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N° 131
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

"Bientôt, des préservatifs à la télé"

Abdelhay Laraki,
réalisateur-producteur
Antécédents

    1959 : Naissance à Fès
    1981 : Doctorat en cinéma à la Sorbonne
    1990 : Crée Casablanca Productions
    2001 : Réalise Mona Saber
    2004 : Co-produit Confessions d’un voyou, j’ai vu tuer Ben Barka

Smyet Bak ?
Jaâfar Laraki Bermak.

C’est dégoulinant de snobisme tout ça !
Non, du tout. Bermak, c’est son surnom. C’est une expression marocaine qui veut dire Seigneur, qui désigne quelqu’un de bon vivant. Mon père l’a été. Il a toujours aimé croquer la vie à pleines dents.

Sinon, la maman ?
Fatna Debbagh. Elle est issue d’une famille de saints. Des descendants de Moulay Driss.

Et vous, vous avez hérité de la joie de vivre du papa ou de la sainteté de la maman ?
Un peu des deux. Autour de moi, on dit que je ressemble plus à mon père, mais je vénère ma mère. Elle a été une véritable soufie, elle avait sa baraka.

Nimirou d’la carte ?
D 11 23 14.

Vous co-produisez un long-métrage sur l’affaire Ben Barka, après un premier film sur les années de plomb. C’est bizarre, mais on ne vous connaissait pas cette fibre politique ?
En France, pourtant, j’ai été un militant très engagé.

Ah, le scoop !
Non. C’est mon passé et je ne suis pas obligé de le partager ni de le vanter. J’ai été dans plusieurs mouvements, même clandestins.

Ah bon, lesquels ?
Celui du "23 mars", par exemple. L’essentiel, c’est que nous avions une réelle conscience politique. Avec le temps, je me suis assagi. Ce qui représente une évolution historique logique. Je suis issu d’un milieu bourgeois où j’ai été élevé dans un esprit critique et batailleur. Mon père a été résistant…

Résistant ou bon vivant, décidez vous !
Quand on aime la vie, on ne veut pas la perdre. Mon père ne voulait pas avoir de maîtres. Il a toujours voulu vivre dans la dignité.

En cinq ans, vous avez produit cinq films. C’est parce que vous êtes le plus entreprenant ou le plus friqué ?
Il n'y a pas de production sans argent. Sauf que mon argent vient du cinéma et des autres activités (spots, etc) que je fais. Je vis de mon travail. Mon relationnel m’aide également beaucoup pour avoir de nombreuses facilités.

En co-produisant un film sur l’affaire Ben Barka, vous avez au moins conscience de ce que représente le bonhomme ? C’est le dernier secret d’État en France !
Je suis d’abord tombé fou amoureux du scénario. J’ai aimé son côté thriller avec, en toile de fond, l’affaire Ben Barka. J’ai beaucoup de respect pour cette période, Ben Barka a été un internationaliste, un avant-gardiste hors normes. Il n’appartient à personne, il fait partie du patrimoine mondial. Son combat et son aura ont dépassé nos frontières. Personne ne peut s’accaparer Ben Barka.

Depuis quand pensez-vous cela de lui ?
Depuis toujours. N’oubliez pas qu’il a été assassiné avec la collaboration des services de plusieurs pays. Tous se sont unis contre lui. Il était un mobilisateur d’idées nouvelles, qui était devenu dangereux.

Vous avez commencé vos études de cinéma en cachette. Ce n’est pas digne d’un fils de grande famille fassie de faire du cinéma ?
Pas en cachette, mais disons que ça a été tacite au départ. De plus, je ne me suis jamais considéré comme Fassi.

Mais ce n’est pas si grave, vous savez !
Je ne me reconnais pas dans ce régionalisme. Qui plus est, j’ai grandi à Meknès.

Cela vous dérange qu’on vous traite de bourgeois ?
Ça dépend de ce qu’on entend par bourgeois. Je ne crois pas l’être dans mes manières. Maintenant, je suis fier de ce que je suis aujourd’hui. Je gagne bien ma vie. Tout ce que je gagne, je le dépense pour ma famille, mes enfants et les gens que j’aime. Je suis un épicurien.

Les spots sida, c’est vous ?
Tout à fait.

Et vous en êtes fier ?
Oui, c’est une première et je je suis content d'y collaborer.

Et le préservatif, on le verra quand ?
Bientôt. C’est la deuxième phase. Le ministre s’y est personnellement engagé.

Heureusement qu’il n’a pas changé, alors !
Oui, en plus, il fait du bon boulot.

 
 
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