Sujet
Économie
Reportage. Profession : Moqadem
Femmes sahraouies : L'avant-garde de l'émancipation
Festival : Printemps berbère à Agadir
Chronique. Les envahisseurs
N° 135
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Reportage. Profession : Moqadem
Femmes sahraouies : L'avant-garde de l'émancipation
Festival : Printemps berbère à Agadir
Chronique. Les envahisseurs

Chronique. Les envahisseurs

(Photo AFP)
La bavure de l’imam Benchekroun, les sorties incendiaires de Raïssouni et le faux paternalisme de Ramid finissent par exacerber. Regard lucide de Maria Guessous*, une jeune femme passionnée de la vie, sur ces croquemorts qui nous envahissent.


La prétendue modération d’un parti comme le PJD ne se base que sur des déclarations d’intention. Or on ne juge pas les gens sur leurs déclarations d’intention, mais sur leurs actes. Est-il besoin de rappeler quelles ont été les premières propositions
des dévots du PJD lors de leur première et petite prise de pouvoir ? Il n’existe pas de pouvoir plus tyrannique et dangereux que celui qui avance masqué. Car si les imams du genre de Redouane Benchekroun trouvent des pantins qui adhèrent à leur discours et en font payer les frais à une population terrorisée à coups de sabre, au moins sont-ils identifiables : ils sont hors-la-loi et, à ce titre, peuvent être combattus. L’islamisme au pouvoir, c’est une autre histoire, une menace, à terme, de terrorisme légal, et comme vous le dites très justement (TelQuel édito n°133), "Ce jour-là, il ne nous restera plus que nos yeux pour pleurer".
Interdire la mixité sur les plages, réduire le temps de travail des femmes, enchaîner les corps, interdire la musique, la danse, la fête, bref : interdire la vie dans une dynamique hystérique de mort, voilà l’idéal de société de nos barbus. Telle est la société à laquelle ils rêvent, dans une vision apocalyptique de destruction, une vie qui s’inscrirait dans un schéma binaire primaire, nous faisant régresser à un stade de contemplation végétative uniforme, sans saveur, sans couleur, sans nuances… pendant que d’autres avancent. Ce schéma-là n’a rien à voir avec le Maroc. Les chantres anesthésiés de la pseudo-vertu institutionnalisée ne font que reproduire bêtement un modèle tout aussi importé que celui qu’ils décrient par ailleurs. En quelques années, la société marocaine s’est radicalisée, islamisée, voilée ; la rue s’est métamorphosée à une allure qui tient de la pathologie.
C’est une véritable colonisation. Ne jetez pas l’anathème sur un modèle occidental qui aurait selon vous le tort infâme de n’être pas le nôtre – mais qui a au moins le mérite de conserver aux gens leur libre-arbitre et de leur laisser le choix, ce qui est une différence de taille, pour faire l’apologie d’un modèle oriental qui ne nous ressemble en rien. Je le répète, c’est une colonisation : Wahhabites, Talibans, peu importe ceux que vous jugerez bon de placer sous cette bannière, l’essentiel étant que ce sont des colonisateurs en territoire marocain.
Dans la veine des grands débats métaphysiques sur le rôle génétique de la femme et de sa nudité, de la marocanité des élèves des missions françaises, de l’anti-islamité des centres culturels étrangers et j’en passe, voilà Ahmed Raissouni qui perpétue une tradition désormais bien établie en s’insurgeant contre les rares moments de bien-être que nous procurent les festivals de cette saison… Je ne répondrai pas à Monsieur Raissouni ; le contrat de communication qui préside à tout échange entre deux êtres sensés est en quelque sorte rompu entre ces cerveaux-là et le mien. Et puis on ne m’a pas appris à discuter avec des moutons. Je ne saurai pas m’y prendre. Je reviens en revanche sur la déclaration de Monsieur Ramid, qui, se voulant rassurant, nous dit grosso modo : "Nous ne sommes pas contre les festivals de musique, mais il y a des limites à ne pas dépasser". J’avoue avoir été interloquée. Voilà M. Ramid qui se présente à nous en père protecteur, position tyrannique s’il en est, prétendant être plus à même que nous de juger de nos propres limites. Franchement, c’est un comble. Monsieur, je suis à même de juger de mes limites par moi-même, de faire mes choix toute seule, et de les assumer. Force est de constater qu’en ce qui vous concerne, vous franchissez allègrement les vôtres en vous mêlant des miennes. Alors ayez la pudeur de vous mêler de ce qui vous regarde ; occupez-vous de vos frontières et laissez-moi à mes garde-fous, même si je prends note de votre touchante sollicitude. La duplicité des discours est la caractéristique fondamentale de tout parti religieux en quête de pouvoir, à tel point qu’elle pourrait être érigée en emblème. C’est aussi la marque séculaire du despotisme et la signature de l’autocratie. Votre titre : "Attention parti méchant" était largement justifié, et il serait temps que devant les discours manipulateurs d’une poignée d’illuminés, la société cesse de se déculotter. Temps aussi que la laïcité soit sérieusement remise au goût du jour, en rappelant que non seulement la lecture très personnelle de l’islam de ces fous de Dieu est aux antipodes du modèle marocain, mais aussi que la religion instrumentalisée à des fins purement politiques est une configuration inéluctable dans un pays où la religion est de toute façon indissociée du politique, ouvrant ainsi la voie aux dérives qui ont, ailleurs et de tous temps, mené à la catastrophe. Il est temps de redonner à la religion la place qui est la sienne, à savoir un choix individuel, personnel, et non politique. Car pour ceux et celles qui ont une quelconque idée de la pudeur, la religion comme choix politique est un sacrilège.

Etudiante en Lettres. Université Bordeaux 3

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés