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N° 136
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Privatisation. Bataille autour de Maroc Telecom

Fathallah Oualalou,
ministre des Finances
et de la privatisation (Photo AFP)
Oualalou veut privatiser d'abord, lancer la licence du fixe ensuite. Talbi el Alami veut le contraire. Entre les deux, une grosse question : combien vaut Maroc Telecom ?


Y aura-t-il interférence entre l’introduction en bourse de Maroc Telecom et le lancement de nouvelles licences ? La question occupe actuellement le centre des débats à Rabat. Et elle n’est pas la seule. La connexion éventuelle, si ce n’est logique, entre la valeur de l’introduction en bourse de l’opérateur historique et les 16% promis à Vivendi, suscite également des interrogations.
Les choses ne sont pas simples et les enjeux énormes. Et rien ne va comme prévu lorsqu’il s’agit des télécoms. Le lancement des licences, déclaré pour septembre, pourrait être retardé. C’est la troisième fois que l’État tente de libéraliser, mais encore une fois trouve le moyen de bloquer le processus. "De toutes les manières, nous nous sommes fixés comme objectif d’achever l’opération d’octroi des licences dans la période allant de septembre à décembre 2004", nuance Mohamed Benchehboun, directeur général de l’agence de réglementation des télécoms. La nuance est de taille. Car, contrairement à l’attente générale, la privatisation de Maroc Telecom risque de bloquer le processus. "Nous ne savons pas encore s’il faut attendre la fin de la valorisation pour lancer les licences prévues", explique une source proche du dossier. Ce doute laisse présager une belle bataille entre les tenants de la libéralisation et ceux de la privatisation. Actuellement, selon le patron de l’Anrt, les réunions se succèdent pour aboutir à une décision d’ici la fin du mois de juillet. Or, de l’aveu même de Rachid Talbi El Alami, ministre délégué chargé des affaires économiques et générales, aucun contact n’a été établi entre lui et Fathallah Oualalou, ministre des Finances et de la Privatisation pour trancher à ce sujet.

Des options de libéralisation à creuser
A cela s’ajoute la définition de l’option pour la reprise de la libéralisation. La question de l'impact sur la valeur de Maroc Telecom ne peut être tranchée que si l'option de la libéralisation est définitivement fixée. Le conseil d’administration de l’agence, tenu la semaine dernière, a apporté une nouveauté à ce niveau. L’Anrt préconise le lancement de trois types de licences : le fixe, l’international et la boucle locale (technologie permettant d’équiper chaque région à part). L’appel d’offres sera moins contraignant. En clair, des cahiers des charges seront élaborés de façon à permettre à chacun de postuler pour la ou les licences qu’il veut, de s’adjuger une ou la totalité des lots. Cette option préconise la neutralité technologique. L’adjudicataire peut utiliser la technologie qui lui semble la plus appropriée pour le redéploiement de son réseau, satellite, hertzien, câble ou autres. A noter que lors de l’ancien appel d’offres, cette neutralité n’était pas possible. En tout cas, Méditelecom avait demandé la possibilité d’utiliser ses relais du mobile et partenariat VSat pour le redéploiement du fixe. La réponse de l’ANRT est restée mitigée à ce sujet. La nouvelle approche lui ouvre cette voie, s’il s’adjuge le marché du fixe. De même, les futurs postulants n’auront pas à respecter un seuil minimum pour l’offre financière. Contrairement au GSM et aux autres appels d’offres, le principe des enchères a été retenu par la proposition de l’ANRT. "C’est la demande qui façonnera le prix. Plus il y en aura, plus chère sera la contribution financière", nous confie Benchehboun. "La proposition est intéressante, mais personnellement, je ne dispose pas de tous les éléments me permettant de l’apprécier dans son contexte. Il faut dégager les conclusions de l’étude commanditée par l’ANRT et les discuter dans un atelier où tout le monde sera présent, opérateurs de tout genre et même des providers", nous précise Talbi El Alami. Ce dernier avance que la proposition de l’Anrt ne correspond pas aux conclusions de l’étude. Ce que Benchehboun réfute avec énergie. Cette "mésentente" ne constitue pas un frein. Elle aboutira certainement à de meilleures résolutions. Ce qui reste incertain en revanche, c’est le calendrier.

Arrêtez tout : Maroc Telecom en premier !
L’introduction en bourse de Maroc Telecom représente un enjeu financier alors que la libéralisation est un enjeu économique, et surtout de visibilité. Or, si l’État devait choisir entre les deux, l’option financière gagnerait haut la main. Pour cause, la demande du budget est forte. Ce qui explique que chaque ministre a l'œil fixé sur sa cagnotte. Pour Oualalou, l’objectif est de réussir l’opération de la privatisation et d’empocher un joli chèque. Pour Talbi El Alami, la libération lui permet de réaliser une opération dont les résultats pèseront lourd dans son CV. Le vrai enjeu est cependant ailleurs.
La reprise de la libéralisation aura un impact positif sur l’image du pays. Depuis l’amorce du processus, le Maroc était, et reste à quelques nuances près, classé parmi les pays leader en matière des télécommunications. L’arrêt du processus en novembre 2001 a tout chamboulé. La crédibilité du pays et de ses institutions de régulation en sont sorties amoidries. Pire encore, tout récemment, le secteur a été la scène d’un cafouillage assez dangereux pour la réputation du pays.
En effet, le 23 avril 2004, le ministère des Finances lance un appel d’offres pour le choix de la banque d’affaires en charge de la valorisation et de l’introduction en bourse de l’opérateur historique. Le jour de l’annonce des résultats, le groupement CFG Group et Morgan Stanley, alors classé premier, a été écarté. Le marché a été attribué à Merrill Lynch en compagnie de BNP-Paribas et Attijariwafabank. Le public n’a pas eu droit à une explication. Aux recalés, le ministère s’est limité à évoquer un cas de "conflit d’intérêt entre Vivendi et Morgan Stanley". Le cahier des charges prévoit effectivement qu’en cas de conflit d’intérêt, le soumissionnaire est automatiquement éliminé. L’explication semble logique, mais est-ce qu’elle est fondée? D’après des proches du dossier, la décision du ministère n’était pas fondée. Selon eux, il n’y avait pas conflit d’intérêt. Morgan Stanley n’a pas de business avec Vivendi. Alors pourquoi a-t-elle été écartée ? Parce que ses analyses sur Vivendi ne correspondent pas aux attentes de notre partenaire stratégique. "Or, le cahier de charges ne stipule pas qu’un soumissionnaire sera écarté s’il a des relations troubles avec Vivendi", ironise une source qui a préféré garder l’anonymat. Ce qui mène à la seule conclusion possible : Morgan Stanley a été évincé parce que Vivendi l’avait demandé. Un financier de la place s’insurge contre cette conclusion : "si c’était en Europe, cette décision aurait été une bombe. Dans notre métier, nous sommes structurés en départements et il y a une muraille de Chine entre le département recherche et les autres spécialités comme la valorisation et l’introduction en bourse". Heureusement ou malheureusement, cela s’est passé chez nous. Le gouvernement a en effet préféré consulter son partenaire pour qu’il valide le choix de la banque d’affaires. Le refus de Vivendi est tombé, l’État a disposé. Celui-ci a ses raisons. L’œil de Oualalou ne lâche pas les 16% de Maroc Telecom que Vivendi devrait en principe ajouter à son portefeuille. La question de la valorisation prend ici toute son ampleur. Notre ministre des Finances le sait et il fera tout pour gonfler ses caisses. Au moins sur cela, il faut lui faire confiance.



Valorisation. Comment la licence du fixe peut augmenter la valeur de Maroc Telecom

La banque d’affaires en charge de la valorisation de Maroc Telecom doit selon des analystes financiers, passer en revue l’état des comptes de l’opérateur par segment. Chaque licence devra être valorisé selon ce qu’elle réalise actuellement comme chiffre d'affaires et ce qu’elle présente en good will (potentiel). Les trois licences proposées suivront ainsi la même démarche. Dans le cas de la licence fixe, la banque d’affaires ne manquera pas d’apprécier l’évolution des abonnements et la part du chiffre d’affaires actuel qui lui correspond. Si les abonnements sont en hausse sur une période donnée, l’introduction d’un concurrent aura un impact conséquent. Or, depuis pratiquement deux ans, les abonnements au fixe enregistrent un recul. Des avancées ont été enregistrées après le lancement des packs Al Manzil et Internet (2% d'augmentation a été enregistrée en l’espace de 6 mois). Cependant, le niveau actuel reste inférieur aux nombres d’abonnés enregistrés avant le boom du mobile. C'est l'international qui risque, avec le boom des call centers, de peser lourd dans la balance.



Contrat. Merrill Lynch veut se protéger

Le groupement constitué de Merrill Lynch BNP-Paribas et Attijariwafa Bank, est en train de négocier son contrat avec l’État pour la valorisation de Maroc Telecom, en vue de sa privatisation. Si tout semble se dérouler sans heurt, les deux partenaires bloquent sur la formulation d’une clause du contrat. Cette dernière concerne les informations qui serviront de base à la valorisation. D’après des sources fiables, Merrill Lynch ne veut pas endosser la responsabilité qui découlerait d’une mauvaise valorisation si les informations communiquées ne sont pas exactes ou complètes. Les consultations juridiques vont bon train. Le groupement devra en principe présenter ses résultats fin octobre, pour que l’introduction en bourse se fasse en novembre ou décembre prochain.

 
 
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