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N° 130
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Images de harraga et de SDF

Quartier du Hafa (La Falaise),
Tanger, avril 2001
(Photo Othman Sihab)
Ce livre collectif est né de destins croisés. La photographe Yto Berrada, en contact avec l’association Darna, multipliait en 1998 les clichés sur cet espace que les jeunes voulaient fuir, Tanger. La journaliste Maxence Rifflet venait d’effectuer en 1997 un reportage sur les enfants qui ont échoué sans papiers au port de Marseille. Anaïss Masson, en contact avec l’association Jeunes errants, s’intéressait aux Africains, sans identité, sans visage. Les trois protagonistes ont ficelé leur projet : créer des ateliers photo au profit de jeunes, harraga potentiels à Tanger, et SDF désillusionnés à Marseille. Le but, les pousser à capter l’univers dans lequel ils évoluent et qu’ils appréhendent mal.
Le livre raconte les rencontres à Tanger et Marseille, les dialogues impromptus avec les jeunes, la tentation de ces derniers à se prendre en photo, au point de se brûler (h’rig symbolique), le désir de se repérer au-delà de leur quartier-ghetto, etc. Tout cela est agencé, de manière parallèle et bilingue, avec les photos et les phrases-choc des jeunes au milieu. Des clichés pris des deux bords est née une exposition, "Photographier un morceau de pain". Frustrant pour des jeunes qui "auraient aimé faire un film, raconter des histoires". D’où l’interview de Saïd qui raconte son parcours : le rêve de l’Eldorado, le deal de la drogue, le boulot de mécanicien, le statut de parrain de jeunes désemparés, etc. Tout cela sans pathos. Juste des points de vue qui différent, des impressions qui divergent et des destins qui bifurquent.

Fais un fils et jette-le à la mer, Y.B, A.M, M.R ; Éd. Sujet Objet



Parution : 2 livres pour 1 coup d’État

Fidèle à sa tradition de déterreur des années de plomb, Tarik Editions publie simultanément deux livres sur le coup d’État du Boeing, survenu le 16 août 1972. Outre les récits personnels sur Tazmamart, où chacun des officiers, à l’origine des ouvrages, a croupi, deux aspects inédits ressortent : les minutes de l’opération (lire TelQuel n°129) et le récit-combat des épouses, 18 années durant… La différence est que les mémoires de Salah et Aïda Hachad, émouvants et précis pour le reste, sont servis au lecteur dans le moule prosaïque, émotif d’Abdelhak Serhane. Le livre a l’allure d’un roman-document à voix multiples (outre la famille écartelée, il y a Mohamed, le geôlier et sauveur des emmurés de Tazmamart). Quant au récit-mémoire d’Ahmed El Ouafi, capitaine et agent de renseignement, et de sa femme Kali, il est écrit avec minutie et sans fioritures par François Trotet. Au final, cela donne un document à l’état brut. Pour l’histoire.

 
 
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