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Sursaut citoyen
Le rêve du Mondial s'est évaporé. La "vision 2010" qui le remplace (vaguement) n'est ni consistante ni convaincante. La "démocratisation" du royaume ne passionne pas les foules, et à raison : son principal bénéficiaire, la classe politique, ne veut pas vraiment d'une redistribution des pouvoirs. Elle lui préfère la posture, confortable et sans risque, d'objet du Makhzen. Le "décollage économique" ? Pfff
Nous sommes en 2004, et notre survie dépend toujours de la pluie et du beau temps.
Que reste-t-il ? Sommes-nous, Marocains, condamnés à nous morfondre éternellement sur notre cruelle absence de perspectives ? Peut-être pas. Ce qui sauve ce pays, c'est sa société civile. Pas celle des cocktails dînatoires sur la modernité et la démocratie, mais celle des micro-associations de développement. Celle de ces grappes d'anonymes qui s'activent et dépensent une énergie folle, loin des projecteurs, pour remettre à niveau des quartiers déshérités dans les grandes villes ou des douars oubliés dans la montagne. Le 11 juin prochain, à Casablanca, s'ouvrira un forum destiné à mettre en contact des associations de quartier porteuses de projets concrets et dûment budgétisés, et des chefs d'entreprises prêts à financer ces mêmes projets. TelQuel en avait présenté 50, dans son numéro du 15 mai dernier. Depuis, ce qui s'est passé est aussi ahurissant qu'enthousiasmant. Le patronat, dont la toute nouvelle commission "Entreprises et proximité sociale" organise le forum du 11 juin, s'est mobilisé, en la personne de son président Hassan Chami pour garantir, avant que le forum ne s'ouvre
le financement intégral de tous les projets ! Aux grands patrons qu'il a déjà contactés, Chami a tenu ce discours : "Il ne s'agit pas pour vous de signer des chèques, mais de vous impliquer dans une action citoyenne. Non seulement vous allez financer ces projets, mais vous allez nommer quelqu'un de votre staff pour en suivre la réalisation, et coacher tous ces jeunes et dynamiques cadres associatifs". Les PDG n'ont pas marché, ils ont couru. Bravo !
Et il y a mieux : Driss Jettou avait été contacté pour inaugurer le forum. Voyant l'enthousiasme des patrons et la formidable énergie des militants associatifs, il a proposé, au lieu d'une inauguration de plus ("assez de cérémonial, ça ne sert à rien") de parrainer, concrètement, les signatures des protocoles d'accord entre entrepreneurs et militants associatifs. Pour un jeune issu de Sidi Moumen, imaginez l'honneur de voir son dynamisme applaudi personnellement par le Premier ministre ! Et imaginez l'effet d'entraînement !
Les Anglo-saxons ont une recette pour bien gérer un pays : "think global, act local". À défaut de la pensée globale, nous avons déjà l'action locale. C'est un excellent début. Et, enfin, une raison d'espérer. |