Société : Le cancer, un fléau ignoré
Internet : Le parti des jeunes
Portrait : Majd, sans gloire
Saga : Alpha 55 le pionnier
N° 129
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

"Le royaume heureux va se casser la gueule"

Ali Lmrabet, journaliste
Antécédents

    1959 : Naissance à Tétouan
    1965 : Entre à l'école L'alliance israélite universelle
    2000 : Création de Demain
    2003 : Accusé d'outrage au roi et d'atteintes au régime monarchique et à l'intégrité territoriale
    2003 : Sortie de prison après 7 mois
    2004 : Prépare la sortie de son premier livre en Espagne

Nous avons votre fiche, nous passerons donc directement à l’essentiel. Il paraît que vous travaillez sur quatre commandes de livres. De quoi s'agit-il ?
Dans le premier, j'évoque les sept mois et demi que j'ai passés dans la prison de Salé. Tu sais, et ce n'est plus un secret pour personne, que j'ai été emprisonné grâce à la haute sollicitude de Sidna. C'est un livre plein d'humour. Je viens d'apprendre que mon ami André Azoulay a déjà effectué quelques démarches auprès d'un éditeur francais pour savoir de quoi il est question dans ce livre. Sacré Dédé ! Il suffit simplement de demander. Pour les autres livres, attends que je termine celui-là avant d'en parler.

En journaliste marocain persécuté installé en Europe, vous disposez d'un joli fonds de commerce maintenant ?
Je rends grâce au général Hamidou Laânigri, et à l'Einstein de la politique marocaine, Fouad Ali El Himma pour ce "fonds de commerce", comme tu dis.

En plus, vous avez la paix maintenant. Plus de filatures, plus d’écoutes…
Quand je rentre au Maroc, l'ordinateur de la police affiche toujours ses habituels "passage à signaler" et "avis de recherche". L'autre jour à l'aéroport de Tanger, on m'a laissé poireauter pendant une demi-heure à la frontière, le temps d'appeler Rabat pour recevoir des instructions. Incroyable mais marocain, voilà maintenant que je dois attendre pour savoir si je peux entrer dans mon pays. Pour le reste, je remercie les "services" de me tenir compagnie á l'étranger. À chaque fois que je donne une conférence, il y a deux ou trois barbouzes qui font mine de prendre des notes. Je meurs de peur.

Qu'est-ce que vous cherchez, maintenant ? Gagner votre vie ou vous venger du royaume heureux ?
Dans l'état où il est ton "royaume heureux" et avec les dirigeants qu'il a, il va se casser la gueule tout seul. D'ailleurs, après le 16 mai à Casablanca et le 11 mars à Madrid, tout le monde a compris que le Maroc produit du terrorisme. Qu'on essaye de nier l'évidence me paraît tout à fait normal de la part d'un régime qui perd quelque peu le nord.

La bonne nouvelle ! Vous ne rentrez donc plus au pays ?
Je suis souvent au Maroc. J'écris et je fais des reportages pour des journaux étrangers. Bientôt, je vais également écrire une chronique mensuelle pour Le Journal, avant de lancer, bien entendu, d'autres journaux.

"Bien entendu", vous dites ?
Jusqu'à preuve du contraire, mon pays n'appartient pas uniquement aux Laânigri, aux Himma et aux Alaouites. Je suis né et je mourrai au Maroc. Je ne suis pas un descendant du Prophète et je ne viens pas d'Arabie. Je suis un Marocain du terroir, du "jbel", de la montagne. Je vais vous faire une petite révélation. Durant mon emprisonnement, quelqu'un m'a rapporté une conversation entre Moulay Rachid et Moulay Hicham. Le premier reprochait au second de me financer. Le secrétaire général du CCDH pensait aussi que j'étais financé par Moulay Hicham. Ils n'ont rien compris à la philosophie de Señor Ali. Je n'accepte de faveurs de personne, et notamment pas des Alaouites. De tous les Alaouites, aussi démocrates et sympathiques soient-ils, comme c'est le cas de Moulay Hicham.

Vous savez que vous êtes moins rigolo quand vous parlez du Maroc aujourd'hui ?
Quand on m'invite à parler du Maroc, je raconte toujours les dernières nouvelles. Le public rit souvent de bon coeur des conneries de notre vie politique. Mais je remarque de plus en plus que les hommes politiques étrangers, qui m'invitent pour parler du Maroc, rient moins et n'ont plus la même attitude conciliatrice qu'il y a quelques années. Ils estiment qu'il y a le feu dans la maison.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés