Ombres et lumières sur largent dAl Hoceima
Plus de 238 millions de dirhams ont atterri sur le compte ouvert par Bank al Maghrib après le séisme. Un bel élan de solidarité qui se confond avec un bel effet dannonce
Les sinistrés, eux, ne voient toujours rien venir. Par samir achehbar
Le gouvernement, a annoncé, le 24 mai, l'allocation d'une enveloppe de 2,68 milliards de dirhams au titre du "programme durgence pour la reconstruction de la province sinistrée dAl Hoceima". Mais cette somme n'a rien à voir avec les dons collectés sur le compte 101 de Bank al Maghrib. Plus de 238 |
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millions de dirhams, du 25 février 2004, lendemain du séisme, au 20 mai. Lobjectif de la Fondation Mohammed V ("faire émerger une culture de solidarité entre toutes les composantes sociales à l'intérieur comme à l'extérieur du Maroc, en faisant participer toutes les potentialités dans l'action solidaire") est atteint, en gros.
Mais lenjeu est encore plus important que la phraséologie grandiose de la Fondation le laisse supposer. Rappelons-le encore, le Nord, et particulièrement le Nord-Est, a toujours fait figure de parent pauvre du royaume. Aucune des différentes stratégies de développement (théoriques d'accord, mais tout de même) mises en place par les gouvernements successifs du Maroc, n'ont vraiment accordé d'importance au Rif et aux régions avoisinantes. La catastrophe qui a secoué la province dAl Hoceima a jeté un coup de projecteur sur ce constat vieux comme l'indépendance. Sur le coup, certains rescapés se sont réjouis, avançant que cette catastrophe amènerait lEtat à se rappeler à leur bon souvenir.
Les premiers à se manifester furent les populations locales, démontrant, certes dans le malheur, que solidarité et générosité n'étaient pas pour elles un vain mot. Une fois ouvert le compte spécial 101 de Bank Al-Maghrib, destiné à centraliser les dons pour les sinistrés, le premier à faire un versement a été le roi Mohamed VI. Combien ? Aucun chiffre n'a été communiqué. Des chiffres, Abdellatif Jouahri, gouverneur en Bank al Maghrib, en a donné en pagaille, dans une conférence de presse à Rabat, le 20 mai dernier. Ainsi, les dons effectués par des personnes physiques vont de 1 DH (des enfants) à 3 millions de dirhams (MDH) (le souverain serait-il compris dans ces anonymes "personnes physiques", ou son don a-t-il été comptabilisé à part ? Pas de réponse là non plus). Les personnes morales marocaines, elles, ont effectué des dons allant jusqu'à 2,7 MDH. Quant aux dons (personnes physiques et morales) venus de l'étranger, ils ont varié de 100 DH à 17 MDH. La somme des dons collectés au Maroc se monte très précisément à 42.458.953 MDH, contre 195.949.494 MDH en provenance de létranger. Ce qui fait plus de 238 MDH au total et démontre, en passant, que le valeurs que cherche à inculquer la Fondation Mohammed V sont beaucoup plus présentes chez les émigrés que chez les Marocains vivant au pays.
Que sont devenues les sommes promises par des gouvernements étrangers ? (lire encadré) Leur déblocage n'est pas encore effectif, apparemment, puisque ni le gouverneur de la Banque centrale, ni les responsables de la Fondation Mohammed V n'ont reçu d'argent de gouvernements tiers. Où est-il alors ? Curieusement, pas de réponse, sinon ce commentaire laconique de M. Jouahri : "Bank al Maghrib est le passage obligé de tout versement en faveur des sinistrés d'Al Hoceima". Soit tous les gouvernements étrangers ont failli à leurs promesses, soit c'est une sombre histoire bureaucratique qui fait déclarer au gouverneur que les dons de gouvernements étrangers "n'ont pas été pris en considération dans le calcul des sommes recensées au 20 mai".
Voilà pour l'argent collecté. Maintenant, quid de son affectation ? La banque centrale avance que c'est le gouvernement qui est censé s'en charger. Plus évasifs, des responsables de la Fondation Mohammed V déclarent : "Nous nous chargeons de faire certifier les sommes collectées par des cabinets d'audit, et nous nous intéressons plus à la conception des projets sociaux quaux processus de gestion, déblocage et dispatching des dons collectés". Mais qui s'y intéresse, alors ? Le gouvernement, mais qui ? Chacun se renvoie la balle, et une certaine gêne affleure. Tout se passe comme si, comme nous l'a affirmé cette source anonyme "personne ne veut en parler, de crainte que ce ne soit le cabinet royal qui veuille s'occuper du dispatching de ces dons". Et personne, évidemment, ne tient à brûler la politesse au cabinet royal.
En attendant, sur le terrain, personne n'a encore rien vu. Les ONG locales, dont la mobilisation au lendemain du séisme a été exemplaire, persistent à clamer que les élus et le gouvernement ne les impliquent pas assez dans le processus de reconstruction. La preuve, elles ne sont au courant de rien : ni quand viendra l'argent, ni à quoi il sera destiné. C'est en effet la Fondation Mohammed V qui est chargée de concevoir les projets sociaux - et c'est au gouvernement de les valider. Rien n'a encore été communiqué à ce propos. |
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Dons étrangers : Les bons comptes
Le 24 février 2004, Al Hoceima est secouée dans son sommeil par un séisme dune magnitude de 6,3 sur léchelle de Richter. LEspagne, la France et la Belgique annoncent, dès le lever du jour, l'envoi de plusieurs avions chargés de matériel et de secouristes pour venir en aide aux victimes du séisme qui a fait au moins 564 morts et plus de 900 blessés. Vendredi 24 mai, le Conseil des ministres espagnol approuve une aide d'un montant de 650.000 euros au profit des victimes. La région française Nord Pas-de-Calais décide que les associations proposant des projets en faveur des sinistrés dAl Hoceima bénéficieront des subventions des collectivités territoriales de la région. La contribution votée à cet effet par le Conseil régional atteint 300.000 euros. Il en est de même de la part du département du Vaucluse avec 75.000 euros et des départements des Bouches du Rhône et des Alpes Maritimes avec 50.000 euros chacun. Le gouvernement régional des Flandres (Belgique) annonçait début mars qu'il allait débloquer 100.000 euros
La chaîne de solidarité est longue, et on parle même dun don de lArabie saoudite, à hauteur de 50 millions de dollars. Mais tout cela reste, pour le moment, intraçable. Le gouverneur de Bank al Maghrib déclare n'avoir rien reçu et apparemment, personne n'en sait plus... |
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