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Par Driss Ksikes
Et on me parle de Hassan II !
| Fouad Laroui a lart de la concision. Rien de mieux pour réussir leffet escompté dune nouvelle. Laroui a même mieux, lironie nécessaire campée en un tour de phrase. Rien de plus mordant pour écrire en clins dil. Dans "Tu nas rien compris à Hassan II", la nouvelle à laquelle le recueil (qui en comporte 16 sans lien particulier avec Hassan II), emprunte son titre, lauteur réussit le tour de force de ne rien dire quasiment sur le roi défunt, tout en évoquant, à répétition, lindifférence mêlée dintrigue quil lui inspire. Comment ? Cest lhistoire dun narrateur accoudé à un comptoir de bar ébloui par une silhouette si frêle, si angélique, à la Nadja de Breton, quimportune Hamid (Berrada, soit dit en passant) qui insiste pour lui parler de Hassan II. Epris par la beauté de cette femme élancée, mélancolique, il na pas la tête à discourir sur la politique du passé. Mais Hamid a de la suite dans les idées. Laroui retient dans les interludes, où son attention est détournée de cette vamp qui labsorbe, des bornes |
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incontournables : 23 mars, létat dexception, la responsabilité de Hassan II, puis un peu plus tard, le mea culpa du rebelle qui reconnaît que Hassan II avait le droit de se défendre, lerreur quil a faite de sentourer de "crapules" telles qu'Oufkir et Dlimi, mais aussi celle de lextrême gauche, de croire aux idéaux de Mao, etc. Tout cela nest pas livré dun bloc, mais distillé entre deux verres, deux regards furtifs et une longue hésitation à aller aborder cette femme quasi prostrée. Le pire est que Hamid, saoul, excité ou inconscient (allez savoir), nen démord pas. Cet ancien opposant de Hassan II devenu son thuriféraire inspire régulièrement l'auteur. Il tient à parler de 1981, dAbderrahim Bouabid emprisonné par Hassan II, puis de Youssoufi qui naurait pas pu être embobiné par Hassan II. Entre temps, la femme murmure quelque chose, parle au narrateur à demi-mots. "Et Hamid (lui) parle de Hassan II" ! Moralité, pensons à la femme, à cette moitié de nous mêmes si oubliée si marginalisée, au lieu de passer notre temps à gloser sur un roi qui a tout fait pour se maintenir et passer le relais à son fils pour faire cavalier seul. La force du texte est quaucune lecture nest forcée et que la politique simmisce dans lintimité littéraire par effraction...
Fouad Laroui : Tu nas rien compris à Hassan II ; Ed. Julliard
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Poésie : Lil intérieur dune mère
Rita El Khayat nest pas une mère inconsolable. Elle est devenue poète pour se consoler. Elle a transformé sa fille, Aïni Bennaï, en muse, source impérissable de mots, de flots dimages et de sensations. Après Le Désenfantement, prose dune mère désenchantée par la rupture, advient Lil du paon, tout un recueil où lauteur sefforce dégaler le génie poétique de son inoubliable il intérieur, Aïni, qui signait à lâge de neuf ans, ces vers-ci : "Le temps et les fleurs dantan / le temps et ses coquilles de neige
/ Le temps nest quun moment qui passe / et lon ne retrouve plus / Quun débri(s) après le Temps
". Prémonitoire ? Visionnaire.
Rita El Khayat : Lil du paon ; Ed. Aïni Bennaï
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Roman : Le nouveau monde, un leurre
Contrairement à la science fiction qui construit un futur hypothétique et parfois apocalyptique, Pierre Senges, jeune écrivain hétéroclite, propose dans La réfutation majeure, un récit où le passé réel est transformé en fiction. En loccurrence, le nouveau monde serait juste une invention et non une découverte et Christophe Colomb, plus un fabulateur quun explorateur. De cet argument fallacieux et génial, lauteur fait voguer lamiral de la mer océane entre traités dépoque, échanges épistolaires de princes, présupposés philosophiques et mythologies tenaces. Un délire universel.
Pierre Senges : La réfutation majeure ; Ed. Verticales
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