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Par Khalid Tritki
Privatisation. Bataille autour de Maroc Telecom
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Fathallah Oualalou,
ministre des Finances
et de la privatisation (Photo AFP)
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Oualalou veut privatiser d'abord, lancer la licence du fixe ensuite. Talbi el Alami veut le contraire. Entre les deux, une grosse question : combien vaut Maroc Telecom ?
Y aura-t-il interférence entre lintroduction en bourse de Maroc Telecom et le lancement de nouvelles licences ? La question occupe actuellement le centre des débats à Rabat. Et elle nest pas la seule. La connexion éventuelle, si ce nest logique, entre la valeur de lintroduction en bourse de lopérateur historique et les 16% promis à Vivendi, suscite également des interrogations. |
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Les choses ne sont pas simples et les enjeux énormes. Et rien ne va comme prévu lorsquil sagit des télécoms. Le lancement des licences, déclaré pour septembre, pourrait être retardé. Cest la troisième fois que lÉtat tente de libéraliser, mais encore une fois trouve le moyen de bloquer le processus. "De toutes les manières, nous nous sommes fixés comme objectif dachever lopération doctroi des licences dans la période allant de septembre à décembre 2004", nuance Mohamed Benchehboun, directeur général de lagence de réglementation des télécoms. La nuance est de taille. Car, contrairement à lattente générale, la privatisation de Maroc Telecom risque de bloquer le processus. "Nous ne savons pas encore sil faut attendre la fin de la valorisation pour lancer les licences prévues", explique une source proche du dossier. Ce doute laisse présager une belle bataille entre les tenants de la libéralisation et ceux de la privatisation. Actuellement, selon le patron de lAnrt, les réunions se succèdent pour aboutir à une décision dici la fin du mois de juillet. Or, de laveu même de Rachid Talbi El Alami, ministre délégué chargé des affaires économiques et générales, aucun contact na été établi entre lui et Fathallah Oualalou, ministre des Finances et de la Privatisation pour trancher à ce sujet.
Des options de libéralisation à creuser
A cela sajoute la définition de loption pour la reprise de la libéralisation. La question de l'impact sur la valeur de Maroc Telecom ne peut être tranchée que si l'option de la libéralisation est définitivement fixée. Le conseil dadministration de lagence, tenu la semaine dernière, a apporté une nouveauté à ce niveau. LAnrt préconise le lancement de trois types de licences : le fixe, linternational et la boucle locale (technologie permettant déquiper chaque région à part). Lappel doffres sera moins contraignant. En clair, des cahiers des charges seront élaborés de façon à permettre à chacun de postuler pour la ou les licences quil veut, de sadjuger une ou la totalité des lots. Cette option préconise la neutralité technologique. Ladjudicataire peut utiliser la technologie qui lui semble la plus appropriée pour le redéploiement de son réseau, satellite, hertzien, câble ou autres. A noter que lors de lancien appel doffres, cette neutralité nétait pas possible. En tout cas, Méditelecom avait demandé la possibilité dutiliser ses relais du mobile et partenariat VSat pour le redéploiement du fixe. La réponse de lANRT est restée mitigée à ce sujet. La nouvelle approche lui ouvre cette voie, sil sadjuge le marché du fixe. De même, les futurs postulants nauront pas à respecter un seuil minimum pour loffre financière. Contrairement au GSM et aux autres appels doffres, le principe des enchères a été retenu par la proposition de lANRT. "Cest la demande qui façonnera le prix. Plus il y en aura, plus chère sera la contribution financière", nous confie Benchehboun. "La proposition est intéressante, mais personnellement, je ne dispose pas de tous les éléments me permettant de lapprécier dans son contexte. Il faut dégager les conclusions de létude commanditée par lANRT et les discuter dans un atelier où tout le monde sera présent, opérateurs de tout genre et même des providers", nous précise Talbi El Alami. Ce dernier avance que la proposition de lAnrt ne correspond pas aux conclusions de létude. Ce que Benchehboun réfute avec énergie. Cette "mésentente" ne constitue pas un frein. Elle aboutira certainement à de meilleures résolutions. Ce qui reste incertain en revanche, cest le calendrier.
Arrêtez tout : Maroc Telecom en premier !
Lintroduction en bourse de Maroc Telecom représente un enjeu financier alors que la libéralisation est un enjeu économique, et surtout de visibilité. Or, si lÉtat devait choisir entre les deux, loption financière gagnerait haut la main. Pour cause, la demande du budget est forte. Ce qui explique que chaque ministre a l'il fixé sur sa cagnotte. Pour Oualalou, lobjectif est de réussir lopération de la privatisation et dempocher un joli chèque. Pour Talbi El Alami, la libération lui permet de réaliser une opération dont les résultats pèseront lourd dans son CV. Le vrai enjeu est cependant ailleurs.
La reprise de la libéralisation aura un impact positif sur limage du pays. Depuis lamorce du processus, le Maroc était, et reste à quelques nuances près, classé parmi les pays leader en matière des télécommunications. Larrêt du processus en novembre 2001 a tout chamboulé. La crédibilité du pays et de ses institutions de régulation en sont sorties amoidries. Pire encore, tout récemment, le secteur a été la scène dun cafouillage assez dangereux pour la réputation du pays.
En effet, le 23 avril 2004, le ministère des Finances lance un appel doffres pour le choix de la banque daffaires en charge de la valorisation et de lintroduction en bourse de lopérateur historique. Le jour de lannonce des résultats, le groupement CFG Group et Morgan Stanley, alors classé premier, a été écarté. Le marché a été attribué à Merrill Lynch en compagnie de BNP-Paribas et Attijariwafabank. Le public na pas eu droit à une explication. Aux recalés, le ministère sest limité à évoquer un cas de "conflit dintérêt entre Vivendi et Morgan Stanley". Le cahier des charges prévoit effectivement quen cas de conflit dintérêt, le soumissionnaire est automatiquement éliminé. Lexplication semble logique, mais est-ce quelle est fondée? Daprès des proches du dossier, la décision du ministère nétait pas fondée. Selon eux, il ny avait pas conflit dintérêt. Morgan Stanley na pas de business avec Vivendi. Alors pourquoi a-t-elle été écartée ? Parce que ses analyses sur Vivendi ne correspondent pas aux attentes de notre partenaire stratégique. "Or, le cahier de charges ne stipule pas quun soumissionnaire sera écarté sil a des relations troubles avec Vivendi", ironise une source qui a préféré garder lanonymat. Ce qui mène à la seule conclusion possible : Morgan Stanley a été évincé parce que Vivendi lavait demandé. Un financier de la place sinsurge contre cette conclusion : "si cétait en Europe, cette décision aurait été une bombe. Dans notre métier, nous sommes structurés en départements et il y a une muraille de Chine entre le département recherche et les autres spécialités comme la valorisation et lintroduction en bourse". Heureusement ou malheureusement, cela sest passé chez nous. Le gouvernement a en effet préféré consulter son partenaire pour quil valide le choix de la banque daffaires. Le refus de Vivendi est tombé, lÉtat a disposé. Celui-ci a ses raisons. Lil de Oualalou ne lâche pas les 16% de Maroc Telecom que Vivendi devrait en principe ajouter à son portefeuille. La question de la valorisation prend ici toute son ampleur. Notre ministre des Finances le sait et il fera tout pour gonfler ses caisses. Au moins sur cela, il faut lui faire confiance. |
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Valorisation. Comment la licence du fixe peut augmenter la valeur de Maroc Telecom
La banque daffaires en charge de la valorisation de Maroc Telecom doit selon des analystes financiers, passer en revue létat des comptes de lopérateur par segment. Chaque licence devra être valorisé selon ce quelle réalise actuellement comme chiffre d'affaires et ce quelle présente en good will (potentiel). Les trois licences proposées suivront ainsi la même démarche. Dans le cas de la licence fixe, la banque daffaires ne manquera pas dapprécier lévolution des abonnements et la part du chiffre daffaires actuel qui lui correspond. Si les abonnements sont en hausse sur une période donnée, lintroduction dun concurrent aura un impact conséquent. Or, depuis pratiquement deux ans, les abonnements au fixe enregistrent un recul. Des avancées ont été enregistrées après le lancement des packs Al Manzil et Internet (2% d'augmentation a été enregistrée en lespace de 6 mois). Cependant, le niveau actuel reste inférieur aux nombres dabonnés enregistrés avant le boom du mobile. C'est l'international qui risque, avec le boom des call centers, de peser lourd dans la balance. |
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Contrat. Merrill Lynch veut se protéger
Le groupement constitué de Merrill Lynch BNP-Paribas et Attijariwafa Bank, est en train de négocier son contrat avec lÉtat pour la valorisation de Maroc Telecom, en vue de sa privatisation. Si tout semble se dérouler sans heurt, les deux partenaires bloquent sur la formulation dune clause du contrat. Cette dernière concerne les informations qui serviront de base à la valorisation. Daprès des sources fiables, Merrill Lynch ne veut pas endosser la responsabilité qui découlerait dune mauvaise valorisation si les informations communiquées ne sont pas exactes ou complètes. Les consultations juridiques vont bon train. Le groupement devra en principe présenter ses résultats fin octobre, pour que lintroduction en bourse se fasse en novembre ou décembre prochain. |
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