Les jeunes ouvrent leur gueule : Les pionniers du parler-vrai
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Crédit photo : Chadwane Bensalmia
et Réda Bahou
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| Ils sont passionnés et audacieux. Ils écrivent, chantent et brisent les tabous. Ils parlent le marocain sans détour ni fioritures. Nous les avons appréciés au Boulevard des jeunes musiciens et sur Internet. Pour partager avec vous cette belle découverte, nous les avons interrogés et avons traduit quelques-uns de leurs textes. Il suffit de les écouter pour comprendre quaprès 30 ans dabsence, une génération dartistes est née. Enfin ! Par Chadwane Bensalmia et Ahmed R. Benchemsi |
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Nom : Awdellil
Age du groupe : 2 ans
Ville : Paris
Style musical : Rap/hip hop
Ce quil faut dire : À 22 ans, cest probablement le plus talentueux rappeur marocain de sa génération. Derrière les mots saignants, une écriture intelligente, de lhumour à en revendre et un mode de narration qui rappelle les hajjayates.
Ils ont dit : "rester anonyme cest rester libre" |
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Le mystère Awdellil
Tout le monde le connaît à travers ses cyber-tubes, sa véritable identité reste secrète, mais la force de ses textes en fait d'ores et déjà un génie inclassable. Rencontre avec le précurseur du tout cru à la marocaine, Noureddine, alias Awdellil.
Vous tenez toujours farouchement à l'anonymat ?
Oui, je préfère, ça ne me sert à rien d'être connu. La célébrité ne m'intéresse tout simplement pas. Et puis, je ne cherche pas à faire du rap mon métier. Je ne veux pas avoir de maisons de disques sur le dos. Mais, surtout, je veux rester libre. Je veux faire des chansons quand je veux et quand j'en ai le temps. Faire de la musique juste pour la musique sans me préoccuper d'autre facteurs, que ce soit le système de censure ou les jugements de la société de répression. |
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Votre entourage connaît-il votre identité artistique ou êtes-vous inconnu aux yeux de tous ?
Non, tout mon entourage sait que je suis Awdellil, sauf peut-être mes parents à qui je n'ai jamais clairement avoué cela.
Vous n'avez pas peur que ça s'ébruite ?
Non, je sais que c'est inévitable. Mais tant que ce n'est pas vérifiable à 100 %, je ne vois pas ce qui peut me faire peur.
Dans le titre Raw daw, à quoi faites-vous allusion quand vous dites "allez, distribuez les paniers repas" ?
Joker.
Vous préférez ne pas répondre franchement, même si vous gardez l'anonymat !
En fait c'est pas ça, disons que je préfère laisser planer la confusion.
Etes-vous seul à composer et écrire ?
J'écris seul les textes. Parfois, quand je manque d'inspiration, je me fais aider par quelques amis, mais en général je compose tout seul.
Et la musique?
Pour la musique c'est variable. Il y a des instrumentaux que j'ai pris en entier comme dans Raw daw. Pour les autres je compose les beats (percussions).
Les rumeurs concernant votre pays et ville de résidence n'en finissent pas d'enfler. Alors, finalement, vous êtes au Maroc ou à l'étranger ?
J'ai vécu au Maroc jusqu'à mes 19 ans, à Casablanca plus précisément, avant de partir en France pour poursuivre des études en informatique. J'en suis à ma dernière année. Pour le moment, je passe mon stage de fin d'études.
Vous rentreriez au Maroc ?
Je suis en phase de décision. Ce n'est pas encore clair dans ma tête, mais ce qui est sûr, c'est qu'à court terme je reviendrai. Je resterai peut-être un peu de temps en France pour acquérir un peu plus d'expérience.
Musicalement aussi ?
Pas vraiment. Je ne me considère pas comme un professionnel. Tout ce que je fais, c'est en tant qu'amateur.
Comment vous est venue l'idée (le besoin ?) d'écrire ces textes ? Qu'est-ce qui vous a pris la première fois ?
Il y a 5 ou 6 ans, je suis tombé sur un morceau de rap en arabe. J'ai trouvé l'idée pas mal, même si c'était clairement de la "traduction" de rap français ou américain.
Entre parenthèses, j'ai toujours été fan des rappeurs américains et je trouvais que le hip hop en général, quoi qu'on en pense, reste le moyen d'expression des "gens de la rue". Si ce n'est que pour cela, il mérite d'être écouté. Pour ce qui est de l'idée de m'y mettre, au départ, c'était pour rire. Avec des copains, on prenait des morceaux de rap connus et on en changeait les textes en arabe. On a fait ça pendant un moment dans un cercle d'amis, et les chansons ont eu beaucoup de succès, rien qu'en passant d'une main à l'autre et même si les sujets n'étaient pas forcément intéressants. Là, je me suis dit pourquoi ne pas faire un rap en darija, qui ne soit pas une copie d'autres types de rap, et qui traite des véritables soucis et préoccupations de notre société. J'ai alors écrit et composé Raw daw et je l'ai faite diffuser par mail. Deux semaines plus tard, tous les étudiants marocains que je connaissais de près ou de loin l'écoutaient. J'ai donc fait les deux autres et j'ai mis un site internet avec les mp3 en téléchargement .La semaine d'après, je commençais à recevoir des mail de Marocains de partout dans le monde (USA, Europe, Moyen-Orient). Et tout cela grâce à d'autres sites qui ont repris les liens et diffusé les morceaux, mais aussi grâce au bouche à oreille qui fonctionne à merveille dans les milieux marocains.
Vous souvenez-vous de la date et des circonstances exactes où vous avez créé Raw daw ?
C'était en décembre 2002. L'idée était de dénoncer la culpabilisation qu'exerce la société sur l'individu quel qu'en soit le sexe. Et puis, les filles sont toujours pointées du doigt. Elles sont tenues pour responsables de tout ce qui leur arrive. Quand ce n'est pas totalement, c'est un peu. Pour moi c'était un premier test avec un vrai instrumental et un logiciel d'enregistrement. Cela m'a pris deux jours pour écrire et enregistrer les paroles. Mais j'avoue que j'étais particulièrement bien inspiré ce jour là (sourire)
Vous réalisez que vous êtes devenu un phénomène de société, que toute une génération connaît vos paroles par cur ?
Ce n'est pas moi le phénomène. Il se trouve que notre société éprouve un grand besoin de s'exprimer et ne se reconnaît pas vraiment dans les productions artistiques en circulation actuellement dans notre pays. Les chansons en arabe classique ou "pseudo darija", les séries qui ne parlent pas la même langue que nous. Tout cela est peut-être bien, mais pas suffisant. C'est ainsi que j'explique le succès de mes chansons. Et puis, les idées aussi sont pour la plupart taboues dans notre société, ce qui éveille la curiosité des gens et leur donne envie d'écouter ce que je fais.
D'où tenez-vous votre inspiration en général, du vécu de personnes que vous connaissez, de groupes musicaux peut-être, de votre propre vie ?
En général, c'est dans mon entourage que je la puise, des différentes discussions que j'ai pu avoir, des témoignages qu'on me fait, avec un peu de mise en scène où je laisse éclore mon imagination.
Pourquoi le surnom "Awdellil" ?
Comme ça, il a bien fallu en choisir un. Non, c'est pour rire. En fait, c'est plus l'impression que ça donne, la symbolique qu'autre chose. Le cheval est un animal "sacré", représentatif de notre culture et "lil" (la nuit) parce que cela donne un aspect de légende, de secret
et enfin, j'aime bien les chevaux.
Vous travaillez, paraît-il, sur de nouveaux titres, quels en sont les thèmes ? Et à quand leur diffusion ?
Franchement, avec les études, je ne trouve pas actuellement le temps de faire de la musique. Mais j'ai plusieurs idées en tête. Je pense parler de "tberguig", de l'aristocratie marocaine, ou de la vie à l'étranger ou "lghorba". Il y a également un projet de film marocain conçu par des étudiants au Canada, auquel je pourrais participer musicalement. Il y aura des nouvelles d'ici la fin de l'été.
Vous avez seulement trois titres - Raw daw, Messoud et Samia l'ghaliya -... Que pensez-vous de tous les autres qui circulent sous votre nom ?
En réalité, pour les autres, ce sont soit des trucs que j'avais faits avec des potes mais sans travailler le texte ni la musique (d'ailleurs, on entend le vrai chanteur sur le fond sonore), soit des trucs que je ne connais pas du tout, mais ce qui est sûr, c'est que ce n'était pas destiné à circuler. D'ailleurs, les paroles sont souvent improvisées et ne veulent rien dire. C'est pour cela que je ne me considère pas comme auteur de ces chansons, même si j'ai pu y participer.
Vous connaissez le Boulevard des Jeunes Musiciens ?
Oui, je trouve que c'est génial. Je le suis un peu de loin, mais je suis trop éloigné pour être au courant de tout ce qui s'y passe. C'est un moyen efficace de récompenser et de faire sortir les jeunes talents. Dommage que je ne puisse pas y participer.
Je vous laisse la parole pour conclure !
Je voudrais remercier tous les Marocains qui m'envoient des mails et à qui je ne peux pas toujours répondre. Merci pour leurs encouragements et je voudrais qu'ils sachent que tout le monde peut s'exprimer à sa façon, que ce soit par la musique ou autre chose. L'important, c'est que ce soit original et surtout "marocain". |
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Raw Daw
T'arrête pas sur les mots vulgaires, ils reflètent la sagesse populaire. Réfléchis, médite
Notre pays est plein d'enseignements, même s'il évolue entre l'anarchie, la corruption, et le charlatanisme. Les gens en ont gros sur le cur
Elle tourne, elle tourne, la mariée
Pendant ce temps, la société bouillonne, et le pays recule à grands pas. Allez, distribuez les paniers-repas !
(
) Il a attiré la fille chez lui, il l'a embobinée, et l'a tringlée, en souvenir de ces longues années de frustration. De quoi elle se plaint, maintenant ? Elle y est allée de son plein gré. Qu'est-ce qu'elle croyait ? Qu'il s'intéressait à autre chose que son cul ? Elle avait qu'à pas y aller
(Refrain) Eh ben t'as vu
ils t'ont fait Raw Daw !
Tu t'es fait mettre jusqu'au fond
Si t'as mal au cul, maintenant, t'as plus qu'à le panser
Après tout, dans ce pays, tout le monde se fait enculer
La fille est allée voir sa mère, et lui a raconté sa galère. La mère aussi en a eu mal au cul. Comment elle va faire pour marier sa fille, maintenant ? Comment elle va s'en débarrasser et vite expédier la cadette ? Et le père, qu'est-ce qu'elle va lui raconter ? C'est un homme dur, il la tuerait. Des bonnes âmes ont alors indiqué un médecin. Quelques points de suture, et le péché est oublié. La mère y a mis toutes ses économies tout, pourvu qu'elle puisse enfin caser sa fille
Au cours d'une soirée, la fille a rencontré un garçon naïf, friqué, fils de bonne famille. Elle s'est dit : voilà l'aubaine ! Pour démarrer l'affaire, elle a prétendu s'être foulé la cheville. Le pauvre garçon a abandonné la soirée pour la raccompagner.
Depuis, elle le colle comme de la glu
et ça a fini par un mariage. Maintenant, elle a la bénédiction de sa mère. Victime, elle ? Qui roule ce pauvre garçon et referme sur lui ses tentacules ? Et lui, c'est un homme ? Il a passé sa vie dans ses bouquins, en attendant la fille de bonne famille. Naïve, belle et, comme lui, pucelle.
Mais
Raw Daw ! Il est tombé sur la parfaite salope. Tout le quartier lui est passé dessus. Si seulement il s'était renseigné. Il n'en serait pas, aujourd'hui, à se lamenter
(Refrain)
Toi qui m'écoute, et qui te moque, fais gaffe ! Tu pourrais, toi aussi, te faire gruger. Ton cul pourrait aussi y passer et t'aurais plus qu'à le panser en silence. Un conseil : arrête de faire le malin, sois modeste, ne te la joue pas, applique-toi plutôt à faire le bien. Tu te crois expert en coups tordus, mais mon pauvre, t'as tout un pays en face de toi ! T'auras beau ramer, le courant sera toujours trop fort.
Messaoud
Dans un village aux environs d'Ifrane, un vieillard passait sur sa mule. Attiré par des cris d'enfant, il découvrit dans les buissons un nouveau-né, bleui par le froid. Ses cris firent peur à la mule, qui se cabra. De sa patte, elle écrasa la jambe du bébé. C'est ainsi que commença l'histoire de Messaoud le maudit, l'homme que la poisse ne lâcha jamais.
Les jours passèrent, Messaoud grandit dans la cabane du vieux et sa femme, mangeant rarement à sa faim. Les catastrophes se succédèrent, jusqu'au jour du drame. Messaoud n'avait que cinq ans. C'était un lundi de fête, il s'était réveillé tout content. Voulant jouer avec un pétard, il mit le feu aux couvertures. Les deux vieux moururent dans l'incendie !
(Refrain) Pourquoi la vie en a-t-elle après Messaoud ? Pourquoi toutes les portes se referment-elles sur lui ? Pourquoi est-il autant marqué par la poisse ? Pourquoi lui ?
Messaoud atterrit dans un orphelinat à Meknès. Pendant 5 ans, il se fit casser la gueule par tous ceux qui passèrent. Son visage en conserva les traces. L'école ? Il n'y comprit strictement rien. Jusqu'au jour où il en eut marre et fugua. Ce soir là, il dormit seul, dans le froid d'un terrain vague. Ali Boulahya passait par là. Il attira Messaoud derrière la décharge et hmm
jusqu'à la garde !
(Refrain)
Messaoud vécut en clochard jusqu'à ses seize ans. L'âge des fantasmes, même s'il louchait et qu'il avait le pif de travers. Complexé à l'excès, il aperçut, un jour, une bonne étendant le linge sur un balcon. Elle lui fit un signe et sourit. Le pauvre en perdit ses moyens. Chaque jour, il revint guetter sous la fenêtre. Un matin, elle descendit enfin. Ayant une course à faire, elle lui donna rendez-vous à 9 heures. Messaoud resta à l'attendre, tremblant d'excitation. À l'heure dite, il eut à peine le temps de la voir traverser
quand elle se fit écraser par un bus qui passait !
(refrain)
Messaoud, détruit, sombra dans la fume et la sniffe. Un jour, un islamiste le vit, et le conduisit à une mosquée de riches. Il lui servit à manger, lui apprit à prier et à s'exprimer. Messaoud, fier de sa nouvelle fonction, se mit à orienter les gens. Il fit le tour des mosquées, rameuta les jeunes et se fit un peu d'argent. Vint le jour où il fut appelé pour le jihad. Il prit l'avion, tout content de rencontrer Ben Laden. Arrivé au camp, on lui donna une arme et on lui dit : "Ne bouge plus d'ici, tire sur tout ce qui bouge, ta place au paradis est garantie". Messaoud se figea sur place deux jours durant. Dans un moment d'inattention, zdaou ! Un Américain lui donna un coup sur la tête. À son réveil, il se retrouva en cellule, avec un Pakistanais, qui lui souriait bizarrement. Messaoud hurla de dépit : c'était à nouveau Ali Boulahya !
(Refrain)
Messaoud passa un an difficile, avec Ali Boulahya. La poisse le poursuivait tant que les Américains le renvoyèrent au Maroc. De retour au pays, chômeur et sans abri, il frôla la folie. C'est là qu'il rencontra Mhammed le violoniste. Avec lui, il fit la manche et récolta quelques pièces. Mhammed lui confia qu'il avait un plan pour "brûler" en Espagne. Messaoud fut tout content à l'idée de fuir ce pays maudit. Arrivés à la frontière avec Sebta, ils se glissèrent dans un camion de poissons. Mhammed s'en tira, Messaoud mourut frigorifié.
Pourquoi Messaoud est-il mort ? Pourquoi la poisse lui collait-elle tant ? Pourquoi lui ? |
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Générations. De Nass El Ghiwane à H-Kayne
| Ces jeunes artistes parlent aux Marocains, sans fard, de leur propre réalité, impropre, invivable surtout, mais avec un sens du rythme qui lemporte sur lenvie de révolte. Les temps ont changé. Il y a trois décennies, leurs aînés, Nass El Ghiwane et, dans une plus large mesure, Lmchaheb, représentaient, selon Dominique Caubet (Les mots du bled ; Ed. L'Harmattan), "une bouffée doxygène en temps de répression. Ils ont pu passer leur message de révolte contre les inégalités en parlant par mâani, par allusions : leur parole libre et codée évoquait plus quelle ne pouvait dire, mais tout le monde comprenait". Durant les années 90, les premiers artistes, influencés par lépopée de ces groupes mythiques, sont des Algériens (Amazigh Kateb, Rachid Taha), qui ont pétri leurs textes dans le langage de tous les jours, hrech, rudimentaire, mais inclassable. Ils étaient les premiers chanteurs arabes à casser la langue de bois arabe et à se démarquer du romantisme empli de pathos qui faisait loi. La mondialisation culturelle des modes dexpression conjuguée au besoin de se rapprocher plus concrètement de sa réalité palpable, marocaine, crue, a enfanté les pionniers du "parler vrai" marocain. Certains, comme Awdellil, Hoba Hoba Spirit, ont étudié en France, dautres, comme Barry, viennent du même Hay Mohammadi quEl Ghiwane, mais tous ont en commun, une envie ardente de croquer le réel et une hantise den payer le prix. Plus de détour par la métaphore pour dire les tabous, donc, mais plus de volonté de révolte, non plus. Seule compte à leurs yeux, la musique, le plaisir hédoniste du moment, et la passion de mettre des mots vrais sur une réalité qui échappe à toutes les définitions. Au bonheur dune génération qui apprend à briser le mur du silence érigé par les conventions sociales et les pesanteurs politiques. La culture libère enfin nos paroles !
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La violence
| La drogue. Il était assis derrière, pensant à ce qui s'était passé hier. Son père, sa mère se bagarraient, une vraie guerre. Comme chaque soir quand le père, ivre-mort, sort du bar et va voir la mère, cherchant la bagarre. (
). Comment veux-tu qu'un enfant étudie avec un tel entourage ? Seule la rage peut éclore dans les quartiers pauvres. Rues sombres, pas de lumières. Ni demain, ni hier. Comment le sortir de ce putain d'enfer ? (
) Il crie, il crève, il n'a pas de rêves. Restent les joints dans les cours des écoles et des lycées. J'ai peur de ceux qui ont fait de nos frères des malfaiteurs. |
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Nom : Mc Soldiers
Age du groupe : 4 ans
Ville : Casablanca
Style musical : Rap/hip hop
Ce quil faut dire : Originaires du quartier de Sbata, la majeure partie de leurs potes du quartier (secteur pour reprendre leur mot) ont émigré en France et en Italie. Pour rester dans le pays, ils ont trouvé le moyen de saccrocher ("le hip hop pour extérioriser les frustrations") : un appel au secours.
Ils ont dit : "Dans le rap, il ny a pas de place pour le romantisme" |
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Les filles
| Hiya hiya. Dès que ses yeux ont croisé les miens, ça y est, mon cerveau a fondu. Et comme une flaque d'amour, je me suis répandu (
). Regarde un peu cette taille de folie ! Elle marche, se trémousse, se dandine au cri de "fashion file !". Reste, reste un petit peu, fais-moi grâce d'un regard (
), je suis prêt à prendre des braises dans ma main au cri de "c'est cool, pas de lézard". |
Nom : Ko-Man (groupe 42)
Age du groupe : 8 ans
Ville : Casablanca
Style musical : Rap
Ce quil faut dire : Pour mettre fin à la guéguerre entre les jeunes de Sidi Othmane et Hay Moulay Rachid (arrondissements 04 et 02 ), une idée : créer un groupe de rap commun, ils lappellent alors 42.
Ils ont dit : "Dans le rap, la priorité est au texte. Et cest parce quon a plus besoin de parler que de chanter quon en a fait le choix" |
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La misère
| Aâlach âyech ? C'est pour le Sud, l'Est, l'Ouest et le Nord. Ceux qui tiennent le coup, de la merde jusqu'au cou. Qui ne crient jamais au secours, ici, j'honore ! Les gens de l'ombre, ceux que la vie encombre, et Dieu sait qu'ils sont nombreux. Ceux qui se lèvent à l'aube, une famille nombreuse à nourrir. Les temps sont durs, mais ici, on garde le sourire. Lutter ou mourir ? Courir ? Fuir ? S'en aller ? Où ça ? Les regards sont faussés, c'est fou, ça ! Entre eux et nous, un fossé. Y en a marre de tout ça ! |
Nom : H-Kayne
Age du groupe : 3 ans
Ville : Meknès
Style musical : Rap/hip hop
Ce quil faut dire : Pour résumer, ce sont de véritables bêtes de scène, leur secret disent-ils, "rester soit moi-même, sur la scène comme dans la vie". Les vainqueurs du cinquième Boulevard des Jeunes Musiciens ont déjà attiré les regards doutre-mer. Bientôt, un article sur Libération France.
Ils ont dit : "Pour juger de la qualité dun artiste, il faut attendre son deuxième album" |
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Les barbus
Basta lahya ! Vous vous êtes laissés pousser la barbe et vous êtes mis en tête de nous éduquer. Maintenant, vous décidez de qui est Marocain et qui ne l'est pas. Vous nous avez gavés de bla-bla, lâchez-nous un peu la grappe. Allez voir ailleurs
Vous vous y connaissez même en musique. Celle-ci est prohibée, celle-là interdite, et l'autre hchouma
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) Votre spécialité, cest de falsifier, trafiquer le passé en nous faisant passer pour ce quon nest pas. Cest le moment de dire assez. Tout ça cest dépassé. Tous les jours vous violez notre identité, tous les jours il faut avoir à se justifier. Vous nous agressez, cest le moment de dire assez. Tout ça cest dépassé.
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) Vous vous mêlez de tout, vous n'avez rien épargné. Où s'asseoir, quoi manger, comment s'habiller
Laissez-nous vivre, laissez-nous respirer
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Nom : Hoba Hoba spirit
Age du groupe : 6 ans
Ville : Casablanca
Style musical : Fusion entre musique marocaine, rock et reggae
Ce quil faut dire : Désormais une référence. Leur devise "la haïha musique" et ils y sont fidèles, car chaque chanson a sa propre identité. Leur inspiration tient en un seul mot : la réalité, toute la réalité.
Ils ont dit : "le tout est de dire des choses importantes sans se prendre au sérieux" |
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La hogra
| Mina l'qalb ila l'kelb. L'humilié cherche à humilier son frère et quand il n'a pas de frère, il tourne et il cherche comme un vautour. Il fait le tour, pour trouver à qui pourrir la journée. Maintenant qu'il l'a trouvé, il se sent mieux. Il n'est plus une victime, il est devenu un bourreau. Et ça tourne, ça tourne. On est tous humiliés et on s'humilie tous. |
Politique
Wadâ. Les uns vivent à laise, les autres explosent. Les uns cultivent, les autres arrachent. Et la jeunesse est dans les vapes. À létranger, tout le monde veut fuir. LÉtat déconne, la police réprime, le ministre amasse et le Parlement somnole. Thé et sucre rassasient les foules. Écrasés, certains se la bouclent. Ça y est, je vais me mettre à chialer. Léconomie sendort. La politique, rien. Les jeunes bougent à peine. Circulez, il y a pas de candidat qui vaille la peine.
Human Insanity. Ils nous ont volés et divisés. Opprimés et terrorisés. Nous ont raconté que le Maroc est beau. Que le pauvre pourra y faire sa vie. Que sen plaindre serait juste un caprice. Voyons ça, mes amis ! Dans le makhzen, nous avons tous grandi. Nous avons perdu des années à chercher les défauts. Oubliez le quoi et cherchez le qui , parmi ces architectes, ces savants et ces tyrans. Qui nous ont commandés à leur guise, nous ont concocté un gouvernement et ont pris plus quil ne leur fallait. |
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Nom : Haoussa
Age du groupe : 2 ans et demi
Ville : Casablanca
Style musical : Fusion
Ce quil faut dire : En Afrique subsaharienne, le terme "Haoussa" désigne "une société faiblement islamisée, mais aussi toute société où des rites païens subsistent". La définition dans sa deuxième version sappliquerait aussi au Maroc.
Ils ont dit : "ce qui est insensé nest pas forcément vide de sens" |
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Fatalité
| Maticha. Désormais, on ne vit que par la météo. Et cest la tomate qui donne des interviews. On ne vit que par la météo. Et les légumes tournent des clips vidéo. Filmez-moi cette histoire. Puisez vos paroles dans le Coran. Vous y trouverez vérité et mystères. Toi, sioniste, pourquoi tu pourris la terre des olives ? Cest comme une peste qui te démange. Le plus sage de tes ancêtres est maudit. |
Nom : Barry
Age du groupe : 4 ans
Ville : Casablanca
Style musical : Fusion entre musiques marocaine et jamaïcaine
Ce quil faut dire : Toute la musique traditionnelle marocaine les inspire, mais linfluence première a été Nass El Ghiwane. "Nous voudrions aussi rendre hommage à un homme que personne ne connaît : Ba Salem, un majdoub de notre quartier qui a de son temps largement inspiré Nass El Ghiwane".
Ils ont dit : "Le Maroc entier est un quartier populaire" |
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Le hasch
Reggaeman marocane. À 19 heures, le reggae man s'est réveillé. A mis la main à sa poche, mais n'a rien trouvé. Où est le rasta man ? Traqué par "s'hab el hal", il s'est réfugié à la montagne chez le businessman. Tiens, donne, et sois sur tes gardes. C'est de la bonne, sucrée comme une banane. De la terre que plante le reggae man. À force, il est devenu schizophrane. Allez, chantons ensemble ce refrane : reggaeman marocane / dites "legalize it" !
Laisse courir, policeman. Fous la paix au reggae man. Il a passé la nuit à traîner. La picole oui, mais pas les jouane ? 2010 est proche. On na va pas être hypocrites avec 10 millions de personnes ! Assez de grissage, et de vente en cachette. Vous gagneriez à contrôler les recettes !
L'Amérique et nous
Zaat aârab. Bush et ses amis nous ont encerclés, ils nous ont pris de vitesse, nous ont agressés
les Américains. Vous les Arabes, restez à les regarder. Facile, pour eux, quand vous leur faites de grands sourires
Petits Arabes !
Où sont ces fameuses armes ? Nous n'avons plus de voix, à force de crier à l'imposture. Ils ont toutes les clés et seuls leur importent le pétrole et les bénéfices.
Le singe et ses amis, éléphants, lions, taureaux et tigres, règnent sur la jungle
les Américains. Et vous les Arabes, continuez à les glorifier, à leur dire qu'ils sont les seigneurs
Petits Arabes ! |
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Nom : Feejga
Age du groupe : 1 ans
Ville : Casablanca/Rabat
Style musical : Fusion entre genres musicaux dici et d'ailleurs avec une prédominance de percussions cubaines.
Ce quil faut dire : Aux origines du groupe, le besoin de mettre fin à lhypocrisie autour du dialecte marocain : "La darija choque parce quelle est sincère et profonde".
Ils ont dit : "il ne suffit pas de jouer de la musique pour être musicien" |
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La ville
Bienvenue à Casa. J'ai, bonnes gens, 4 millions de voisins. On vit tous ensemble dans un grand quartier. Permettez-moi de vous raconter ça. Chez moi, c'est Casa et nous, c'est Hoba Hoba.
Ici mon ami, on vit dans la pollution. On vit comme des grillons, on baigne dans le baygon. Le diesel et les ordures embaument. C'est ça, le parfum de Casa.
La circulation, c'est la révolution. Plus de code de la route, c'est le code de la mort. Petits et grands taxis en font un jeu : savoir qui d'entre eux sera le plus dangereux.
(Refrain : viens vivre avec moi, on va se bidonner, mon frère. Bienvenue, bienvenue à Casa !)
À la porte du consulat, c'est l'émeute. Dieu tout puissant, accorde-moi le visa. Si je ne l'ai pas, j'aurai tellement la haine, que je serai obligé de "brûler" en Italie.
Maârif, 19 heures, c'est le défilé. Des canons, pétasses, en pantalon serré. Qui passent et repassent devant la terrasse des cafés. Retenez-moi ! Je vais exploser !
Demain, c'est le match WAC-Raja. Un grand moment culturel dans la ville blanche. Wydadi, Rajaoui, CMI et policier
se surveillent. Qui commencera à agresser ? (Refrain)
À Casa la nuit, tous les flics sont gris. À Casa la nuit, les estafettes sont de sortie. Casa cabaret vit au son du chaâbi. Casa snob, crache la monnaie !
Après tout ça, que vouliez-vous qu'ils répondent, le jour où on a voulu la Coupe du monde (rires) ?
Mais Casa a un cur, un cur gros comme ça. Un cur qui bat, qui ne s'arrête pas. De Zerktouni à Hay Mohammadi. Y a un groove qui move, le groove casaoui. (Refrain).
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Les jeunes existent, je les ai rencontrés (par Hafsa Bekri-Lamrani)
Jai beau depuis des années avoir cherché à rassurer les vieux de mon âge physique en leur jurant que les jeunes ne mordent pas, quil faut juste savoir les écouter, que beaucoup dentre eux à travers le pays sont musiciens-poètes et autres artistes à découvrir. Seulement voilà, ces jeunes sont parfaitement au fait de la duperie dun monde quon leur présente comme une pilule inévitable de guerre, de chômage, de miettes de richesse à accepter humblement ; mais comme ils le font avec des looks excentriques cela suffit à les faire considérer par les vieux-dans-la-tête comme des Martiens désaxés.
Les jeunes dérangent ? Mais cest quoi un jeune qui ne dérange pas ? Avant même leurs concerts, à la lecture du Kounache qui nous met en appétit de leur musique, on peut entendre un message dans les noms quils choisissent pour leurs groupes. Messieurs les bien-pensants, vous avez sans doute raison davoir peur car les FOSSOYEURS de GANGA, FEEJGA jusquà RIF GNAWA, en passant par MAZAGAN pourraient bien déclencher une GNAWA STORM. Vous tomberez en SYNCOP devant les MIDNIGHT SUNS, les FLOWERS et les NAKED MONKEYS, dont, de toutes façons, vous ne comprenez pas les REQUEST, eux, qui ont mis des LITHAM contre les "Metropollueurs" et qui ont de bonnes DARGA pour se défendre. Leur esprit est HOBA HOBA en un mot, ils sont REBORN dans un monde où, après tout, nous sommes que DAYZINE.
Au milieu de cette foule de jeunes, je les regardais chanter, danser et réagir au quart de tour aux chansons de leurs potes. Le Boulevard des Jeunes Musiciens ? Trois jours de musique, de rêves, dénergie communicative. Merci à tous ceux qui les ont aidés et accueillis. Les jeunes existent, je les ai rencontrés ! |
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Les premiers pas dune jeune éprise de musique (Par Rita Samie)
Magnifiques, fascinants, les mots me manquent pour décrire ces trois jours. Nous avons formé un seul corps en transe avec les groupes de musiciens. Les rythmes envoûtants nous emplissaient dun bonheur indicible. Lannée dernière, Amazigh Kateb, le parolier et chanteur de Gnawa Diffusion, mavait promis de monter sur scène avec eux pour le sixième Boulevard des Jeunes Musiciens, car il mavait vue sur scène avec le groupe Darga. Depuis, je me préparais pour être à la hauteur. Le grand soir est arrivé, tous les amis mencourageaient et disaient que si je nétais pas une vraie koyoa*, il ne maurait pas dit cela. Me voilà sur scène avec mon groupe préféré. Je me sentais transportée par lémotion, émue dêtre avec des gnawa aussi bons queux. Même si javais le trac au début, jai réussi à le dépasser et je me suis dit quil ne fallait pas rater ça. Le dimanche, tandis que des amis me félicitaient, le vocaliste du groupe Barry minvita à remonter sur scène, et cétait loccasion dêtre plus connue. Sans hésiter, jai dit oui et jai remarqué que je navais pas fait n'importe quoi. Depuis ce soir là, tout le monde mappelle "koyoa" et jai compris quon me prenait pour une vraie musicienne. Mon rêve de toujours sest réalisé et tout le monde a pu écouter de la bonne musique durant trois jours de fête. Dans lambiance créée par ces jeunes musiciens, chacun avait le loisir de sexprimer et de montrer ce quil pouvait faire en montant sur scène.
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