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N° 130
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est


"Derkaoui, il a dit à Tarantino et à Scorsese : vous n’y connaissez rien, je vais vous montrer"

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, pris d’une soif de culture subite, est allé voir le film de Mustapha Derkaoui, Casablanca Day Light. Zakaria Boualem est un grand consommateur de films marocains. Pour lui, il s’agit d’un engagement patriotique doublé d’une curiosité un peu malsaine. Il se dit que si le film est mauvais, il pourra toujours essayer de reconnaître les rues, les figurants. Ou rigoler un bon coup en déchiffrant la langue étrange dans laquelle parlent les acteurs, tenter de trouver un lien entre les dialogues et les sous-titres. Bref, on ne s’ennuie pas dans un film marocain… Reste enfin la possibilité que le film soit bon. Mathématiquement, elle n’est pas nulle…
Dans ce cas précis, il n’est même pas possible de parler de mauvais film, ni même de film. Pour reprendre les mots de Zakaria Boualem, "Derkaoui, il a dit à Tarantino et à Scorsese : vous n’y connaissez rien, je vais vous montrer". Et il a montré ce qu’il savait faire. Nariiii… Voici donc, cher lecteur, le film raconté par Zakaria Boualem.
"Il y a un jeune qui a des posters de groupes de musique dans sa chambre, et il met des bracelets en cuir cloutés. Il est témoin d’un meurtre, alors la police vient l’interroger. Soudain, il fait un exposé sur le satanisme à l’école. Mais c’est normal, parce qu’il n’a pas de père, sa mère, elle est un peu prostituée de luxe et ils ont beaucoup d’argent. Il a même Internet dans sa chambre
et il s’est fait voler sa moto. C’est comme ça qu’on devient peut-être sataniste, à cause d’Internet. Mais quand même, il est gentil parce qu’on le voit un moment offrir un sandwich à un mendiant boiteux qui, en fait, n’était pas boiteux. Le derri fel film, il s’appelle Zir, et il a une copine qui s’appelle Kelthoum. Elle aussi, elle est un peu prostituée et elle est un peu enceinte. On le comprend parce qu’elle passe son temps à vomir dans le film. Elle, elle rencontre un chanteur de raï qui s’appelle Cheb Nawfal et elle se met à chanter avec lui dans une salle qui est tenue par un gérant travesti. Soudain, il y a un nain. Il y a toujours un nain dans les films marocains, il doit y avoir des quotas. Zir, il a une répétition à sept heures, et il veut pas être en retard. Quand il arrive, on remarque que c’est en fait un concert qui a lieu dans le parking de Mégarama où un groupe mime de la musique sur fond de Pet Shop Boys. Ils s’arrêtent net parce qu’ils ont appris que la police a arrêté un certain Mounaim qu’on ne verra jamais. Bon, Zir aussi il est arrêté et on l’accuse de satanisme. Devant le juge, il fait une tirade digne de Che Guevara en arabe classique, où il accuse le juge d’avoir vendu l’eau et l’électricité aux étrangers et le téléphone aux Espagnols. Selon Zir, il va être puni pour ça. Le juge, il le prend mal, mais il n’a encore rien vu puisque Zir il lui demande s’il est capable de lui expliquer Sourate Al Falaq. Après, on voit Zir en prison et ils le mettent dans une cellule pleine d’islamistes. Il se fait violer sous les yeux tranquilles d’un amir barbu. Donc, Zir il devient islamiste, ça doit être comme ca qu’ils se reproduisent. Avec tout ça, on n’a toujours pas eu l’explication de Sourate Al Falaq… Au fait, de temps en temps, on voit un moustachu qui s’appelle Sardi et qui passe son film à danser dans les bordels avec une femme qui, elle aussi, est un peu prostituée. Un moment, ils sont dans un bordel où il y a un gnaoui qui joue du guembri, et un travesti qui veut avoir des relations sexuelles avec Zir. Ce travesti, c’est pas le gérant de la boîte de raï, c’est un autre. Finalement, c’est Sardi qui l’embarquera avec trois autres prostituées. Il est fort, ce Sardi…
Quand Zir sort, il atterrit dans un camp d’entraînement de barbus avec son pote le chanteur du groupe qui répétait au Megarama et qui, maintenant, avale du karkoubi par poignées entières. Ils s’entraînent dur, déguisés en marines. Ils vont dans une grotte, aussi, et ils préparent des bombes pour exploser le diamant vert, la boîte de l’Idou Anfa. Mais, en fait, c’est eux qui vont exploser parce que Zir, ils les a fait exploser avant qu’ils aillent en ville. On voit la tête de Zir détachée de son corps et un bout de bras, mais c’est pas dégoûtant, puisqu’on dirait un jeu vidéo. Il est sympa Derkaoui, il veut pas nous choquer… Voilà, c’est la fin du film. Au fait, la moto de Zir, c’est un copain à Kelthoum qui l’a volée et il était prêt à la lui rendre. On le sait, parce que c’est un type avec une cagoule qui l’a dit, vers le milieu du film."

 
 
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