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N° 131
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est


"J’étais tranquille, ma biya ma aliya, et vous m’avez fait un faux cadeau qui se retourne contre moi"

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Le portable de Zakaria Boualem émet un petit gémissement pervers, signe qu’un message vient de lui parvenir. Il s’empare de son appareil et découvre, stupéfait, que Méditel a décidé de lui offrir des heures de communication gratuites vers l’étranger. Oui, Zakaria Boualem est un abonné Méditel. Lorsque la marque rouge a ouvert ses portes en avril 2002, notre homme n’a pas hésité une seconde. Il a foncé et s’est abonné, il a pris sa revanche sur Maroc Telecom, sur les heures passées dans son enfance à attendre qu’on connecte son foyer au réseau fixe. Une revanche également sur une institution qui, six mois encore avant l’ouverture de la concurrence, s’amusait en toute impunité à facturer la mise en service à 800 DH et la minute de communication à 5 DH. Grâce à Méditel, Maroc Telecom est revenu à des prix plus raisonnables. Louable, mais insuffisant pour éteindre le désir de revanche du Guercifi, dont on connaît la rancune légendaire. Et voici que, par ce petit cadeau, Méditel vient récompenser la fidélité de Zakaria Boualem. Ému mais pas dupe, il décroche son téléphone pour vérifier l’information.
- "MasaalkhairMoncefikhidmatikoumMoncefavotreservice"
- "Bonjour, je viens de recevoir un SMS qui me dit que j’ai droit à 4 heures gratuites vers l’international. C’est vrai ou c’est une blague ?"
Moncefavotreservice lui explique que oui, Zakaria Boualem peut
téléphoner à l’étranger à partir de 20 heures en toute impunité, et que c’est un cadeau de Méditel et que masalakhair et tout et tout. Heureux, notre homme se déchaîne. Il appelle tous les soirs, à partir de 20 heures cinq, tous ses amis d’enfance installés à l’étranger. Et ça fait beaucoup de monde, à peu près tout Guercif, en fait… Il leur demande des nouvelles, s’inquiète de leur santé, leur raconte sa vie, leur détaille but par but le parcours des Lions en Tunisie, explique la mode été 2004 pour les strings du Mâarif, etc.
Grâce à cette action de communication d’envergure, sa côte de popularité grimpe en flèche auprès de notre communauté de MRE. Chez Méditel aussi, puisque la facture qui suit ce délire téléphonique s’élève à 1846 DH, dont 1352 DH vers l’international. Fou de rage, il appelle Méditel et demande à parler à Moncef. On lui explique que Moncef est un concept, et que tout le monde peut le renseigner. Le "tout le monde" en question qui, cette fois, s’appelle "Saidavotreservice" trouve la facture de Zakaria Boualem normale, puisque qu’il fallait appeler des numéros fixes francais et non pas des portables, et que donc il doit payer.
Zakaria Boualem se met à grogner, geindre, supplier un Saidavotreservice implacable : "Mais vous m’avez pas prévenu avant, vous me l’avez pas dit ! Je vous avais rien demandé, j’étais tranquille, ma biya ma aliya, et vous m’avez fait un faux cadeau qui se retourne contre moi !". De rage, il décide de résilier son abonnement et d’aller chez Maroc Telecom. Sur place, il explique qu’il veut s’abonner. Mais qu’il ne veut pas payer par prélèvement, puisqu’il se méfie encore des nouveaux convertis au service clientèle. D’ailleurs, comment peut-on faire confiance à une entreprise qui, en six ans, a changé deux fois de noms, espérant brouiller les pistes ? L’homme qui l’accueille est poli. Derrière son sourire, on sent un ancien moustachu. Il lui tend un formulaire intitulé "autorisation de prélèvement". Zakaria Boualem répète qu’il ne veut pas de prélèvement. Le moustachu repenti lui répond qu’il faut quand même remplir le papier et que d’ailleurs, pour le prélèvement, il faut attendre trois mois.
- "Autrement dit, vous me demandez de vous autoriser à prélever sur mon compte, alors que je ne veux pas et que vous n’êtes pas capable de le faire ?".
- "Oui, et il faut la carte nationale et une autre pièce d’identité, un chèque, un relevé d’eau et d’électricité et…"
L’homme s’emballe, retrouve ses anciens réflexes. Zakaria Boualem réalise que la moustache n’a pas disparu, elle lui pousse à l’intérieur de la tête, sous la lèvre supérieure, et on ne peut pas la raser.
Il renonce à Maroc Telecom. Il a trop de fierté pour retourner chez Méditel. Il est perdu. Il rentre chez lui, coupé du monde extérieur, et attend l’euro de pied ferme.

 
 
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