plusieurs fois avant de licencier un journaliste. Notre action n’est pas une scission. Nous nous sommes simplement pris en main, nous nous sommes organisés au sein d’une centrale syndicale pour rassembler journalistes, techniciens et artistes de l’audiovisuel. L’expérience de 2M dans ce cadre est à citer en exemple.

Sauf qu’au passage, c’est l’unité d’un corps journalistique déjà affaibli qui en prend un sacré coup !
Pourquoi ne pas nous organiser en fédération après ? Le SNPM est aujourd’hui un syndicat de quelques partis politiques. Chaque secteur de la presse devrait se prendre en main et la fédération défendra la corporation pour les intérêts communs. Nous n’avons rien inventé. Le modèle existe dans plusieurs pays européens. La diversité enrichira le syndicat. Pourquoi, alors qu’on prône le pluralisme au niveau politique, le craint-on au niveau syndical ? D’un autre côté, le SNPM n’est pas un mythe, ni une fatalité. Ce qui s’y passe entre dans le cadre d’une dynamique propre à n’importe quelle organisation.

 
 
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