Cinéma marocain : De l'aide au prêt
Rétrospective : Il était une fois la presse
Troubles mentaux : Stop aux idées reçues !
N° 130
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Rétrospective : Il était une fois la presse
Troubles mentaux : Stop aux idées reçues !

Rétrospective : Il était une fois la presse

Al Mouharrir, Lamalif, Souffles, Anoual, 8 Mars, et bien d’autres sont autant de publications qui témoignent d’une époque aujourd’hui oubliée. Celle de la naissance d’une presse d’abord militante et partisane, puis petit à petit indépendante et "relativement" professionnelle. Dépoussiérage. Par Driss Bennani


La presse marocaine revient de loin. Complexe et tumultueuse, des pages entières de son histoire, pourtant récente, restent encore à écrire. Entre 1820, date de la parution du premier journal à Ceuta, le milieu des années 50 (qui marque l’âge d’or des premiers journaux marocains, essentiellement de gauche)
et aujourd’hui, l’intervalle est court.
A-t-on pour autant tiré les leçons de cette histoire, brève mais riche ? Jamais ou alors, pas assez. "Depuis plus de 40 ans, les mêmes erreurs (professionnalisme, déontologie, etc.) se répètent et l’histoire des médias ne semble interpeller ni n'intéresser personne", affirme non sans regret, Abdallah Stouky, journaliste et fondateur, entre autres, du journal Al Maghrib. L’exemple de la presse partisane est de loin le plus éloquent. Voici une presse qui n’a pas su capitaliser sur un bon départ et une crédibilité à toute épreuve pour se professionnaliser. Résultat aujourd’hui : elle est, en grande partie, marginalisée. Autre exemple, celui du code de la presse. À côté des lectures juridiques, une lecture historique ne serait pas de trop. Les restrictions de 1973 faisaient suite aux coups d’États contre le roi. Tout comme les dernières réformes qui sont venues en réponses aux événements du 16 mai.
Tout au long de ces cinquante dernières années, des dizaines (voire plus) de journaux sont nés, beaucoup ont péri. Faute de professionnalisme, de moyens, de liberté. Fatalement, cela continue.
Lorsqu’en 1956, le Maroc recouvre son indépendance, la presse se résume à quelques titres seulement. À côté des publications du groupe français MAS, il y avait Al Alam, journal du parti de l’Istiqlal, réapparu quelques mois avant l’indépendance et la presse communiste, clandestine et irrégulière. Petit à petit, les journaux marocains commencent à chasser les feuilles étrangères. Premier objectif : même si elle s’aligne sur les positions du sultan, en finir avec la presse MAS. En 1959, le parti de l’Istiqlal connaît sa première scission. La naissance de l’UNFP est accompagnée (le pack deviendra classique) par la création du journal porte-parole du parti, Attahrir. Avec Al Alam en face, les deux titres se livreront une guerre sans merci. À l’image de l’animosité entre les deux partis éditeurs.
Jusqu’en 1965, la presse de cette époque (d’autres journaux naîtront évidemment) étonnera par la virulence de ses propos. Sur la Une d’un ancien numéro du journal Addoustour (1963), on pouvait lire "non au retour du despotisme et de la féodalité". Sur d’autres éditoriaux, les auteurs critiquaient "la personnification de la monarchie" et la tenaient "responsable des inégalités qui existent dans la société". "Le début des années 60 avait quelque chose de magique. On sentait venir quelque chose, nous nous disions que le grand soir était pour le lendemain", témoigne un journaliste aujourd’hui sexagénaire.
Et le "grand soir" arriva. Un état d’exception qui sonne, très vite, le glas (le premier) de la presse partisane. Réduits au silence, de nombreux journaux seront interdits, suspendus, etc. Sont-ils allés trop vite ? Beaucoup le reconnaissent avec du recul aujourd’hui. La démarche frontale était également maladroite. En plus, explique Stouky, "ces journaux étaient gérés d'une main de fer par les partis". Manque de démocratie interne, des militants reconvertis dans le journalisme. Le tableau est classique.
Parallèlement, de nouvelles expériences, indépendantes, voient le jour. Lamalif, Souffles, Maghreb Informations pour ne citer que ceux là. La formule a fini par payer : des journaux de sensibilité, plutôt que des journaux partisans. "Nous avions une orientation nettement à gauche mais nous étions avant tout un journal", témoigne aujourd’hui Mohamed Jibril, journaliste à Lamalif.
Ce qui n’empêchera pas les nouveaux partis dits de l’administration d’accompagner leur création (dès 1975 avec le RNI) par la parution de leur journaux porte-paroles. Pour servir de canal de communication avec les bases, certes, mais aussi (et surtout ?) pour contrer la presse de gauche ou de sensibilité gauchiste. "C’était alors le jeu de la demi-mesure, des métaphores. Nous écrivions entre les lignes. L’expression, pas encore libre, était de nouveau permise", témoigne Najib Rfaif, qui a accompagné les débuts du journal Al Maghrib. Le début des années 70 allait connaître l’apparition de grandes plumes également. Beaucoup sont devenus patrons de presse par la suite.
Mais alors, question : si elle a constitué un enjeu aussi important, la presse marocaine de cette époque avait-elle un lectorat, un impact ? La réponse est oui, chiffres à l’appui. Avec des ventes plafonnant entre 8000 exemplaires par jour pour certains quotidiens et 12.000 pour un mensuel comme Lamalif, ces chiffres ont de quoi faire pâlir de jalousie de nombreuses publications aujourd’hui. L’explication est pourtant simple, explique Jamaâ Baida, historien : "La rareté des journaux à l’époque et leurs interdictions successives en faisaient un produit désiré. En plus, ils constituaient un réel moyen d’information face à une radio et une télévision vérouillées". Soit, mais comment parler d’impact dans une société analphabète (peut-être encore plus qu’aujourd’hui) ? La réponse est, encore une fois, historique. Jamaâ Baida explique que "du temps du protectorat, les colons remarquaient que des analphabètes achetaient régulièrement des journaux francophones. Ils allaient ensuite en faire une lecture collective dans les mosquées, et par la suite dans cafés et les endroits publics".
Que se serait-il passé maintenant si la presse s’était professionnalisée ? Aurait-elle eu plus d’impact et d’influence sur le cours des évènements au Maroc ? "La question de la professionnalisation ne se posait même pas", répond Stouky. Jusqu’au début des années 90, la presse a été uniquement militante. En plus, rajoute Rfaif, "la presse indépendante n’était pas un investissement viable à l’époque. Si le journal marchait, il risquait d’être récupéré".
Il aura fallu attendre les années 90 pour assister à la naissance de la première presse indépendante. À cette époque, les partis de l’opposition préparaient déjà leur entrée au gouvernement, et forcément, cela se ressentait au niveau de la virulence de leurs propos. C’est également vers la fin des années 90 qu’on assistera à la création des premières véritables (c’est relatif) entreprises de presse. En tout, on compte aujourd’hui au Maroc plus de 650 publications, tous genres confondus. Après la rareté, la profusion. Mais alors, quelle crédibilité ?



8 mars. Le joli ratage

Difficile de rester indifférent en parlant du mensuel 8 mars. Lancé en novembre 83 par la section féminine de l’OADP, le journal a opéré une véritable petite révolution dans la société. Premier journal thématique à poser la question de la femme sur un plan politique, 8 mars a réussi à faire ce qu’on appelle aujourd’hui avec du recul, "du féminisme subversif". "Une expérience gonflée", pour reprendre l’expression d’un grand journaliste marocain. Mais 8 mars a péché. Par romantisme militant, par manque de professionnalisme. "On ne fait pas un journal avec des idées et sans journalistes". Sur un tirage de 15.000, le journal revendiquait quand même 10.000 ventes.

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Al Moharrir. La légende

La presse USFP a traversé toutes les époques. Avec comme grandes escales, Attahrir, Al Mouharrir, Libération puis Al Ittihad Al Ichtiraki. Voix de la gauche socialiste, son histoire est à l’image de celle du parti et de sa relation avec le pouvoir. Tantôt révolutionnaire et donc combattue, tantôt conciliante parce qu'en tractation avec le Palais, la presse USFP a beaucoup perdu de son aura. Elle aura au moins eu le mérite de perdurer. Pendant les années noires (65–75), les journaux du parti ont été interdits. Des journaux de rechange les ont remplacés. Ar-raid, et grande curiosité, un journal qui porte le nom de Falastine.

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Souffles. Le manifeste

"Organe de la nouvelle génération poétique et littéraire". C’est ainsi que les promoteurs de la revue (trimestrielle) se définissaient eux-mêmes. À travers Souffles, c’est toute une partie du mouvement marxiste léniniste marocain qui pouvait s’exprimer "légalement". Créé début 1966 par Abdellatif Laabi. Jusqu’en 1969, Souffles sera une publication culturelle avant-gardiste. Elle devient bilingue (la partie arabophone s’appelait Anfass), puis bascule dans l’idéologie et la lutte politique pour devenir un véritable manifeste politique et culturel. En 1972, les arrestations épargnent très peu d’activistes marxistes léninistes. Laâbi sera incarcéré, ainsi que plusieurs collaborateurs de la revue, pour atteinte à la sûreté de l’État. Les autres, recherchés pour la plupart, seront condamnés à l’exil ou à la clandestinité. Fin d’une aventure.

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Lamalif. 22 ans, et puis s’en va

Revue mensuelle citée en exemple jusqu’au jour d’aujourd’hui. Créée au milieu des années 60 par le couple Loghlam, elle existera régulièrement jusqu’à la fin des années 80. Son astuce, un subtil dosage entre engagement et raison. Lamalif a été suffisamment à gauche pour être crédible, assez adroite pour ne pas être suspendue. En plus, sa diffusion était tolérable. "10.000 exemplaires, c’était le seuil critique. Dès que nous sommes passés à 12.000, nous avons commencé à subir les pressions", témoigne un journaliste. Lamalif, c’est aussi l’ouverture sur l’université. La revue comptait beaucoup d’universitaires parmi ses collaborateurs et puisait souvent dans les thèses et les travaux universitaires pour la rédaction de ses articles.

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Maghreb Informations. Le journal de sensibilité

Fruit d’une association, en 1966, entre l’UMT et le couple Loghlam (Zakya Daoud et son mari), le journal a pu garder une indépendance vis-à-vis du pouvoir. De grandes plumes sont passées par là. Hassan Benaddi, Zakya Daoud mais aussi des personnes comme Sail, Azoulay ou Iznassni. En 1975, le couple Loghlam cède ses parts (50%) et l’UMT hérite, seule, de l’organe de presse. Le numéro du 3 mars 1975 sera le dernier paru. Maghreb Informations avait commis l’irréparable : le journal avait omis le discours du trône de cette année. Le journal, somme toute, banal en apparence a réussi à fidéliser entre 8000 et 10 000 lecteurs. Explication : "Proche de l’UNFP et financé par l’UMT, le journal n’a adopté ni la langue de bois de la presse du parti ni la violence de ton du journal du syndicat", conclut une thèse consacrée à l’histoire de la presse de gauche.

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Anoual. Et l’OADP naquit !

Du nom de la célèbre bataille menée par Abdelkrim Khattabi en 1921 contre l’armée espagnole, le premier numéro d’Anoual est paru en 1979. D’abord mensuel, le journal passera en hebdomadaire dès 1982. Les ventes suivront. En moins de quatre ans, le tirage passera de 5000 à 20.000 exemplaires. Anoual, c’est en fait la continuation de la presse du mouvement 23 mars. Au fil des années, Anoual s’est distingué par ses reportages société concernant des sujets tabous comme la prostitution. Il deviendra par la suite comme "un des protagonistes du débat des idées de gauche au Maroc". La création de l’OADP en 1983 sera perçue comme la légalisation de l’équipe d’Anoual.
 
 
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