|
Par Karim Boukhari
Abbes ma tuer
|
De G à D
Abbes El FassiAbdelkrim Ghallab
|
En démissionnant avec fracas dAl-Alam et de lIstiqlal, Abdelkrim Ghallab perd une bataille dans la guerre qui loppose à Abbes El Fassi et stigmatise la course au pouvoir qui menace le plus vieux parti du Maroc.
Abdelkrim Ghallab la fait. Le doyen de la presse marocaine et de lIstiqlal (82 ans) a fini par craquer. Le 11 juillet, il sest fendu dun surprenant communiqué où il a annoncé sa démission dAl-Alam, le quotidien dont il était le directeur depuis des décennies, et du parti quil avait intégré à lâge de |
|
15 ans ! Deux articles, dont lun a été censuré, sont à lorigine directe de ce drame politique. Eh oui, deux malheureux écrits sont venus à bout de 67 ans de militantisme et dactivités tous azimuts qui ont mené Ghallab à la tête du plus vieux quotidien marocain, à lacadémie royale, à lUnion des écrivains, au Parlement, au Gouvernement, etc.
Le premier article, paru deux jours avant la démission, prenait la défense dAbderrazak Afilal, patron de lUGTM et membre influent de lIstiqlal, dont le nom revient désormais dans les suites de laffaire Laâfora & Co. "Le frère Afilal est victime dune campagne de dénigrement injustement montée par certains milieux médiatico-politiques", disait en gros larticle qui se solidarisait de facto avec le parrain du syndicalisme istiqlalien. Ghallab na même pas été informé du contenu de cet article dont la diffusion sest faite à son insu. Sa surprise et sa colère ont été telles que, le lendemain, il a écrit un billet pour sen laver les mains. "On ne peut pas prendre position dans une affaire en cours et pour laquelle la justice na pas tranché, quelles que soient lidentité des concernés et leur appartenance politique", disait larticle. Ghallab linsère dans lédition du dimanche. Le lendemain, à sa surprise, il découvre quil a été censuré. Doù le communiqué de la démission. Ghallab sait doù le coup est parti. Dans son dos, le secrétariat dAl-Alam a appelé la direction de lIstiqlal pour linformer du contenu du billet. Le feu-vert de la censure a été donné par Abbes El Fassi lui-même, ulcéré, nous explique-t-on dans son entourage, de ce que "le directeur dAl-Alam contrevienne au mot dordre adopté quelques jours auparavant par le comité exécutif du parti, invitant la presse du parti (Al-Alam et lOpinion) à se solidariser avec le frère Afilal". Ghallab est même allé jusquà demander au rédacteur en chef dAl-Alam, Abdeljebbar Sehimi, de retirer son nom de la liste des responsables du journal. "Vous navez pas le droit", lui oppose Sehimi. "Et vous, rétorque un Ghallab hors de lui, vous aviez le droit de me censurer ?".
La démission de Ghallab a jeté la direction de lIstiqlal dans lembarras. On prête au parti dAbbes El Fassi des contacts noués avec lentourage royal, dès le lendemain du retour de Mohammed VI de sa mission en Amérique. Pourquoi de tels contacts ? "Pour tâter le pouls dans lentourage royal, nous explique une source bien informée, lIstiqlal ne sait pas trop quoi faire avec cette patate chaude quest la démission spectaculaire de Ghallab". Les contacts et les consultations, plus ou moins formels, ont abouti, 72 heures après la démission. Le comité exécutif, réuni à cet effet, a tranché : éviter de communiquer sur le sujet et envoyer une délégation privée chez Ghallab. Lobjectif inavoué des amis dAbbes El Fassi est de convaincre Ghallab de retourner dans le giron du parti. Mais en abandonnant le contrôle dAl-Alam. Abbes El Fassi, au cours de la réunion, est allé jusquà ouvrir la discussion sur lidentité du successeur de Ghallab à la tête dAl-Alam, lequel pourrait bien être Abdeljebbar Sehimi, qui a fait toutes ses classes à Al-Alam et qui a le soutien du directeur administratif dArrissala (la société qui édite la presse du parti), Abdelhaq Tazi. Seul Mhamed El Khalifa, le mal-aimé dEl Fassi éjecté lors du dernier remaniement ministériel, a refusé le débat. Insuffisant. Le comité exécutif de lIstiqlal, après avoir décidé de soutenir Afilal, a entériné le départ de Ghallab de la presse du parti. Reste à convaincre lintéressé de réintégrer le giron du parti. Pour cela, El Fassi compte sur le conseil de la présidence, une instance qui regroupe les "historiques" du P.I : lancien S.G Mhamed Boucetta, Mhamed Douiri, Hachemi Filali, Boubkeur Kadiri, et Ghallab. Seul Boucetta peut jouer les intermédiaires, les autres étant hors du coup : Douiri garde une neutralité gênée dans cette affaire, évitant une confrontation directe avec El Fassi ; Filali na pas largumentaire pour convaincre Ghallab ; Kadiri est trop malade. Résultat : Abbes El Fassi reporte ses espoirs sur le seul Boucetta
qui ne la jamais porté dans son cur.
Mais comment en est-on arrivé là ? La réponse va, évidemment, au-delà de "léthique journalistique qui interdit de se prononcer sur une affaire en cours de jugement", réponse fournie par Ghallab pour justifier sa position sur laffaire Afilal. Au-delà de son inimitié personnelle avec le leader de lUGTM (lire encadré), le véritable problème de Ghallab sappelle Abbes El Fassi dont il na jamais accepté le leadership. Toutes ses positons vont à lencontre de celles du numéro un de lIstiqlal. Alternance, remaniement, choix des ministrables au sein de lIstiqlal, des nouveaux dirigeants, positions éditoriales
etc. Exemple : quand Jettou avait proposé la liste des nouveaux ministres istiqlaliens, Ghallab avait publiquement fait part de sa désapprobation. Mais il y a plus important encore : Ghallab explique à ses proches que "El Fassi projette de modifier les statuts du parti pour se permettre un nouveau mandat, le 3ème, à lhorizon 2007, date du prochain congrès de lIstiqlal". Pour lui, un nouveau mandat dEl Fassi achèverait lIstiqlal. Doù la stratégie adoptée par El Fassi : isoler politiquement Ghallab, lécarter de la presse du parti, se rapprocher de lUGTM via un soutien à Afilal, gagner ladministration dAl-Alam à sa cause... etc. El Fassi a tout prévu, sauf la sortie spectaculaire du pourtant réservé Ghallab.
Du coup, tout est à refaire. Comme nous lexplique cet ancien dirigeant de lIstiqlal, "Abbes El Fassi na plus dautre choix, pour éviter le pire, que de se rapprocher de ses adversaires internes". De Khalifa à Aouad, en passant par une partie des "historiques", ce nest pas ce qui manque. |
 |
Afilal. Celui par qui le scandale arrive
L'inimitié entre Abdelkrim Ghallab et Abderrazak Afilal est un secret de polichinelle pour leurs "frères" à lIstiqlal. Lun dentre eux nous explique : "Cétait en 1984, année électorale, où Ghallab désirait se présenter à Bernoussi. Afilal, dont cétait le fief, sy est opposé. Et Ghallab a finalement échoué
". En 1989, à loccasion du 12ème congrès de lIstiqlal, cétait au tour de Ghallab de sopposer violemment à la candidature dAfilal pour siéger au comité exécutif. Les congressistes se souviennent encore des échanges, très peu élégants, entre les deux hommes. Et, ce qui narrange rien à laffaire, les épouses des deux concernés, Mmes Bouayad et Zbiri, se sont livrées depuis à une guerre sans merci au sein des sections féminines du parti. Voilà pour planter le décor. Cest sur ce fond quest venue se greffer, depuis quelques semaines, laffaire Afilal. En gros, on reproche au patron à vie de lUGTM davoir eu des connections, dans les années 70-80 avec les hommes de Basri. Lahcen Haïrouf la même évoqué tout dernièrement devant les enquêteurs : Afilal aurait bénéficié de ses entrées pour soctroyer une propriété immense, près du zoo de Aïn-Sebaâ, à Casablanca, contre une somme modique. Laffaire, qui pourrait aller plus loin, a été ébruitée dans la presse, et Ghallab a décidé de ne pas en parler, là où lIstiqlal a choisi de "se solidariser avec le frère Afilal". |
|
|