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N° 133
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ariane Mélazzini

Irak : L'impossible souveraineté

(Photo AFP)
Dans 4 jours, les Irakiens récupèreront ce qu’il reste de leur pays : une plaie béante aux incalculables effets secondaires. El les américains sont toujours là.


Plus l’échéance se fait pressante, plus le transfert de souveraineté aux Irakiens prend des airs de mission impossible. Le rapport de forces entre les terroristes "résistants" et les forces d’occupation n’a jamais été autant régi par la loi du talion. Pas moins de 3 décapitations de ressortissants étrangers en 1 mois, renvoyées par le réseau al qaïdien d’Al-Zarqaoui à la
face des dirigeants américains. À Fallouja, dans son fief, Zarqaoui apporte tous les jours son lot de violences et d’explosions au passage de convois américains. Il n’a pas perdu une minute non plus pour proférer des menaces de mort à l’encontre du Premier ministre irakien Iyad Allaoui, accusé d’être à la botte des USA. Pendant ce temps, Washington s’organise, annonce en grande pompe le 23 juin la nomination de son nouvel ambassadeur en Irak, John Negroponte, ambassadeur américain à l’ONU depuis 2001, qui remplacera Paul Bremer le 30 juin. Ce diplomate controversé de 64 ans, artisan de la protection rapprochée états-unienne envers Israël à l'ONU, sera ainsi à la tête de l’une des plus grosses ambassades américaines du monde, avec 1700 salariés. Reclassé en Irak, il promet d’orienter les événements dans "la bonne direction"… Hum…

Et l'onu dans tout ça ?
Après le vote de la résolution 1546 le 8 juin dernier à l’ONU, les troupes américano-britanniques - dites "forces multinationales à partir du 30 juin - devront se référer à la loi internationale, elle-même placée sous l’autorité du gouvernement irakien. Dans les textes, la position est claire, mais dans les faits, l’ONU ne peut encore prédire son vrai rôle, tant la situation en Irak s’enflamme de jour en jour. Kofi Annan, lui, se révèle bien décidé à ne rien lâcher à l’administration Bush au sein du Conseil de sécurité, ainsi qu’il l’a prouvé cette semaine à l’occasion du vote contre le droit d’impunité des ressortissants américains devant la Cour pénale internationale. Quant au rôle de l’OTAN, ses dirigeants apparaissent si divisés qu’un sommet s’est imposé… 2 jours avant le transfert de souveraineté, les 28 et 29 juin, à Istanbul. La France et l’Allemagne restent les plus féroces opposants à une demande masquée de Bush de voir l’Alliance - dont 16 des 26 pays sont déjà au front - envoyer de nouvelles troupes. C’est donc par le Premier ministre irakien, Iyad Allaoui, que la requête est passée jeudi dernier sous la forme d’une assistance pour l’entraînement de l’armée du nouveau gouvernement. Tout sera discuté pendant le sommet, a-t-on répliqué à l’OTAN. Reste une question encore jamais abordée publiquement, celle du pétrole. Car ce n’est un secret pour personne, surtout depuis que les langues se délient au pays de l’Oncle Sam, "les États-Unis ont toujours voulu installer un gouvernement pro-américain pour garantir une source d’approvisionnement en pétrole", révèle R. Clarke, l’ancien chef de l’anti-terrorisme à la Maison-Blanche. Alors que les cours et les oléoducs flambent, il serait temps que l’un des volets essentiels de cette guerre contre la 3e réserve pétrolière du monde soit enfin mis au clair.


Proche-Orient : L’Égypte et la Jordanie sur les rangs

Décidément, le plan de retrait de la Bande de Gaza annoncé par Ariel Sharon réveille le ballet diplomatique de la région. Et les États-Unis ne semblent pas y être étrangers. En effet, William Burns, le représentant américain de l’ONU en charge du Proche-Orient, avait rencontré le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Maher, avant l’entrevue de ce dernier avec Yasser Arafat. Des discussions qui ont abouti sur l'assistance sous forme d'aide technique et non sous forme d'engagement de forces égyptiennes. Prévu en mars 2005, le retrait israélien serait accompagné par l’envoi de 150 à 200 officiers de police égyptiens pour entraîner une force palestinienne de 30.000 policiers, chargée de maintenir l'ordre. Le Quartet (USA, ONU, Union européenne, Russie) sur le Proche-Orient, qui cherche à empêcher tout chaos dans cette zone, s’est réuni le 24 juin en Égypte et a apporté son soutien à l'initiative du Caire. La Jordanie s’est, elle aussi, dite prête à suivre le mouvement. Peut-être l’annonce d’un règlement du conflit à venir, alors que le ministre palestinien chargé des négociations, Saëb Erakat, plaide pour "des élections majeures dans moins de six mois".


Londres-Téhéran : Chaud devant !

Le pire a été évité de justesse entre les diplomates anglais et iraniens. Les 8 soldats capturés sur le fleuve frontalier avec l’Irak, Chatt al-Arab, le 21 juin ont finalement été libérés après d’intenses négociations - restées secrètes - le 24 juin. Quant aux raisons d’un tel acharnement des Gardiens de la Révolution iraniens, elles pourraient être liées au dossier ultrasensible du nucléaire iranien, contre lequel Londres s’est vivement engagé, ou à la situation très tendue chez son voisin irakien. Un avertissement qui en dit long sur les positions iraniennes, à prendre très au sérieux par la coalition...


Arabie saoudite : Une amnistie pour la forme ?

Le roi Fahd d’Arabie saoudite tente de sortir du piège terroriste qui enflamme le royaume. Les attaques se sont intensifiées et la nomination d’un ancien policier à la tête du réseau saoudien d’Al Qaïda, Saleh Mohammad Al-Oufi faisait craindre de dangereuses infiltrations. Pour enrayer la crise, le roi propose donc une amnistie limitée pour les militants islamistes qui se rendront aux autorités au mois de juillet, et qui échapperont ainsi à la peine de mort, mais pas à la justice si leurs actes ont fait des victimes. Une bien cordiale intimidation au final.

 
 
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