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N° 137
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Le corps, c’est le sexe. Donc un tabou"

Lahcen Zinoun,
Danseur
Antécédents

    1946 : naissance, enfance à Derb Moulay Cherif, Hay Mohammadi, Casa
    1964 : prix du conservatoire de Casablanca, quitte le Maroc pour Bruxelles
    1971 : danseur étoile au ballet royal de Wallonie
    1988 : son fils Qaïs obtient le premier prix de danse de Lausanne, à 17 ans
    2002 : son second court-métrage est projeté au festival du film de Marrakech

Smyet Bak ?
Lhoucine Ben h'med Ait Zaynoune.

Smyet Mok ?
Aicha Bent Ali.

Nimirou d'la carte ?
B 621 127.

J'ai l'impression de vous avoir déjà vu…
Oui, j'ai été convoqué une première fois il y a presque un an.

Et vous savez pourquoi vous êtes là aujourd'hui ?
Pour les derniers événements, je suppose.

Pour coups et blessures M. Zinoune. Ce n'est pas très classe pour un artiste comme vous d'agresser un journaliste !
C'est de la diffamation, ni plus, ni moins. Je n'ai pas dit un mot jusqu'à présent. Cette semaine, il y a eu une réconciliation pour que le journaliste retire sa plainte, et pour que je ne dépose pas la mienne.

De quoi vous voulez vous plaindre ? De vous être fait mal en tapant sur un journaliste qui a critiqué votre réalisation au Festival des arts populaires ?
J'ai été bafoué dans ma dignité. Tout ce qui a été écrit et dit est, je le répète, de la pure diffamation. Aucun artiste présent au festival n'a critiqué mon œuvre. J’ai toujours respecté tous les artistes avec lesquels je travaille et j’ai toujours respecté l’esprit de leur œuvre et de leur création.

Et les coups et blessures alors, c'était du maquillage ?
Il y a eu discussion. J'étais en retard à ma représentation, la finale en plus. Ce monsieur était sur mon chemin et je l'ai bousculé.

Lui causant 30 jours d'invalidité. Vous êtes un véritable bulldozer !
Si j'avais déposé plainte, cela aurait été grave pour beaucoup de monde. Et d'abord pour les médecins qui ont délivré cette attestation. C'est ce que j'allais faire d'ailleurs et c'est ce qui explique mon silence. Mon avocat, Abderrahim Berrada, m'a interdit de me prononcer concernant cette affaire pour ne pas le gêner dans son travail.

Pourquoi avoir accepté la réconciliation si vous êtes si sûr de ce que vous dites ?
Je n’ai pas envie de faire un scandale. Le garçon s’est excusé d’avoir porté atteinte à ma personne. Il ne faut pas rester sur un incident aussi insignifiant.

À l’origine de cet "incident", il y a cet article qui critique votre manière de fusionner des danses du folklore. Vous ne croyez pas que c’est un registre assez délicat pour prétendre le révolutionner ?
Mon attitude dérange, c’est sûr. Sauf que moi, je suis chorégraphe et académicien. Je vois l’origine de n’importe quel pas de danse et malheureusement, je constate que nos danses ont été figées. Je peux vous dire que je n’ai encore rien fait de spécial. Je me suis juste permis, et je défie qui que ce soit de le faire, de fusionner quelques danses populaires.

Hassan II vous l’avait pourtant sèchement interdit !
Jamais, mais il avait fait une remarque pertinente. Il a dit que pour toucher au folklore, il ne fallait pas être seul. Qu’il fallait être une équipe d’ethnologues, d’anthropologues, de costumiers, de bijoutiers, etc.

C’est peut-être politique le folklore, après tout ou sacré ?
Non, mais nous sommes très jalousés sur ce registre. Moi, j’ai une crainte. De tous les arts traditionnels, seulement deux ont évolué : la cuisine et le costume. Les autres sont restés figés et se perdent d’une génération à l’autre. Les pas de danse n’ont pas traversé les générations, ne se sont pas transmis. Parce que la danse, c’est le corps. Et le corps, c’est le sexe. Donc, un tabou. Et tant que le corps ne s’exprime pas, on ne pourra pas évoluer.

 
 
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