We love U.S
(Les sécuritaires marocains et américains partagent la même culture : celle du biceps. )
Jeudi dernier, le roi Mohammed VI était reçu à la Maison Blanche. À cette occasion, l'ONG Human Rights Watch avait demandé à Bush de lui tirer les oreilles au sujet de la torture à Témara. Le président américain, évidemment, n'en a rien fait. C'est que Témara n'est qu'une modeste réplique d'Abou Ghraïb. Quant à Laânigri, il est depuis longtemps identifié, à Washington, comme le véritable homme fort du royaume, et les renseignements qu'il transmet sont toujours appréciés. Même s'ils ne sont pas tout à fait exacts, comme le précédent espagnol l'a démontré. En matière d'exactitude, les Américains ne sont pas des champions non plus, eux qui détiennent à Guantanamo des centaines de gens dont le seul tort était de se trouver en Afghanistan au moment où les GIs y ont atterri. Ce qui rapproche les sécuritaires marocains et américains, c'est qu'ils partagent la même culture, celle du biceps. Au diable les nuances, il n'y a qu'un objectif qui vaille : écraser l'ennemi.
Grâce à Ben Laden et ses adeptes, donc, l'oncle Sam nous a à la bonne. Témoin, l'accord de libre-échange, le statut d'allié majeur non-Otan, qui permet de nous vendre encore plus d'armes
. Et le Sahara ? Ne rêvons pas, jamais les Américains ne s'aligneront clairement sur notre position. Ils nous aiment bien, d'accord, mais pas au point de mettre en péril leurs (conséquents) intérêts pétroliers en Algérie. Algérie qui n'est pas en reste, d'ailleurs, pour l'achat d'armes. Cela dit, l'approche américaine est moins grossière aujourd'hui qu'il y a un an, quand James Baker prétendait nous imposer une quasi-indépendance de fait du Sahara. Finalement, l'Amérique a compris que le statu-quo arrangeait tout le monde et que la meilleure manière d'assurer l'équilibre régional (leur unique ambition, au fond)
était de laisser tranquillement pourrir la situation. La preuve : quand notre diplomatie s'est grossièrement félicitée de la démission de Baker, la Maison Blanche n'a protesté que très mollement
avant d'inviter Mohammed VI en fanfare. Un point pour nous. Autre bon point, notre subtile position sur l'Irak. Le gouvernement "souverain" de Bagdad nous demandait des troupes, le roi a tenu bon
avant de botter intelligemment en touche : les soldats irakiens peuvent venir s'entraîner au Maroc tant qu'ils veulent.
Alors ? Alors le Maroc s'en sort plutôt bien, au bout du compte. Evidemment qu'il est inféodé à Washington pas moins que d'autres pays plus sérieux comme l'Italie, la Pologne ou L'Espagne d'avant Zapatero. Mais nous commençons à montrer que nous avons notre petite personnalité, en matière de politique étrangère. Ça fait quand même plaisir. Et ce n'est sûrement pas à Benaïssa qu'on le doit. |