| On reparle de la Koutla. Au sein de la Gauche socialiste unifiée (GSU), une tendance préfère sarrimer à cette relique, qui rassemble les caciques du mouvement national. Elle est consciente que le positionnement à gauche est insuffisant pour se faire une place au soleil et que lhéritage de lOADP (membre fondateur de la Koutla) peut laider à élargir son réseau dalliances politiques, pour cesser dêtre un petit poucet électoral. À lUSFP, Mohamed Elyazghi, de plus en plus sollicité pour démarquer le parti du pouvoir central, nest pas contre le fait de ressusciter ce "front uni des démocrates". Il ne rechigne pas non plus à se mettre en |
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| tête de file de la gauche, mais il traîne trop de dissidents de ce côté là et les plaies nont pas encore eu le temps de se refermer. Le PPS, petit parti de centre gauche sil en est, défend bec et ongles une Koutla ramassée, qui ne regroupe pas de formations radicalisées par lopposition, dont la GSU. Les ex-communistes veulent en même temps être anti-islamistes et champions de calculs consensuels. Indécis, jusquau bout. À lIstiqlal, enfin, la Koutla demeure lune des raisons dêtre du vieux parti nationaliste. Faute de pouvoir se démarquer et jouer au lièvre de la droite conservatrice, il perçoit la Koutla comme une matrice où il peut toujours jouer au père de ses propres dissidents. Quant à la droite, le PJD est en train de se positionner pour sen occuper. Pour résumer, si la Koutla est toujours en vie, elle doit remercier linertie des vieux partis qui la constituent. Or, a-t-elle encore un rôle à jouer ? Depuis sa création en 1992, sur les traces de la Koutla historique née en 1972, ce front a servi une seule finalité : négocier avec le Palais, mémorandum à lappui, larrivée de lex-opposition au pouvoir. Après coup, il sest avéré que la succession avait plus dimportance que lalternance et les membres de la Koutla ont, à chaque fois, agi en rangs dispersés. Alors, pourquoi sentêter à faire renaître un dinosaure que la réalité politique a enterré ? Manque dimagination des partis ou conservatisme nécessaire dans un système déterminé par le passé ? À chacun ses explications. |

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"la gauche et les démocrates ont besoin dalliances crédibles"
La Koutla, en tant que "front de démocrates à lexception de tous les autres", a vécu. Elle nest plus un outil de négociation avec le Palais. Alors, à quoi sert-elle encore, à contrecarrer les alliances du PJD ?
Pas de doute, la Koutla est un front des démocrates, cest-à-dire de tous ceux qui se sont battus pour la démocratie et qui font de la démocratie un projet de société. Ceux qui ne sont ni lun ni lautre, nont rien à y faire. Sur lautre volet de la question, "négocier avec le Palais" nest pas une fin en soi, mais linstrument dune politique, en loccurrence dun consensus historique majeur, qui a mis un terme à plusieurs décennies dhostilité réciproque stérile et
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dommageable. La Koutla, fondamentalement, réalise la dialectique de la stabilité par et pour le progrès. Cest pourquoi sa mission est non seulement inachevée, mais de plus, encore irremplaçable. Et nous ferons tout au PPS, pour la booster. Quant aux "alliances avec le PJD", les politiques à courte vue nont jamais constitué une stratégie sérieuse.
Il y a des voix qui appellent à la clarification du champ politique par un clivage gauche-droite. Se maintenir dans la Koutla, nest-ce pas un moyen de brouiller les cartes ?
Ce nest pas la Koutla qui brouille les cartes, mais les analyses à lemporte-pièce. Oui, il faut clarifier le champ politique et la Koutla na jamais été un bloc des gauches. Cest une coalition de démocrates. Minoritaire, la gauche a besoin dalliances crédibles, idem pour les démocrates nappartenant pas à la gauche.
La Koutla peut contribuer, par une réactivation de son action, à la dynamisation de la vie politique.
Le PPS a, en même temps un engagement avec le PSD et Al Ahd, et une envie de maintenir la Koutla en vie. Ne cherchez-vous pas à courir deux lièvres à la fois ?
Nous ne "courons pas deux lièvres en même temps", mais étant au cur de deux cercles concentriques - Koutla et Alliance Socialiste - nous y menons une action, non pas contradictoire mais complémentaire. Cest ce quon appelle la dynamique politique. À terme, les deux actions convergent.
Comment peuvent-elles converger si la Koutla nest pas forcément de gauche ?
Il faut prendre acte que la Koutla nest pas la gauche, parce quil y a lIstiqlal. Mais elle na pas fait pour autant du mauvais travail. La gauche est une démarche éthique particulière. Cest la mienne. Mais un front démocratique comme la Koutla a pu impulser une dynamique de changement importante. Et cela est indiscutable.
Votre alliance avec lUSFP et lIstiqlal se matérialise, théoriquement, au sein du gouvernement. À quoi bon la Koutla, à ce moment là ?
Notre alliance avec lUSFP et le PI dans la Koutla est structurelle, le gouvernement lui, est conjoncturel. La première est pérenne, la seconde est évolutive. Lanalyse politique des trois partis est identique dans la Koutla et le gouvernement : lintérêt du pays est que nous continuions à mener notre action réformatrice au sein dun gouvernement, certes de large coalition, mais qui, sous la direction du souverain, fait progresser le pays, malgré un environnement délétère. La Koutla peut et doit y jouer un rôle daiguillon pour éclairer les perspectives. |

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"Après les élections, elle a perdu toute crédibilité même au Palais"
La Koutla, en tant que "front de démocrates à l'exception de tous les autres", a vécu. Pourtant, on s'y accroche. Peut-elle encore servir pour négocier en force avec le Palais ou contrecarrer les islamistes ?
Si la Koutla a vécu, et elle a vécu, elle ne peut faire ni l'un ni l'autre. Au lendemain des élections, deux de ses composantes offraient un spectacle tellement pitoyable que la Koutla a perdu toute crédibilité, même aux yeux du Palais. Le roi a fini par nommer Jettou à la Primature. Et ce n'est certainement pas avec la position de Mr. Elyazghi qui "constate tous les jours une évolution chez (ses) frères du PJD" qu'il qualifie de "positive", ni avec un Tariq Ramada
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ramené en renfort par l'Istiqlal dans la villa de Allal El Fassi qu'on va contrer les formations "islamistes".
À la GSU, il y a une polémique interne sur l'opportunité de s'allier à la Koutla. Est-ce logique de courir deux lièvres à la fois, le G5 de la Gauche et la Koutla de l'ex-opposition ?
Le congrès de constitution de la GSU avait retenu un cadre global d'alliances possibles: la gauche (le G5), la Koutla et le bloc démocratique. Le champ politique a évolué et je pense que nous ne pouvons rester prisonniers ni de schémas classiques ("la gauche radicale"), ni de l'héritage historique de l'ex- OADP qui se heurte à une structure vide de sens, truffée de contradictions, d'esprit hégémonique et d'exclusion. Il y a deux innovations dans la démarche de la GSU : la reconnaissance des courants politiques et la notion de "bloc démocratique". L'une devrait déboucher sur la création d'un parti de gauche et non de bloc de gauches, et lautre sur le bloc démocratique qui devra intégrer dans un large front toutes les formations politiques qui partagent les valeurs de démocratie, d'état de droit, de justice sociale. C'est pourquoi je suis sceptique quant aux deux démarches (G5 et Koutla) qui, dans la réalité pratique, restent sans effets notables sinon en flagrante contradiction avec les principes et objectifs affichés (conflit au sein des syndicats, au sein de l'AMDH, au sein du FVJ.)
L'USFP fait le choix de la Koutla contre celui du front de gauche. Cela veut-il dire que les clivages gauche-droite ne sont pas suffisamment crédibles ou que l'union des contraires s'avère toujours utile ?
"D'abord, la Koutla, mais également et parallèlement, la gauche", disait Elyazghi. L'USFP aussi court deux ou trois lièvres comme l'Istiqlal et le PJD. Comme dans toute période de transition, les clivages classiques ne sont plus crédibles et ne traduisent plus la complexité du champ politique, renforcé en cela par le manque de démocratie interne, l'absence du respect de la différence et la prédominance de l'esprit hégémonique. N'oublions pas qu'hier encore Annahj avait considéré la constitution de la GSU comme une initiative de Driss Basri, que le vote de la GSU au Parlement s'apparente parfois au vote du PJD et que la monarchie a été, sur certaines positions, plus radicale que l'USFP.
L'Istiqlal s'accroche énormément à sa Koutla. Faute de pouvoir jouer à la locomotive de la droite, il préfère le front uni. La Koutla pourrait-elle contrebalancer les nouvelles alliances du PJD ?
"Sa Koutla" est concevable dans la perspective d'une recomposition du champ politique. Elle nest possible que sur de nouvelles bases, au-delà des rigidités de la prétendue légitimité historique qui reste entachée par la participation de l'Istiqlal aux gouvernements Ahmed Osman et Maâti Bouabid. |