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N° 136
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Maria Daïf et Chadwane Bensalmia

Dossier : Je veux etre une star !

Joudia et Merouane, candidats de
Studio 2M (Driss Bennani / Telquel)
"Studio 2M", l'émission phare de la deuxième chaîne, pulvérise l'audimat. "Le pied d'or", Star Academy du foot version TVM, connaît aussi un grand succès. La recette est la même : faire fantasmer les foules sur une idée simple : "moi aussi je peux devenir célèbre". Et riche ? Heu… On n'en est pas encore là.


Au Maroc, on peut être riche, on peut être célèbre, et on peut avoir des milliers de fans. Les trois à la fois, par contre, on ne peut pas. à moins de s'appeller Mohammed VI.


Y a pas photo, y a qu’une star au Maroc, et c’est Le roi. Un rang que personne ne lui dispute. Et on dit bien personne. Il est riche, célèbre, il roule en limousine, est entouré de gardes du corps. Mais ce n’est pas tout. Il nourrit la rumeur populaire, ses photos sont accrochées partout, jusque dans les chambres à coucher, et il détient le record des apparitions à la télévision et des parutions en une des journaux et magazines. Plus encore, il est le seul Marocain à avoir régulièrement droit à la couverture du très people Paris Match ! Incontestablement, Mohamed VI correspond à la définition même de la star. Et s’il est unique, c’est aussi parce qu’il n’y a jamais eu de star system au Maroc. Il y a eu certes des célébrités du foot, de la chanson, plus récemment de la télévision, mais jamais de véritable star, adulée, convoitée, jalousée et à la fois si inaccessible.
Prenons le foot. C’est de loin, le domaine qui a tout au long des années, additionné le plus grand nombre de vedettes. Ahmed Faras et Assila, Allal ou encore Larbi Benmbarek. Puis Mexico 86 est arrivé avec son lot de jeunes premiers, photographiés à merci, invités sur les plateaux de télévision, et adulés par les foules. Aucun d’entre eux ne passait inaperçu dans la rue, et séducteurs, ils sont même arrivés à conquérir un large public féminin. Il faut l’avouer, leur célébrité, ils ne la devaient qu’à leur talent. Depuis, plus rien. La responsabilité ? Elle revient aux piètres performances du football national au-delà de la Coupe du Monde de 86. Il faudra alors attendre une décennie pour en voir naître d’autres : Bassir, Naybet et Hajji. Et là, tout va changer. Contrairement à leurs aînés de 86, le trio bénéficiera des avantages d’une nouvelle ère. Celle du sponsoring, de la publicité, des rachats par les clubs internationaux, bref, de l’argent investi dans l’agilité de leurs pieds. Mustapha Hajji, lui, avait un statut à part, celui du "beau gosse". Nouveau critère donc qui entre en jeu : "On préfèrera alors naturellement un beau gosse qui joue bien au foot à un moche qui joue tout aussi bien, commente Hammadi Hamidouch, ancien entraîneur national aujourd’hui membre du jury du Pied d’Or. C’est pour cela que David Beckham est plus star et paillettes qu’un Ronaldinho ou qu’un Ronaldo". Pas étonnant alors qu’à la CAN 2004, des Zaïri, Regragui, Mokhtari ou Youssef Hajji raflent la vedette. Le jury de l’émission Pied d’Or en a conscience en déclarant : "à ce stade de la compétition, les critères de sélection sont parfaitement objectifs, car basés sur les qualités techniques, physiques et morales. Dès lors qu’on passera à la phase télé-réalité où le public sera appelé à voter, il est clair que tous ces candidats devront en plus user de séduction". Même son de cloche à la deuxième chaîne : "La présentation, la prestance des candidats, ont été tout aussi déterminants que leurs qualités vocales. Il s’agit là d’image, et ceux qui sont sélectionnés sont également télégéniques", confirme Anis Hajjam, coach des concurrents de Studio 2M et l’un des maîtres des coulisses de l’émission. Il suffit juste de les voir tous pour en être définitivement convaincu. On l’a compris, aujourd’hui, pour être star, il faut soigner son apparence et ses manières. Par ailleurs, il faut le reconnaître, 2M a été précurseur en matière de lancement de stars, qui ne sont autres que ses propres présentateurs : Touria Souaf, Chaïb Hammadi, Ramzi, Nassima El Hor… Bémol cependant : "La chaîne qui a lancé ces stars les a elle-même évincées dès qu’elles ont commencé à prendre trop de place. Etre star rappelle à l’autre qu’il n’est rien", relativise cette ancienne présentatrice-vedette de la deuxième chaîne. Autre bémol, si sous d’autres cieux, star de télé rime avec argent, chez nous, elles sont les dernières à se faire du blé : "Des stars fauchées de la télé ? Oui, j’en connais. Moi pour commencer", poursuit Chaïb Hammadi, le sourire aux lèvres. Lui et ses confrères crèvent le petit écran pour quelques 18.000 dirhams mensuels dans le meilleur des cas. Idem pour cette autre star de la télé et du cinéma, Rachid El Ouali. Acclamé par les téléspectateurs (surtout par les téléspectatrices séduites par son physique), distribuant des autographes à chacune de ses apparitions en public, touchait à ses débuts glorieux, un maigre cachet de… 1500 DH par téléfilm ! A l’apogée de son succès, il se contente à la télévision d’un record de 35.000 DH et de 120 000 dirhams pour un rôle au grand écran. Seuls les footballeurs échappent à la règle de la "star fauchée". Avantages en nature (voitures, appartements…), primes de rendement, salaires mensuels, et le gros lot s’ils sont achetés par des clubs internationaux. Mais pour les uns comme pour les autres, c’est la pub qui gonfle les comptes en banque : "C’est la pub qui m’a permis d’acheter ma villa en bord de mer", disait Rachid El Ouali à TelQuel il y a quelques semaines.
Et la chanson dans tout cela ? C’est le canard boiteux de l’affaire. Le Maroc est resté sur ses lauriers d’antan. Les mêmes noms reviennent depuis les années 70/80 : d’abord Nass El Ghiwane, Jil Jilala et L’Mchaheb, qui, sont non pas des stars mais des vedettes populaires. Une star n’est pas contestataire par définition. Reste les classiques, Doukkali, Belkhayet et Naïma Samih : "La chanson marocaine s’est arrêtée à cette période-là et ne s’est pas renouvelée. C’est bien pour cela que depuis, aucune autre star n’est apparue", commente le chanteur Karim Tadlaoui. Par ailleurs, poursuit ce dernier, "ce qui manque aussi au Maroc, c’est la star-attitude". Comprenez, l’exigence, l’inaccessibilité, la classe et la distinction. Lorsqu’un chanteur aussi grande soit sa renommée se produit dans des mariages à 5000 dirhams, il perd vite de son aura. Et c’est le cas de beaucoup. En même temps, il faut bien qu’ils vivent… C’est triste à dire, c’est l’argent avant tout qui fait la star. Et qui dit argent, dit industrie, productions, spectacles, communication, marketing, médias, toute une machine nécessaire à l’existence d’un star-system. Karim Tadlaoui le dit si bien : "Cet argent est entre les mains de personnes qui ne veulent pas de star system. Leur statut social privilégié leur confère un rang de star et ils ne veulent surtout pas de rivalité".



Les débuts prometteurs de la télé réalité

A la première comme à la deuxième chaîne, on semble avoir bien compris que la télé peut fabriquer des stars. Effet de contagion ? A cent pour cent. En Europe comme aux Etats-Unis, la recette a fait des miracles et rapporte gros. Avoir des stars, c’est salutaire. Plus encore, c’est vital pour des chaînes dont la morosité à fait fuir son public. A la TVM comme à 2M, on mise dorénavant sur le spectacle, la jeunesse, la fraîcheur, le talent, le charme et le jeu. Et les deux sont prêtes à y mettre le paquet. Dans la mesure de leurs moyens, s’entend. Studio 2M, c’est des castings dans tout le pays, six prime dont un direct, des guest-stars et des projets pour les gagnants. Des singles, un clip, puis la rumeur d’une suite de l’émission en fin d’année qui déboucherait sur la production d’un album, accompagné d’une tournée à travers le pays pour le gagnant. C’est six caméras, un réalisateur étranger, des équipes qui n’arrêtent pas… Le Pied d’Or, c’est une caravane à travers le pays, des dizaines de jeunes pris en charge dans un centre de formation, des guest-stars et des professionnels des métiers du foot payés pour former et chouchouter les 75 candidats sélectionnés et au final un derby, une équipe gagnante, et un Pied d’Or qui récoltera quelques 100.000 dirhams en plus d’une semaine dans un prestigieux club européen. Si à la RTM, on estime le budget global de l’émission télé-réalité à 13 millions de dirhams, du côté de 2M, motus et bouche cousue : "l’émission coûte cher", se contentera de dire Mustapha Benali.


Par Maria Daïf

2M : À la recherche de la nouvelle star

(Driss Bennani / Telquel)
Interviews, photos, autographes, poses devant les caméras, les quinze finalistes de Studio 2M mènent déjà une petite vie de star. Crise de larmes et de nerfs en sus. Immersion dans les coulisses de l’émission phare de cet été.


Les quinze sont autour de la table du déjeuner. Entre deux bouchées, ils commentent le prime précédent, se font part de leurs doutes, de leurs points faibles, se confortent les uns les autres. Malgré les éclats de rire et l’ambiance animée, la tension commence à se faire sentir. Le matin même, une
candidate a craqué. Angoissée, elle a éclaté en larmes. À trois jours de l’enregistrement du quatrième prime, les concurrents sont tendus. Cinq d’entre eux devront quitter définitivement la compétition. Finis les primes, les répétitions, les caméras, les lumières, les interviews…
Ici, nous sommes à l’hôtel Ibis. Pas de vie de château pour les quinze finalistes de Studio 2M, mais une petite vie de star quand même, toutes proportions gardées. A l’hôtel, toute une équipe les chouchoute, les dorlote, veille à leurs moindres besoins… Les caméras de 2M sont quotidiennement là, filment leurs faits et gestes et déjà les journalistes demandent photos et entretiens : "C’est pour cela qu’ils ont besoin d’être protégés". Celui qui parle n’est autre qu'Anis Hajjam, à la fois coach, papa poule et nounou d’enfer. C’est à lui souvent que les candidats s’adressent pour le moindre état d’âme, pour le moindre doute. C’est également lui, qui les recadre, au moindre caprice : "Quinze ont été retenus sur quelques 5000 de tout le Maroc. Ils sont jeunes et c’est un peu normal que quelques uns d’entre eux prennent un peu la grosse tête. Nous sommes là pour que ça n’arrive pas", commente Anis. En quelques semaines, la vie des candidats a été chamboulée. De jeunes anonymes, ils sont dorénavant reconnus dans la rue. D’abord dans leurs villes d’origine : "Quand j’étais à Agadir le week end dernier, les gens s’arrêtaient pour me saluer et sur la plage, j’ai même signé des autographes", raconte Anouar Ettabakh, 21 ans. Anouar, avant l’émission, chantait et grattait de la guitare dans un hôtel. Il rêvait d’une carrière d’artiste et de reconnaissance. Idem pour Bader Boutakbout, qui depuis longtemps, "rêve d’être une vedette de la chanson, coûte que coûte". Lui aussi s’est jusque-là produit dans des hôtels à Marrakech, reprenant des tubes orientaux ou de chaâbi. Aujourd’hui, il est l’un des préférés du public et s’en réjouit : "J’ai reçu beaucoup d’appels téléphoniques quand je suis passé sur radio 2M et ce serait mentir que de dire que je n’en étais pas fier".
L’après-midi, séance de répétitions dans une boîte de nuit de la corniche, cadre investi par la production, plus agréable que les studios de la chaîne. Joudia Belkabir s’empare du micro et interprète une chanson de Dalida. Tout le monde est sous le charme. La jeune Marrakchie est douée et fait déjà beaucoup parler d’elle. Son aisance, sa voix et son assurance font d’elle l’une des favorites : "J’ai toujours voulu chanter. J’ai interrompu des études d’architecture à Paris parce que ce n’est pas ma vocation. A Marrakech, je me suis déjà produite dans un pub, et mes amis m’ont toujours encouragée à faire une carrière de chanteuse". Joudia aujourd’hui, est reconnue dans la rue, saluée et "Les Marrakchis mettent leurs espoirs en moi", dit-elle, flattée : "Ce que je cherche, c’est la reconnaissance du public. Bien-sûr la vie de star, je ne cracherais pas dessus. Aujourd’hui, je tire une fierté d’être reconnue dans la rue". Nawal El Bacha, cette autre favorite a, elle, la prestance d’une artiste confirmée. Il faut dire qu’avant de se présenter au concours de Studio 2M, elle a roulé sa bosse : "A Paris, j’ai fait tous les castings, dont Graines de Star et Star Academy et à chaque fois j’arrivais aux dernières étapes de la sélection. Je veux être reconnue comme une artiste à part entière. Etre une star, c’est une autre étape. Pendant longtemps, j’ai rêvé d’une carrière internationale, comme celle de Céline Dion".
Prime – 2 jours. A 9h30, une boutique de prêt à porter au Maârif ouvre ses portes plus tôt que d’habitude. Les vendeuses attendent l’équipe de la deuxième chaîne et les sept chanteuses en herbe. Avec une heure de retard, tout le monde est là. Les filles ont toute la boutique pour elles. Ici, pas de grandes marques, ni de vêtements qui brillent. Juste un large choix de robes, de pantalons, et de vestes que les filles pourront emprunter et porter lors du prime. Elles déambulent entre les rayons, essayent des fringues, s’arrêtent devant les miroirs géants et demandent conseil à Michaël, designer et chorégraphe à Paris et styliste de l’émission. Les filles posent devant les glaces, s’admirent, se consultent. La caméra de 2M est toujours là et quelques images seront retransmises plus tard, lors des capsules quotidiennes. Car avant le prime, le public suit de près la vie des candidats et dorénavant, les connaît pratiquement tous.
L’après-midi, les quinze investissent à nouveau la boîte de nuit. Aujourd’hui, séance de visionnage du prime avec les coach : Christie Caro, professeur de chant, Karim Tadlaoui, musicien marocain et Anis Hajjam. Studio 2M prend des airs de Star Academy : "Pour Studio 2M, nous nous sommes inspirés de plusieurs émissions à succès des chaînes françaises : Star Academy, A la recherche de la nouvelle star et Graines de star. Le tout a été adapté au contexte marocain", commente Christie Caro, qui elle-même a enseigné le chant à Sofia, la star marocaine de Star Academy. Lors du visionnage du prime précédent, les critiques fusent : interprétation, justesse, jeu de scène, concentration, respiration, tout est disséqué, analysé et corrigé. Les remarques, parfois dures, sont loin de celles des primes, beaucoup plus conciliantes : "Nous ne sommes pas sur une chaîne française où les candidats sont massacrés par le jury devant des milliers de téléspectateurs. Ce n’est pas la même mentalité. La famille des candidats regarde l’émission, leurs voisins, leurs amis, c’est pour ça qu’ils sont ménagés. Alors qu’ici, en comité restreint, les remarques sont beaucoup plus directes", explique Anis Hajjam.
J-1. Dernières répétitions, à 2M cette fois-ci, dans les conditions du prime. Les six caméras sont en place ainsi qu’une bonne partie de l’équipe technique. Les candidats sont très nerveux. Demain, on décidera de leur sort : "La plupart sont très lucides. Ils ont compris que cette émission n’est qu’une étape dans leur vie qui permettra à deux d’entre eux d’enregistrer un single et un clip. Ils ne s’attendent pas à ce que juste après ils deviennent de grandes stars", souligne Anis Hajjam. Marouane Sahbi, jeune candidat de 18 ans, sait ce qu’il veut : "Pour moi, cette émission est un moyen de décoller et bien sûr, devenir une star de la chanson. Qui ne rêve pas de l’être ? Je ne veux plus supplier qui que ce soit pour chanter, je veux qu’on me supplie pour chanter. C’est ça pour moi être une star". Et si demain il était éliminé ? A la question, Marounane répond, comme tous les autres, avec beaucoup de calme : "Ce n’est pas grave. J’aurais quand même vécu une belle expérience et j’aurais montré au public ce que je pouvais faire". Et c’est le public qui décidera, dans quelques semaines, qui sera sa nouvelle star.

Par Chadwane Bensalmia

TVM : Foot : De l’opium au podium

(Driss Bennani / Telquel)
Ils ont une paire de jambes et des rêves de célébrité. Ce sont les 75 candidats à avoir passé les éliminatoires du Pied d’Or. Dans la rue, on les reconnaît déjà, on les félicite, on commente leurs gestes techniques. Eux, du coup, redoublent l'appétit.


"Hier, avec mes potes du quartier, on a joué contre une équipe de Goulmim. Quelques joueurs de l’équipe adverse m’ont reconnu. Dès qu’ils ont réalisé que j’étais finaliste de la sélection du Pied d’Or, ils se sont mis à me traiter comme une véritable star. En fait, depuis ce jour, je vis ça au quotidien.
Même ma famille me traite différemment. Je suis plus gâté…" avoue Abderrazak Khatir, dans un éclat de rire. Il faut dire que le jeune garçon a de quoi être fier. Disqualifié à la station Agadir du Pied d’Or, il n’a pas baissé les bras et a suivi la caravane à Marrakech. Manque de bol, à son arrivée, les compétitions avaient déjà commencé. Il recommencera à Safi et finira par décrocher sa place parmi les finalistes. Khatir n’est d’ailleurs pas le seul sur le registre de la ténacité. Bon nombre de ces jeunes candidats sont de grands challengers. Et l’avant goût de célébrité auquel ils ont eu droit après cette première étape est parti pour pousser les uns et les autres à se surpasser. Tous ont un objectif et un seul. Sortir de l’anonymat, être reconnus et aimés de tous. Plus que tout, ils veulent qu’on parle d’eux. La célébrité, la reconnaissance et l’amour des foules, c’est toute la définition qu’ils donnent au mot star. La fortune ? Oui, pourquoi pas ? Mais ça n’est jamais que la cerise sur le gâteau. "L’argent, je m’en fous. J’ai juste envie d’être aimé. Je veux que les gens me regardent différemment. Jusqu’à ce que jour, je n’ai été que weld l’khayriya (l’enfant de l’orphelinat) et ça ne suscite jamais que le mépris. Si je devient une star, on oubliera mes origines. Seuls mes performances compteront" Mohamed Kacimi, pensionnaire de l’orphelinat de Fès voit désormais le bout du tunnel se profiler. Depuis sa sélection pour la deuxième phase du Pied d’Or, c’est un jeune homme plein d’espoir et de volonté. Tous les jours, avec son voisin de pensionnat et autre finaliste Nabil Antara, ils se livrent à 6 heures d’intense préparation. Ce dernier avait lui, terminé sixième à Meknès. Les organisateurs ayant sélectionné cinq finalistes seulement, il avait été placé sur la liste d’attente. Un verdict que Nabil a refusé. Il a alors rejoint la caravane à Fès. Au bout de la deuxième tentative, il aura gain de cause. Et à l’image de son ami, l’argent est la dernière de ses motivations. Si, un peu, de quoi vivre décemment. Cette quasi indifférence à l’égard de l’argent est partagée par tous, et l’ambition première reste celle de se distinguer dans ce qui est "leur passion".
Pour participer aux éliminatoires, certains ont dû parcourir des centaines de kilomètres ou emprunter de l’argent pour s’acheter des baskets. D’autres ont, à leur élimination, pleuré toutes les larmes de leur corps. Tel sera le cas de ce jeune candidat de Fès qui déclarera à l’annonce des résultats qu’il "ne jouera jamais plus au foot". Il sera pourtant présent parmi les prétendants d’Al Hoceima. C’est la force du rêve. Ils se voient déjà en haut de l’affiche.
Sans perdre de vue l’éventualité d’une défaite au second tour, à Casablanca, ils se projettent dans l’avenir, dans la peau et la posture de leurs idoles. Là-dessus, Hicham Harchaoui, finaliste de Lâayoun ne se plaint pas de sa frappante ressemblance physique avec Jawad Zaïri "Avant le Pied d’Or, j’étais connu pour être le sosie de Zaïri, maintenant, on se souvient même de mon prénom". Hicham est conscient que c’est là un atout, mais s’empresse cependant d’ajouter "Je voudrais en être digne. Le foot, c’est ma vie. C’est d’abord pour ça que j’aimerais y faire carrière".
Hamada, un autre candidat, de Marrakech cette fois-ci, a d’ores et déjà l’étoffe d’une star. Le numéro 9. Tous ceux qui ont suivi les qualifications se souviennent de ce jeune garçon qui du haut de son mètre soixante-six, a mis tout le stade sens dessus dessous. De son poste d’observation, Timoumi aura de mal à dissimuler son émotion. "Aujourd’hui, les gens m’interpellent dans la rue, me félicitent. Quelques uns veulent faire ma connaissance. Mais je pense qu’il est trop tôt pour dire que je suis une star". La tête froide mais une grande intelligence, sur le terrain comme dans la vie, qui lui vaut de grandes promesses. Car plus que tout, Hamada sait se vendre. Ce Maroco-égyptien vient à peine d’obtenir sa nationalité marocaine, et entend défendre le "maillot de son pays". Force est ainsi de constater que tous ces adolescents ont les mêmes noms sur les lèvres. D’abord Zaïri, puis Hajji, Mokhtari… et les autres. Bien sûr, on parle aussi de Beckham, de Ronaldinho, de Zidane ou encore de Del Piero, mais les premiers auxquels ils s’identifient sont leurs compatriotes. Il faut croire que les exploits de leurs congénères leur ont redonné confiance et ont accentué leur sentiment de patriotisme. Jouer parce que le foot coule dans leurs veines, mais au bout, représenter dignement le Maroc.
En attendant la vie dans le centre de formation à Casablanca, les finalistes de chaque ville s’entraînent ensemble quotidiennement, avec comme maîtres mots, la rigueur et la discipline. Ils sont conscients qu’une fois à Casablanca, ils devront faire face à une rude concurrence. Et des 75 futurs locataires, restera seulement une trentaine.
Mais la vie dans le centre, c’est aussi les caméras, la visite de leurs stars préférées, un semblant de vie de footballeur. Et être parvenu à ce stade de la compétition, c’est déjà une grande victoire. Une chance de se faire remarquer, car parmi le public de l’émission, les "recruteurs" des clubs casablancais seront de fins et réguliers observateurs. "Certains de ces jeunes ont déjà signé avec des clubs, mais jamais on ne leur a donné la chance de faire leurs preuves. Ils ont donc déprimé et perdu espoir" commente Mohammed Timoumi, membre du jury. A N.Antara, ce finaliste de Fès dont il est l’idole comme aux autres, Timoumi répond "qu’il faut faire les choses graduellement. Le statut de star, ça se construit. Mais le premier secret de toute réussite est la persévérance et la rigueur dans l’entraînement". Certes, mais la performance seule ne suffira pas, car à Casablanca et au bout de l’aventure, les verdicts objectifs d’un jury connaisseur ne seront plus les seuls à décider de leur avenir. Les règles du jeu de la télé-réalité veulent que le public soit juge. Et le public, il faut le séduire, le charmer. Plus qu’une paire de jambes, les challengers auront besoin de convaincre et de vendre une image. La défaite, sera dure à avaler pour certains. D’autres affirment déjà qu’il faut s’attendre à tout, car "le foot c’est un peu comme la vie, quelquefois elle vous gâte et d’autres elle vous prive".
Mais au final, et au pire, même ceux qui perdront pourront se consoler d’avoir eu leur quart d’heure de gloire.

 
 
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