Société : Le cancer, un fléau ignoré
Internet : Le parti des jeunes
Portrait : Majd, sans gloire
Saga : Alpha 55 le pionnier
N° 129
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est


Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Ha houa r’jâa. C’est pas terrible, alors on va essayer en anglais : he’s back. Et, tout de suite, ça sonne mieux. ça doit être là une des raisons de la supériorité de la culture américaine. Elle sonne mieux. La culture marocaine en revanche, est particulièrement riche quand il s’agit de parler de choses très importantes comme le café, par exemple. Zakaria Boualem a recensé quatorze qualificatifs disponibles pour décrire avec précision le café qu’il souhaite commander. Il peut être léger, au lait, crème, mousse blanche, dans une tasse, dans un verre, dans un grand verre, demi-demi, spécial, etc… Une précision diabolique pour une opération cruciale, celle de boire un café. Mais nous nous égarons…
Zakaria Boualem revient, donc, après quatre mois difficiles. Comment résumer cette période de la vie de notre héros ? Disons qu’il a été particulièrement heureux entre le dimanche 8 février à 18 heures 43 et le samedi 15 mai à 10 heures 11. C’est à dire entre le moment glorieux où Marwane Chammakh a égalisé contre l’Algérie, et l’instant funeste où le nain suisse pompeux Blatter a exhibé une fiche cartonnée avec écrit dessus "Afrique du Sud". Entre ces deux moments, Zakaria Boualem a vécu sur un nuage, il est devenu patriote. En temps normal, il entretient avec son pays des liens respectueux, mais distants.
Dit crûment, il rêve de se barrer. L’hymne national, pour lui,
c’est le générique d’un match de foot. Il l’a appris, comme tout le monde, à l’école, sans jamais rien comprendre. Il n’a jamais su ce que voulait dire : "Mountadasoudadiouahimah", par exemple. Il a essayé de comprendre, il a demandé autour de lui. Et il s’est vite rendu compte que personne ne comprenait rien, et que tout le monde trouvait ça normal. C’est d’ailleurs un excellent résumé de l’esprit patriotique à la marocaine : on te demande pas de comprendre, juste de faire semblant d’être convaincu. Mais, à l’instant même où Marwane Chammakh a marqué contre l’Algérie, il a basculé corps et âme dans le drapeau vert et rouge. Le gamin en vert a réussi là où le Matin du Sahara et du Maghreb et la Radio Télévision Marocaine, malgré la constance de leur action, avaient échoué.
Que pouvons-nous en conclure ? Que notre homme est un fier-mondiste, qui ne reconnaît son pays que lorsqu’il joue au foot. Qu’il possède une réserve naturelle d’amour du drapeau qui se confond avec l’amour du maillot. Mais cette réserve est fragile. Il suffit que notre clairvoyant système prenne une décision brillante dont il a le secret pour tout foutre en l’air. Enfermer quatorze jeunes musiciens, par exemple, ou essayer de nous faire voter pour des chevaux ou des balances… Et là, d’un seul coup, le ridicule revient au galop, balaie le patriotisme et ramène Zakaria Boualem à ses nobles projets migratoires.
Mais encore une fois, là n’est pas la question. Vous voulez des nouvelles du Guercifi, les voilà. Côté santé, il a traîné partout avec lui un rhume permanent et humide, une spécialité casablancaise. Un truc qui lui comprime le cerveau, l’énerve et l’endort à la fois. Oui, il y a là un paradoxe, mais ce n’est ni le premier ni le dernier. D’ailleurs, un philosophe a un jour déclaré que les contradictions faisaient la richesse de l’homme. Zakaria Boualem est donc un homme riche. Côté cœur, rien à dire, il a une vie sexuelle épanouie. Côté culture, tout va bien depuis que TPS est revenue. Et côté boulot, il a battu son record au Tétris, et songe à s’inscrire à un tournoi mondial. Toutefois, il hésite à demander à la banque qui l’emploie de lui payer le voyage. Une dernière chose, avant de se quitter. Il m’a demandé de bien insister cette fois sur la prononciation de son nom de famille : il faut dire "bou’lam" comme "porte-drapeau" et non "bouAlem" comme "le père du savant". Il espère que cette fois c’est clair, merci. Voilà, on bavarde, on bavarde mais le temps passe. En résumé, retenez juste une chose : Zakaria Boualem is back.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés