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N° 135
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Rapport du FMI. "Ne comptez plus sur les privatisations !"

Rodrigo Rato,
directeur général du FMI (Photo AFP)
Dans son dernier rapport sur le Maroc, le FMI soulève des interrogations au sujet des régimes de retraite et de la réforme fiscale. Globalement, le pays s’en sort bien, mais en l’absence des privatisations, il sera dans de mauvais draps.


Lundi 5 juillet, la CGEM a tenu une réunion avec les représentants du FMI. Ces derniers étaient animés par le désir de sonder la confédération patronale sur l’environnement des affaires et les finances de l’Etat. "La rencontre avec la CGEM laisse présager une autre étude sur le pays", projette un
opérateur économique.
Le FMI vient en effet de rendre public son dernier rapport sur le Maroc. Le rapport porte sur les finances de l’Etat et sur les perspectives de réduction du déficit fiscal et budgétaire. L’institution financière a passé en revue les scénarii possibles pour améliorer les fondamentaux du pays. Bien que les auteurs du rapport encouragent les efforts du Maroc pour la réalisation des réformes et les plans de développement mis en place, ils ne cachent pas pour autant leur inquiétude. Ainsi, ils reconnaissent que la situation financière du pays est forte en 2003. Une inflation maîtrisée, une croissance dépassant 3% et le ratio de la dette publique par rapport au PIB est en recul. De même, ils notent dans l’introduction du rapport que le gouvernement table sur deux effets de levier. Le premier repose sur l’amélioration de la position fiscale. Le deuxième vise la poursuite des réformes pour renforcer l’investissement privé et augmenter la productivité de l’économie. Côté recettes fiscales, le rapport note que le déficit s’établit à 5,5% du PIB. Le financement de ce déficit a été assez aisé car la conjoncture a été favorable. Deux éléments ont permis cette aisance : il s’agit de la manne des privatisations et de la sur-liquidité du marché. Il n’en demeure pas moins que les experts du FMI soulignent clairement que ces efforts sont insuffisants. Pour eux, le déficit fiscal projeté par le gouvernement en 2004 est de 5,4% du PIB, soit presque au même niveau que l’année d’avant. L’intervention du fonds Hassan II devrait, selon les arguments des autorités marocaines, baisser le déficit à 4,6%. Mais les experts du FMI estiment que les mesures inscrites dans l’agenda financier du gouvernement ne lui permettent pas de réduire cette tendance. Ces mesures concernent en premier lieu le plan des départs volontaires adopté par l’administration et l’engagement financier qu’il nécessite. Ensuite vient la situation délicate des caisses de retraite. Déjà, pour l’année 2004, le FMI craint la non matérialisation des privatisations prévues. Les experts semblent garder en esprit le programme affiché pour 2003 et qui n’a pas été réalisé. Plus de 12 milliards de DH n’ont pas été comptabilisés, car les grosses opérations de privatisation ont été repoussées. L’introduction de la BCP en bourse la semaine dernière devrait en principe apaiser cette crainte. Le transfert de 16% du capital de Maroc Telecom finira par convaincre les experts du FMI. D’ici-là, le doute est permis.
De même, les autorités promettent à leurs bailleurs de fonds d’augmenter la collecte fiscale et de renforcer le contrôle. Ce qui laisse présager un durcissement du traitement fiscal dans les mois à venir. En outre, le rapport du FMI soulève une autre interrogation. Selon ses rédacteurs, le budget potentiel induit par le séisme d’Al Hoceima n’est pas encore connu. Cela est probablement dû au fait que le rapport a été achevé en avril dernier, soit quelques jours avant que le gouvernement n’aboutisse à sa stratégie de reconstruction de la ville sinistrée.

Bye bye privat !
Par ailleurs, les projections présentées par le gouvernement et analysées par le FMI, arrêtent les effets des privatisations à court terme. Si toutes les opérations prévues pour cette année sont réalisées, les recettes des transferts des entreprises publiques devraient en principe connaître une chute vertigineuse. Elles passeront de 2,7% du PIB en 2004 à 0,8% en 2005 et poursuivront une tendance baissière jusqu’à se stabiliser à 0,3% en 2009. En face, la croissance aura une moyenne sur cinq ans ne dépassant guère 4,2% avec un pic à 5,5% en 2009. Ce qui hisse le PIB à 71,3 milliards de dollars en 2009. La dette extérieure poursuivra sa tendance baissière. Le service de la dette extérieure passera sous la barre de 30% du PIB en 2005 et sera à 22% en 2009. Ce scénario ne doit pas être pris dans l’absolu. Le rapport l’insère dans le cadre d’une politique d’ajustement. Celle-ci nécessite en premier lieu la réduction du train d’endettement de l’Etat. "Les ressources prélevées sur le marché intérieur doivent en principe être réservées à l’investissement privé", notent les rédacteurs du rapport. Ce virage ne peut être pris que si le système fiscal permet à l’Etat de s’autofinancer sans peser sur le secteur privé. D’ailleurs le train de vie de l’administration demeure une inquiétude pour les opérateurs. Le poids de la masse salariale laisse miroiter la possibilité d’une augmentation de la pression fiscale. Le rapport annonce cependant une mesure de taille. Le gouvernement déclare en cours d’étude d’une réforme du régime d’imposition en collaboration avec des experts internationaux, mais point de détail à ce sujet. La nouvelle stratégie permettra au déficit fiscal de se stabiliser à 3% du PIB en 2009. Le rapport estime également que la baisse des dépenses publiques passe par l’élimination des subventions des produits alimentaires.
Dans l’ensemble, le FMI note assez bien les efforts du Maroc. Mais il n’omet pas de mettre en garde contre une dérive des dépenses de l’Etat. Dans la foulée, il souligne la nécessité d’accélérer les réformes, surtout dans l’administration, la fiscalité, les entreprises publiques et les régimes de retraite.



Banques. Le CIH en question

Les rédacteurs du rapport du FMI mettent en exergue les réformes du marché financier au Maroc. Le renforcement du rôle de Bank Al Maghrib est jugé capital. De même, l’adoption de nouvelles règles prudentielles est applaudie. Cependant, pour le FMI il est urgent de mettre les autres banques publiques dans le même bain que les banques privées. Selon le rapport, les deux banques publiques seront conformes aux normes en 2006. C’est ce qu’a promis le gouvernement. Il reste à savoir comment il s’en sortira dans le cas du CIH dont le plan de redressement est actuellement remis en cause.



Retraite. Les militaires dans le rouge

Le rapport souligne que le régime des pensions est constitué de deux caisses importante : la CMR et la CNSS. Les études prospectives citées par le rapport annoncent un déficit de ces régimes en 2010. Il précise que le déficit du régime de retraite militaire a été de 0,2% par rapport au PIB en 2003. Les fonds de la CMR lui ont permis de couvrir ce trou. Le gouvernement travaille actuellement sur des scénarios. Le rythme de leur concrétisation est capital à la survie du système de la protection sociale au Maroc.

 
 
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