Smyet Bak ?
Jaâfar Laraki Bermak.
Cest dégoulinant de snobisme tout ça !
Non, du tout. Bermak, cest son surnom. Cest une expression marocaine qui veut dire Seigneur, qui désigne quelquun de bon vivant. Mon père la été. Il a toujours aimé croquer la vie à pleines dents.
Sinon, la maman ?
Fatna Debbagh. Elle est issue dune famille de saints. Des descendants de Moulay Driss.
Et vous, vous avez hérité de la joie de vivre du papa ou de la sainteté de la maman ?
Un peu des deux. Autour de moi, on dit que je ressemble plus à mon père, mais je vénère ma mère. Elle a été une véritable soufie, elle avait sa baraka.
Nimirou dla carte ?
D 11 23 14.
Vous co-produisez un long-métrage sur laffaire Ben Barka, après un premier film sur les années de plomb. Cest bizarre, mais on ne vous connaissait pas cette fibre politique ?
En France, pourtant, jai été un militant très engagé.
Ah, le scoop !
Non. Cest mon passé et je ne suis pas obligé de le partager ni de le vanter. Jai été dans plusieurs mouvements, même clandestins.
Ah bon, lesquels ?
Celui du "23 mars", par exemple. Lessentiel, cest que nous avions une réelle conscience politique. Avec le temps, je me suis assagi. Ce qui représente une évolution historique logique. Je suis issu dun milieu bourgeois où jai été élevé dans un esprit critique et batailleur. Mon père a été résistant
Résistant ou bon vivant, décidez vous !
Quand on aime la vie, on ne veut pas la perdre. Mon père ne voulait pas avoir de maîtres. Il a toujours voulu vivre dans la dignité.
En cinq ans, vous avez produit cinq films. Cest parce que vous êtes le plus entreprenant ou le plus friqué ?
Il n'y a pas de production sans argent. Sauf que mon argent vient du cinéma et des autres activités (spots, etc) que je fais. Je vis de mon travail. Mon relationnel maide également beaucoup pour avoir de nombreuses facilités.
En co-produisant un film sur laffaire Ben Barka, vous avez au moins conscience de ce que représente le bonhomme ? Cest le dernier secret dÉtat en France !
Je suis dabord tombé fou amoureux du scénario. Jai aimé son côté thriller avec, en toile de fond, laffaire Ben Barka. Jai beaucoup de respect pour cette période, Ben Barka a été un internationaliste, un avant-gardiste hors normes. Il nappartient à personne, il fait partie du patrimoine mondial. Son combat et son aura ont dépassé nos frontières. Personne ne peut saccaparer Ben Barka.
Depuis quand pensez-vous cela de lui ?
Depuis toujours. Noubliez pas quil a été assassiné avec la collaboration des services de plusieurs pays. Tous se sont unis contre lui. Il était un mobilisateur didées nouvelles, qui était devenu dangereux.
Vous avez commencé vos études de cinéma en cachette. Ce nest pas digne dun fils de grande famille fassie de faire du cinéma ?
Pas en cachette, mais disons que ça a été tacite au départ. De plus, je ne me suis jamais considéré comme Fassi.
Mais ce nest pas si grave, vous savez !
Je ne me reconnais pas dans ce régionalisme. Qui plus est, jai grandi à Meknès.
Cela vous dérange quon vous traite de bourgeois ?
Ça dépend de ce quon entend par bourgeois. Je ne crois pas lêtre dans mes manières. Maintenant, je suis fier de ce que je suis aujourdhui. Je gagne bien ma vie. Tout ce que je gagne, je le dépense pour ma famille, mes enfants et les gens que jaime. Je suis un épicurien.
Les spots sida, cest vous ?
Tout à fait.
Et vous en êtes fier ?
Oui, cest une première et je je suis content d'y collaborer.
Et le préservatif, on le verra quand ?
Bientôt. Cest la deuxième phase. Le ministre sy est personnellement engagé.
Heureusement quil na pas changé, alors !
Oui, en plus, il fait du bon boulot. |