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N° 129
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Les histoires de prison s’exposent

(Photo AFP)
La rencontre a failli ne pas avoir lieu. À l’intérieur de l’Instance équité et réconciliation (IER), tout le monde ne percevait pas a priori la portée que pouvait avoir un colloque national sur "La littérature carcérale". Il y en a même qui ne voulaient pas donner libre cours à la parole publique sur le sujet. Finalement, le samedi 22 mai, l’événement a eu lieu. Ils étaient tous là : les ex-marxistes de la prison centrale de Kénitra, les ex-militaires de Tazmamart, et surtout, leurs écrits en guise de témoin. L’inventaire n’a jamais été fait auparavant. Dans les cent livres publiés, manuscrits déterrés et récits sortis de l’anonymat, exposés à l’occasion, on retrouve de tout. Grâce au
duo Abdelali El Yazami et Jaâfar Aqil, le butin est impressionnant. Il y a dans le tas les classiques littéraires, les témoignages personnels, les récits parus ailleurs et surtout, surprise émouvante, les revues internes, comme Assaha (en référence à la place d’honneur) que mettait en forme, écrivait et dispatchait Abdelkader Chaoui de sa cellule à la prison centrale de Kénitra. Prochaine étape annoncée, une exposition des lettres et autres reliques cachées d’un passé intime et commun, mais pas encore rendu public.
L’IER a fait appel à l’art pour éclairer les ombres de cette littérature née dans la souffrance. Le peintre Chebaâ, lui-même arrêté en 1972, a été convié pour signer une fresque carcérale. Il s’est inspiré de l’arbre de fer qui fleurit (appréciez le clin d’œil à Abdellatif Laabi), pour symboliser un passé distant mais pas encore enterré. L’artiste Abdelmajid El Haouass a fait étalage de son talent théâtral, dans un spectacle (Arbre amer), où l’image et le corps le disputent aux extraits de traces littéraires que chaque détenu a laissé pour témoigner. Il a offert à une salle comble un moment intense où la recherche dramatique ne s’est pas laissée enfermer par les réflexes d’une œuvre commandée. Même si chaque auteur voulait que sa voix ait droit de cité. Preuve s’il en est que chaque ex-détenu a besoin de se faire entendre, pour survivre. En attendant, la leçon du détour artistique est à retenir. Le livre, étant encore un objet d’élite, il n’est jamais de trop de l’accompagner, de l’éclairer voire de l’illuminer, par une touche de spectacle qui nous parle par delà les mots.


Décès : Rodinson, l’orientaliste

(Photo AFP)
Maxime Rodinson est décédé le dimanche 23 mai à Marseille. Il avait 89 ans. Cet écrivain presque mythique pour les orientalistes, les islamologues et les chercheurs, occupait une place particulière au carrefour des cultures juive et musulmane. Écrivain fécond, chercheur rigoureux, spécialiste de l’islam et du judaïsme, Maxime Rodinson, d’origine juive russo-polonaise lui-même, était un homme engagé en faveur de la cause palestinienne. Il bénéficiait d’une grande estime dans le monde scientifique. Selon Mohammed Harbi, historien et chercheur algérien, Rodinson avait bien une sensibilité juive, mais elle ne s'est jamais "inscrite dans une perspective communautaire, pour
cet homme qui justement dénonçait 'la peste communautaire'". Fils de communiste, Maxime Rodinson adhéra au PCF en 1937 pour des "raisons morales". Il en sera exclu en 1958. Lucide, il écrira plus tard : "Lorsqu'on adhère à une organisation, on voit s'opérer un glissement qui tient de la logique de l'organisation liée à une idéologie qui en canonise toutes les déterminations".  A.S

 
 
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