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Économie
Reportage, Khouribga : Côté privé, côté public
Coup de gueule. Ces fonctionnaires de la culture
Mémoire. Les années corrida
N° 137
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Victimes sahraouies. L’IER débordée par le nombre

(Photo DR)
La mission de l’Instance équité et réconciliation ne s’annonce pas de tout repos dans les provinces du Sud. Dés sa création pourtant, en janvier 2004, l’IER avait noué le dialogue avec les victimes des années de plomb d’origine sahraouie. Un bureau a même ouvert à Laâyoune, pour recueillir les doléances des victimes. Et c’est un Mae El Aïnaine, juriste de formation, qui a été initialement chargé de la mission. Les origines sahraouies de l’émissaire de l’IER ont facilité les premiers contacts. Fin de la première phase. La deuxième a commencé il y a 3 mois par la désignation d’une commission de 3 représentants de l’IER, formée par Mae El Aïnaine, Abdelaziz Bennai et Latéfa Jbabdi.
Le trio a élu domicile dans le Sud. Il a rencontré les victimes et leurs représentants. Mais sans pouvoir donner de suite à leurs requêtes. "Il n’y a pas lieu de s’impatienter, les choses prennent un cours normal", nous indique une source à l’IER. En face, le son de cloche est radicalement différent. "L’IER nous a promis de déléguer son président Benzekri mais n’a pas tenu sa promesse, nous a indiqué le président d’une ong sur place. L’instance se dit incompétente pour le traitement des cas de victimes de mines anti-personnel, des victimes de la marocanisation, etc.". En fait, l’IER est submergée de demandes de toutes parts et elle ne sait plus où donner de la tête, d’autant que sa marge de manœuvre semble limitée. Les victimes sahraouies des années de plomb sont pour la plupart d’anciens pensionnaires des bagnes secrets de Kelaât M’gouna et Agdz. Elles seraient au nombre de 374 selon des sources marocaines (500 selon des sources polisariennes).


DGST. Laânigri joue aux arbitres

Hamidou Laânigri a un nouveau collaborateur au sein de son cabinet à la DGSN. Le nouveau "rallié" s’appelle Mohamed Mekdadi, ancien responsable du bureau de Rabat de la DGST (ex-DST). Mekdadi était en conflit ouvert avec l’actuel numéro un de la DGST, Ahmed Harare. Les origines du conflit remontent à l’époque de la succession de Laânigri à la DST, où Mekdadi et Harare, les deux principaux chefs régionaux, étaient en lutte pour remplacer le général. La course ayant tourné à l’avantage de son concurrent, Mekdadi a fait appel à l’arbitrage de l’ancien patron de la boîte, le général Laânigri. Ce dernier l’a donc pris sous son aile, en attendant de lui confier probablement un département à la DGSN.


ONU/sahara. Le procès des ralliés

Les associations de victimes du Polisario s’activent à Genève, auprès de la sous-commission onusienne chargée des droits de l’homme. Ces ONG espérent activer la machine judiciaire contre les dirigeants du Polisario, passés ou actuels, qu’elles accusent de les avoir torturés durant de longues années. Une première liste de 50 supposés tortionnaires existe, selon le représentant d’une ONG, qui ajoute que "l’ONU a enregistré les plaintes, les jugeant recevables". Dans l’absolu, rien n’écarte la possibilité d’auditionner les accusés parmi lesquels on retrouve la direction actuelle du Polisario, mais aussi deux célèbres ralliés : l'ancien chef de guerre Lahbib Ayoub et le gouverneur de Settat Omar Hadrami.


Istiqlal. Les barons entre eux

Abdelkrim Ghallab n’aura pas résisté plus d’une semaine à la nostalgie istiqlalienne ! Le vieux leader, qui avait démissionné avec pertes et fracas de la direction d’Al Alam et de l’Istiqlal, est finalement revenu sur sa décision. Il a réintégré la direction du parti, à peu près pour les mêmes raisons qu’il l'avait quittée ("Ce parti est ma vie, ma maison…", aurait-il dit à ses proches). "Le retour de Ghallab, nous indique-t-on de source istiqlalienne, s’est fait sur insistance de M’hamed Boucetta". L’ancien S.G de l’Istiqlal a donc joué les intermédiaires pour convaincre Ghallab de rentrer au bercail. Que l’on ne s’y trompe pas : le retour de Ghallab renforce le camp des adversaires de Abbes El Fassi… dont Boucetta fait partie.


Culture. Aourid, tête d’affiche

Le porte-parole du roi, Hassan Aourid, sort petit à petit de la neutralité qu’il s’est imposé. Dernière initiative en date, le lancement d’un forum à ciel ouvert devant avoir lieu le jeudi 29 juillet à Harhoura sur le peintre défunt Mohamed Kacimi. Que cela coïncide avec une fête officielle (royale) semble être purement fortuit. L’association des amis de Kacimi comptent baptiser le jour même une fondation du nom du peintre défunt. Aourid n’en est pas à sa première initiative culturelle. Le mois dernier, il a coaché de loin le printemps berbère, premier festival de taille à Agadir. Quelques mois après le 16 mai, il a été derrière l’unique grande rencontre sur la réforme du religieux à laquelle étaient conviés la plupart des penseurs, modernes et traditionnels concernés. Aourid devient-il M. Culture du Palais ?


Terrorisme. Garzon politiquement correct

C'est peu dire que la sortie très médiatique de la semaine dernière du juge antiterroriste espagnol Baltazar Garzon n'a pas été appréciée, ainsi que ses propos, moins brutaux dans la forme, tenus lors d'une conférence de presse mercredi à Madrid. Le juge n'a cependant rien concédé sur le fond. Si le nombre de terroristes potentiels - près de 1000 - qui avait tant choqué est mis sur le compte d'une certaine "confusion", il reste qu'il s'agit de "100 groupuscules composés chacun de 5 à 9 personnes". Faites le compte ! Si les groupuscules ne se trouvent "pas nécessairement au Maroc", à cause "d'une perméabilité des frontières", rien n'indique qu'ils ne s'y trouvent pas non plus. Enfin, en concluant sur "la lutte effective des autorités marocaines contre le terrorisme", il est sûr que Baltazar a dû remettre du baume au cœur de certains sécuritaires.


Procès. Basri poursuit Maroc Hebdo

Le 19 juillet, Abdellatif Mansour et Mohamed Selhami de Maroc Hebdo International ont reçu une citation à comparaître le 3 septembre 2004 devant le Tribunal correctionnel de Paris et ce, pour "diffamation" à l'encontre du plaignant… qui n'est autre qu'un exilé de renom, Driss Basri himself. Pourquoi Paris ? Est-ce parce que l'hebdomadaire est une société de droit français ? "Ce n'est pas acquis au niveau du droit" nous dit A. Mansour, il est vrai que notre journal est inscrit en France mais il est imprimé et distribué au Maroc". À l'origine de la plainte, un article paru en "Une" de l'édition du 4 juin, associant l'ex ministre de l'Intérieur à l'affaire dite Slimani-Laâfoura. Basri réclame à MHI 15.000 euros pour remboursement des frais de justice et 1 euro symbolique à titre de dédommagement moral. À suivre…


Presse. Jettou subventionne le syndicat

La subvention annuelle accordée au Syndicat de la presse marocaine (SNPM) sera augmentée au titre du prochain exercice, passant de 240.000 DH à 1 million de dirhams, soit un bond de plus 400 %. La rallonge a été accordée par les services du Premier ministre Driss Jettou. Le SNPM, pour l’anecdote, réclamait 2,4 millions de dirhams. La décision a été prise au lendemain de la rencontre entre Jettou et les journalistes, au domicile même du Premier ministre. Elle devrait être effective à partir de janvier 2005. Jettou aurait également promis un nouveau local, au quartier Hassane, pour le SNPM.


Maroc-Algérie. Improbable dégel

Sahel et son homologue Zerhouni
(Photo AFP)
Depuis la visite cette semaine du ministre de l'Intérieur El Mostafa Sahel en Algérie, les officiels des deux bords chantent leur volonté "d'approfondissement des relations de fraternité et de bon voisinage". Et le Sahara, éternelle pomme de discorde ? Aucune évolution. Il reste indiscutablement marocain pour le Maroc et, non moins indiscutablement pour l'Algérie, "une affaire de décolonisation". Alors ? "Alors on va éviter le sujet", voilà ce qu'a dit, en substance, le ministre des AE algérien Abdelaziz Belkhadem. Est-ce crédible ? Absolument pas. Car des tentatives de rapprochement qui passent à côté de l'essentiel, il y en a déjà eu plusieurs depuis l'avènement de
Mohammed VI. Benaïssa à Alger, Belkhadem à Rabat… À chaque fois, on a parlé "groupes de travail mixtes" et à chaque fois, il a fallu "relancer" ces groupes, jamais activés pour cause de déclarations venimeuses (et croisées) sur le Sahara. Le journal algérien Le Soir ne s'y est pas trompé, en écrivant que la visite de Sahel à Alger n'avait "aucun intérêt". Méchant, mais juste.


GSU. Bensaïd veut partir

Le premier congrès de la Gauche socialiste unifiée (GSU), qui se déroule en ce moment même à Casablanca, devrait déboucher sur l’élection d’un seul S.G, là où le parti, qui existe depuis trois ans, en comptait quatre. "L’expérience des quotas et du secrétariat général pluriel a été un échec", admet ce membre de la direction. Le cas Mohamed Bensaîd Aït Idder devra également être discuté : le président d’honneur de la GSU souhaite prendre sa retraite. Reste à savoir qui le remplacera, et si le portefeuille même de président continuera d’exister tant le titre a été créé pour coller au profil fédérateur de Bensaïd. La Koutla reste à l’ordre du jour chez la GSU, alors que le projet RGD, rassemblant l’extrême-gauche de la GSU, a été renvoyé sine die.


Al Maghribia. Une nouvelle chaîne de télé pour les MRE

Elle s’appellera Al Maghribiya. Elle s’est choisie comme canal de transmission Arab Sat 26 et elle sera chargée de vendre l’image du Maroc dans le monde arabe et aux MRE. La chaîne dont le concept a éclos dans le secret de réunions entre les deux chaînes et le ministère de la Communication est un mix bilingue entre les programmes stars de la TVM et 2M. Le démarrage sera timide avec 8 heures de diffusion quotidienne avant de passer aux 24 heures ambitionnées initialement. Côté logistique, c’est la TVM qui a décaissé. Régie digitale, studio ultra-équipé, habillage, tout y est, seule la date de lancement fait encore l’objet de quelques hésitations.


Rabat-Ryad. Fin du vide diplomatique

L'Arabie saoudite a enfin procédé à la nomination d’un nouvel ambassadeur au Maroc, après trois mois d’un curieux vide diplomatique. Le nouveau titulaire au poste s’appelle Mohamed Ben Abderrahmane Ben Abdelaziz El Bachir, reçu en début de semaine par Mohamed Benaissa, après avoir été agréé par les autorités marocaines. Cette nomination est intervenue quelques jours avant l’arrivée du prince Soltane, le numéro 3 de la dynastie, au Maroc dans le cadre d’une visite privée. Une arrivée dûment saluée par la télévision marocaine. Le message, d’après des milieux informés, serait le suivant : le courant passe toujours entre Ryad et Rabat et, plutôt que d’en débattre, multiplions les petits signes d’apaisement de part et d’autre. Reçu cinq sur cinq.


Nominations. La valse des commis d’Etat

En deux jours, le roi a nommé 6 responsables d’institutions publiques, 2 walis, 26 gouverneurs et 4 directeurs au ministère de l’Intérieur. Derrière cette valse administrative, deux gros messages. Primo, le roi veut rebooster le tourisme, en remerciant une Fathia Bennis malade et contestée à l’ONMT, pour la remplacer par un Abbès Azzouzi ayant les faveurs de Adil Douiri. À mi-cheval entre tourisme et habitat, le CIH revient à un Khalid Alioua, vaguement gestionnaire (maîtrise en 1971) et pas prêt de sitôt de s’avouer vaincu à l’USFP. Autre priorité majeure, la gestion des provinces sahariennes. Ainsi, à la place de Ali Kébiri, un sécuritaire pur et dur, homme clé du renseignement dans la région, le roi nomme Amine Lahcen Demnati, ex-ministre et directeur de l’ANRT. Signe s’il en est, estime ce connaisseur du dossier, que "le développement prend le pas sur le tout sécuritaire". Pour le reste, c’est un peu les vases communicants.


Prisons. Bouzoubaâ harcelé

Le ministre de la Justice n’a qu’à se tenir prêt. Les associations de droits de l’homme (AMDH et OMDH) et l’Observatoire marocain des prisons perdent patience. Après moult tentatives de rencontres avec Mohamed Bouzoubaâ, auxquelles il n’a pas donné suite, les trois ONG comptent se présenter, dès la semaine prochaine, en force devant son bureau pour le mettre devant le fait accompli. Leurs griefs ? Les conditions désastreuses de détention, le surpeuplement des prisons et bien d’autres données récentes sur les prisonniers du terrorisme. L’action concertée du trio ne sera pas inopinée. Ils comptent rencontrer, lundi 26 juillet la presse, faire de la publicité autour, voir si le ministre cède au chantage, avant de passer à l’acte. Ça chauffe !


Historiens. Hassan II sujet d'étude

Des historiens marocains s’apprêtent à étudier les années Hassan II de plus près. Le colloque, prévu en octobre 2005 et coordonné par Mohamed Kenbib, permettra pour la 1ére fois dans les annales de la faculté des lettres de Rabat, de passer en revue les recherches menées sur la période post-coloniale et les témoignages parus dans la presse à ce sujet. Imaginez, 1965, les putschs militaires et civils, les procès de 1973, Tazmamart qui ne cessent d’être des tabous académiques. Le comité veut en faire un point de départ pour jeter des ponts entre chercheurs (historiens, sociologues), et interpeller les journalistes, afin de mieux appréhender le passé récent. Une brèche est ouverte, enfin !


Partis. Crise à l'UD, 5 MDH en otage

Malgré l'intermédiation de Mahjoubi Aherdane et de Mohand Laenser, la confusion règne toujours à l'UD (Union démocratique), dont le président Bouazza Ikken a été destitué par son bureau politique. Ikken a riposté en convoquant un conseil national… chez lui ! Conseil qui a débouché sur la création de nouvelles instances, dont un nouveau bureau politique, qui a promptement réélu l'ancien président. Deux bureaux politiques de l'UD coexistent donc, à l'heure où nous mettons sous presse. Ce qui pose un problème de taille : qui a la main sur le "trésor de guerre du parti", plus de 5 MDH de subventions étatiques ? Ikken et le bureau politique (le premier) ont demandé à la banque de bloquer le compte du parti, en attendant que la situation se débloque. Si aucun règlement à l'amiable n'est trouvé, il faudra passer par une plainte en justice.


Fondation. L’ONA proche du peuple

Vous le saviez déjà, la Villa des arts change de directrice. Sylvie Belhassan, qui part en très bons termes avec la fondation ONA (manière élégante de présenter sa démission), "sera sollicitée dans l’avenir comme conseillère sur des projets menés à l’étranger", confie le président, Rachid Slimi. Pour le reste, la fondation projette de devenir "moins élitiste" dans ses projets culturels. Une telle institution, si proche du Palais, saurait-elle être proche du peuple ? L’idée, en gestation, consiste à "favoriser les arts qui s’expriment plus spontanément dans la ville", ajoute Slimi, lequel ne s’empêche pas d’avoir une pensée pour l’élite. Car, en parallèle, la refonte annonce également la création d’un think tank. Déstabilisant.


Télé. Le carton de Studio 2M

À en croire une étude d’audience réalisée par Créargie à l’issue du troisième prime de Studio 2M, 80% des 462 personnes interrogés ont suivi l’émission et 87% des mêmes ont déclaré l’avoir appréciée. Toujours est-il que le programme cartonne et que le public en redemande. Ce qui ne nous empêche pas de trouver un brin déplacé le fait de faire interpréter aux candidats anglophones et francophones des morceaux en arabe - langue qu’ils ne maîtrisent pas - dans les prochains primes : "Inversement, les candidats qui jusque-là ont chanté en arabe devront aussi chanter en français ou en anglais", corrige Anis Hajjam, coach des pop stars de la deuxième chaîne. Ce n’est donc pas Abdelhadi Belkhayat qui a fait des siennes ! (lire en page 44).


3 questions à Ignace Dalle (Journaliste et écrivain)

Votre prochain livre s’intitule Les trois rois. Pourquoi ce titre, y a-t-il continuité entre Mohammed V, Hassan II et Mohammed VI ?
Tout à fait. Il y a certes des sensibilités différentes entre le grand-père et le père, comme entre le père et le fils. Mais il y a une cohérence formidable dans le système. J’ai choisi cet angle-là, parce qu’au Maroc, aujourd’hui encore, tout tourne autour du monarque. Le reste est accessoire.

Qu’avez-vous appris des différents ténors de la classe politique ?
J’ai compris comment des gens qui ont eu un comportement honorable, au
moment du protectorat, se sont fait petit à petit posséder par le système. Face aux menaces, à la corruption, les plus courageux sont morts, se sont exilés ou ont été marginalisés. Ils n’ont pu résister au Palais et à ses affidés. Youssoufi, par exemple, n’ayant pas la forte personnalité de Bouabid, s’est couché devant les oukases du monarque.

C’est donc une lecture orientée de notre histoire contemporaine que vous proposez…
Je ne prétends pas faire un livre d’histoire. Mais j’espère ouvrir des pistes de recherche. Car j’ai pu, durant ces deux années et demie, recueillir les témoignages de plusieurs politiciens et consulté des archives fraîchement disponibles sur la période 1956-1965.



Billet : La démocratie, c’est la reconnaissance (par Driss ksikes)

Qu’elle soit à moitié nue ou drapée de pudeur, seule compte sa prestance. Qu’il chante en anglais ou s’extasie en darija, seule m’importe son aisance vocale. Qu’il vienne de Marrakech ou de Berlin, seule pèse dans la balance sa volonté de s’affirmer. Les patriotes zélés de Studio 2M, qui exigent de tous une dose d'arabe, l’oublient souvent, la démocratie commence lorsqu’on reconnaît quelqu’un pour ce qu’il est. Elle se confirme, lorsqu’on admet qu’il y ait une multitude d’êtres qui cohabitent sans s’assimiler. Si ces jeunes réunis le temps d’un concours musical sont enchantés, c’est parce qu’à l’origine, une télé publique les a conviés à affiner leurs passions individuelles, non à prouver qu’ils sont conformes à une identité collective ou linguistique. Une fois leur besoin de reconnaissance assouvi, vous l’avez bien vu, ces jeunes ont fait don d’une générosité débordante. Nous ne parlons là que d’heureux élus, propulsés par leur talent et leur télégénie. Transposez la formule en politique. Imaginez des partis qui acceptent que des jeunes, conservateurs ou humanistes, utopistes ou pragmatiques, les bousculent. Imaginez un État qui se décentralise pour de bon, au point de libérer les énergies et d'accepter que la décision provienne de dynamiques locales. Imaginez, enfin, des décideurs qui ne proviennent que des urnes et des politiques qui tirent leur légitimité du débat qu’ils cultivent avec ceux qui soutiennent leurs choix ou les contestent. C’est du pur fantasme. Mais sans cette révolution là qui donnerait à chacun le sentiment que sa voix, son être, ses choix sont reconnus ou du moins pris en compte, on continuera à vivre au milieu d’ombres indifférentes, de silhouettes qui finissent par filer à l’anglaise ou au h’reg à la marocaine.



Humeur : Ce que Makhzen veut… (par Karim Boukhari)

Les destins politiques tiennent à très peu de choses. Prenez un Khalid Alioua, par exemple. Sa nomination à la tête du CIH est une invitation à l’exercice d’une drôle de gymnastique intellectuelle : que faut-il pour être quoi, quand et où ? L’ancien ministre USFP aux manières de gentleman reste sur une longue série de désillusions politiques. Il y a encore deux ans, il espérait à peu près tout : remporter la mairie de Casablanca, se forger un destin national à l’ombre de son mentor Abderrahmane Youssoufi, redorer le blason du journal Al-Ittihad Al-Ichtiraki dont il a hérité, etc. Alioua était en droit de rêver à tout cela à la fois, mais il a tout raté. Malheureusement. Éjecté du gouvernement, éliminé de la course à la mairie, privé de soutien à l’intérieur de son propre parti et barré de son journal dont il n’était plus que le directeur de la rédaction théorique. Échec total pour un ambitieux battu à la régulière.
C’est un jeune has been qui, il y a quelques semaines, avait pris l’avion pour la France "pour faire un bilan de santé", en fait pour oublier ses malheurs dans les douceurs de la vie parisienne. "Pauvre Alioua qui ne mérite pas de tomber si bas", disait-on dans son premier cercle d’amis. Parti sur la pointe des pieds après avoir épuisé tous les recours ou presque, le voilà qui revient par la grande porte, propulsé à la tête d’une grande banque d’État : le si décrié CIH. Alioua a rebondi, peut-être bien à son corps défendant, de la plus incroyable des façons. Il est à l’entrée d’une prestigieuse carrière bancaire, lui que la logique politique (et logique tout court) prédestinait aux salons feutrés de la diplomatie, aux tribunes des meetings populaires, aux empoignades de la gestion communale, au bureau de l’OJD, etc. Ce que le Makhzen veut…



Et un chantier bouclé, un !

Les fameux "50 projets" (TelQuel n°127) portés par le réseau des associations de quartier et la CGEM, avancent à grands pas. L'un d'entre eux a même été achevé cette semaine. Avec le soutien financier du promoteur immobilier Al Mawlid, les volontaires de l'association des chantiers sociaux marocains (section Sidi Bernoussi) ont terassé une piste (anciennement dépotoir sauvage), par laquelle transitent quotidiennement 3000 ouvriers. La Lydec et l'arrondissement de Bernoussi ont aussi participé à l'opération. C'est fait. Bravo !



Vite !

La directrice de la crèche Ililane à Rabat (affaire de pédophilie), ainsi que d’autres personnes, sont en garde à vue. Le juge d’instruction attend de les entendre par rapport aux témoignages accusant la mère de l’enfant Adib de proxénétisme et que la directrice aurait (encore) commandités contre des sommes d’argent. Procès en appel, le 26 juillet.

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Chaouen qui a accueilli le week-end dernier son 1er festival organisé par la wilaya de la ville et l’agence du Nord a sa propre conception de l’hospitalité. C’est, en effet, un mokhazni armé d’une mitraillette qui accueillait les festivaliers à l’entrée de la préfecture où se déroulait une partie des festivités. Au même endroit, un autre mokhazni doublé d’un agent de la police sommaient d’un "ryeh" ("assis!") tous ceux qui avaient la mauvaise idée de se lever pour danser devant la scène sur des musiques on ne peut plus rythmées.

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Pas de surprise chez Ennahj Addimocrati. Les héritiers d’Ilal-Amam ont choisi de reconduire Abdellah El Harif au poste de S.G, pour une durée de 4 ans. Le parti, qui est à gauche de tout l’échiquier politique marocain, n’a toujours pas de récépissé, gardant ainsi son statut de "toléré sans être reconnu ". Son congrès, organisé en fin de semaine, avait reçu in extrémis l’autorisation des autorités marocaines.

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Le Maroc accueille le deuxième Forum Social, sous le thème "Un autre Maroc est possible, un autre monde est possible, agissons ensemble pour les construire". Les 27-28 et 29 juillet prochains, le campus universitaire de Rabat verra la fine fleur universitaire, associative marocaine, mais aussi Bernard Cassen d'Attac international ou encore le Palestinien Mustapha Barghouti.

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Annahda (la renaissance), le nouveau parti rassemblé il y a quelques semaines autour de "jeunes déçus", attend toujours son récépissé. Non, annahda n’a rien de subversif, il est victime du retard pris par la promulgation de la loi sur les partis.

 
 
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