Sujet
Économie
La Vérité et la calomnie
Histoires. La Palestine racontée par ses enfants
El Glaoui. Portrait d'un collabo
N° 136
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Le désaccord qui met tout le monde d'accord
(Un Sahara officiellement marocain créerait plus de problèmes qu'il n'en résoudrait)

Après l'Amérique, l'Espagne vient de se rendre à l'évidence : il est vain d'espérer une solution au Sahara. Entre deux contrats d'armement signés avec Alger, Zapatero a ainsi déclaré la semaine dernière : "le dossier ne peut être réglé que par l'ONU, mais à condition que les deux parties se mettent d'accord". Il apprend vite, José-Luis. En décodé, ça veut dire que les deux parties peuvent continuer à ne pas être d'accord, et l'ONU à faire ce qu'elle fait très bien depuis le cessez-le feu, il y a 13 ans : de la figuration. Après tout, pourquoi prétendre régler un problème, quand les principaux concernés ne veulent pas le régler ?
Alors que son front de bataille est intérieur, l'Algérie continue à se fournir en armements conventionnels, destinés à contrer une éventuelle armée étrangère. La nôtre, évidemment. Cela ne veut pas dire que la guerre est envisagée, loin de là. Mais le maintien de cette possibilité reste un atout dont les généraux du Club des pins n'ont aucune raison de se priver, aujourd'hui comme hier, et comme demain. Un Sahara indépendant ? Ça ne les arrangerait pas non plus. Qui sait si ces guérilleros dépenaillés qui leur doivent tout ne se pendraient pas au sérieux, une fois qu'ils auraient leur pays ? Genre : "traitons d'État à État"… Et puis quoi, encore ? Un vassal est toujours préférable à un partenaire.
Et nous ? Il est évidemment exclu que nous perdions le Sahara. La monarchie ne le permettra jamais, sa survie en dépend. Mais si nous gagnons, ce ne sera pas mieux. Imaginez un Sahara officiellement marocain, ainsi reconnu par la communauté internationale. Ça créerait nettement plus de problèmes que ça n'en résoudrait ! Les FAR, d'abord. Plus rien ne justifierait leur cantonnement dans le désert. Il faudrait les faire "remonter", ce qui n'est pas sans risque pour une monarchie pas encore tout à fait sûre d'elle. Surtout si l'idée lui vient de ne pas maintenir la double solde – que rien, pourtant, ne justifierait plus. Et les "séquestrés" de Tindouf ? Une fois qu'ils ne seront plus séquestrés et qu'ils regagneront la mère patrie, que ferons-nous d'eux ? Que ferons-nous de 100.000 adultes qui ont grandi, ont été formés, que dis-je, formatés pour haïr cette puissance "coloniale et expansionniste" qu'est le Maroc ? Ces gens-là deviendront nos kurdes, et la revendication identitaire ne fera que repartir de plus belle, sous une nouvelle forme. Non franchement, la situation est beaucoup plus confortable pour nous tant qu'elle n'est pas tranchée.
Nous continuerons évidemment à nous indigner, à protester de notre bonne foi et de la mauvaise foi de l'ennemi. L'ennemi continuera à faire la même chose. Et cela pourra durer comme ça jusqu'à la nuit des temps. N'est-ce pas, M. Baker ?

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés