Attention, parti méchant !
(Bientôt, tous les flics du royaume réunis n'y pourront rien)
"On ferme les mosquées pour ouvrir les bars", claironne le quotidien islamiste Attajdid en Une. Et d'exciter la population en rapportant des "vagues de colère" submergeant les habitants de Khouribga, après la fermeture de mosquées clandestines
"Désinformation et règlement de comptes !", hurle encore Attajdid, encore en Une, suite à la diffusion sur 2M d'un excellent tahqiq sur les sources du terrorisme. Et d'ouvrir ses colonnes à un obscur prof d'éducation islamique d'Errachidia "lésé par l'émission", accusant tout ce qui bouge de perversion sexuelle
"Aucune Marocaine ne s'est mariée sans tuteur depuis l'instauration de la nouvelle Moudawana". Cette fois, le titre est plus modeste, l'article se voulant analytique. L'idée n'en est pas moins limpide : transformer la très compréhensible résistance traditionnelle au changement en refus idéologique de masse.
Tout ça est bien réglé, progressif, insidieux
Mais parfois, la machine s'emballe. Sous le double titre "assécher la source du sida" et "ensemble pour la moralisation de nos villes touristiques", un autre article s'indigne de la nudité sur les plages et appelle, tenez-vous bien, "à renforcer le rôle de la police des murs, à l'instar de ce qui se fait dans certains pays frères". L'Égypte, par exemple, où les femmes ne vont plus à la plage qu'en abaya. Ou l'Iran, pourquoi pas ?
La semaine dernière, quand Ahmed Raïssouni diabolisait les festivals de musique en les accusant d'introduire dans la société "les boissons alcoolisées, la drogue, la danse, l'adultère, l'homosexualité et la perversion sexuelle et intellectuelle" (notez que la danse est mise sur le même plan que le reste), Saâdeddine Othmani, le secrétaire général du PJD, s'était dépêché d'affirmer qu'il n'était "pas concerné par les déclarations de Raissouni". Mais il ne l'a pas exclu pour autant, car Raïssouni dispose toujours de sa carte du parti. Et personne ne songe à la lui enlever.
Le double langage est un mode de fonctionnement, chez le PJD. Dans une partition bien travaillée, la direction générale rassure le pouvoir, tandis que les vrais-faux parias excitent le peuple et que la presse amplifie le message. Ces gens-là sont dangereux, et ils se frayent lentement un chemin vers le pouvoir. Une fois qu'ils y seront, l'hypothèse la plus optimiste consiste à penser qu'ils se laisseront corrompre par les honneurs, comme tous les autres. Peut-être. Mais la masse aura déjà été chauffée à blanc. Jusqu'à présent, l'État n'a su y faire face que par la méthode Laânigri. Il faudra trouver autre chose et vite. Ils progressent et, démographiquement parlant, ils sont déjà en surnombre. Bientôt, tous les flics du royaume réunis n'y pourront rien. Et nous n'aurons plus que nos yeux pour pleurer. |