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N° 133
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Un PEN club marocain

(Photo DR)
La naissance du PEN Club marocain s’est faite sans fanfare et dans une ambiance plutôt solennelle, le mercredi soir à la MAP. Entre le président, Abdelkébir Khatibi qui déclare "vouloir être prudent", le secrétaire général, Med Mustapha Kabbaj qui dit "vouloir avancer sans faire trop de bruit", l’association annonce d’emblée une discrétion excessive. Troublant, d’autant que l’une des missions premières de cette singulière chapelle internationale des écrivains (créée en 1921) est de faire du plaidoyer pour "défendre la libre circulation des idées entre toutes les nations" et "s’opposer à toute restriction de la liberté d’expression dans son propre pays". Gage de modération, un
représentant du CCDH était de la partie et a même lu un message de circonstance. Faisant montre de cohérence, Kabbaj a même expliqué que notre PEN national fera le tri "entre les bonnes et les mauvaises requêtes d’écrivains envoyées au PEN international". Mis à part ce rôle d’intermédiaire vigilant, le souci majeur du bureau mis en place par les 21 écrivains fondateurs du PEN marocain, comme le démontre le discours lisse de Khatibi, est de mieux inscrire la littérature marocaine dans la dynamique, technique, intellectuelle et culturelle, stimulée par la mondialisation. D’où la volonté de membres, comme le poète Abdelmajid Benjelloun, d’ouvrir des chantiers pour la traduction, le débat littéraire et l’incitation à la lecture de belles œuvres. Avec des initiateurs, bilingues, déjà disséminés dans l’Union des écrivains du Maroc (Hassan Nejmi) et la Maison de la poésie (Mohamed Bennis, Mustapha Nissaboury) et autres électrons libres (Rajae Benchemsi) ou autres auteurs en lien avec l’édition (Rita El Khayat), ce nouveau-né peut soit s’enliser comme ses aînés locaux, soit s’illustrer par des actions concrètes qui désenclaveraient le Maroc littéraire. Tout dépendra de l’élan qui va être pris d’emblée. Durant la première année, l’association-mère ne déboursera pas d’argent en faveur de cette nouvelle branche. D’où le réflexe - est-ce le bon ? - de Khatibi & co d’aller voir du côté du ministère de la Culture. Serait-ce un gage d’indépendance pour une organisation "non politicienne" ?


Parution : À la recherche de mes aïeux, les colons

"Moi, Lancelot, fils de salaud, je me place du côté de ceux qui veulent savoir". Ce roman de Gérard Alle a bizarrement une double tonalité. La première, désinvolte, à la limite du cynique, sert à présenter le narrateur, Lancelot, un orphelin intégral, décalé et curieux. La seconde nous plonge dans le Sud berbère marocain, au temps où les archéologues venaient explorer le monde secret des Ida Ou Tanan. Dans l’intervalle, on y lit une recherche d’identité, de fils de colon.

La fugue de l’escargot, Gérard Alle, Éd. Les contre-bandiers



Poésie : Le corps du plaisir verbal

Le poète, Mohamed Loakira, prolixe et exigeant à la fois, renoue avec sa forme favorite : le long poème, qu’on traverse comme un corps ondulant, comme un plaisir renouvelé, comme une marée de sensations, entrecoupée par des clins d’œil, suffisamment délicats pour dévoiler que le propos est à mi-chemin entre l’érotique et l’esthétique, jonché de jeux de mots, qui évoquent l’étendue de la mémoire et l’instantanéité du plaisir. Le tout constitue un beau chapelet qui raconte l’histoire d’un contre-jour, nullement éblouissant qu’on aimerait tellement faire durer.

Contre-jour, Mohamed Loakira, Éd. Marsam

 
 
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