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Économie
Reportage, Khouribga : Côté privé, côté public
Coup de gueule. Ces fonctionnaires de la culture
Mémoire. Les années corrida
N° 137
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Reportage, Khouribga : Côté privé, côté public
Coup de gueule. Ces fonctionnaires de la culture
Mémoire. Les années corrida

Par Maria Daïf

Coup de gueule. Ces fonctionnaires de la culture

Au départ, je comptais écrire un article sur les festivals organisés par le gouvernement. Tout a basculé quand j'ai mis les pieds au ministère de la culture.


Le ministère de la Culture ne communique jamais et c’est depuis longtemps devenu une lapalissade. Peu de fax, peu de communiqués, pas d'e-mails quel que soit l’événement. Soit. Vous les appelez et on vous passe dix postes avant le bon. Et encore, puisqu’on finit toujours par vous répondre nonchalamment (genre "fichez-nous la paix") : "La personne que vous cherchez n’est pas à son poste". Bref, de quoi vous faire maudire toutes les administrations de la terre.
Il a fallu une goutte pour faire déborder le vase. Une visite au ministère. Au départ, le projet d’un article sur les festivals
qu’organise le ministère de la Culture et dont personne ne sait rien. Mettant mes rancœurs de côté, je décide il y a quelques trois semaines de les appeler. Pour des raisons obscures, on me fait comprendre que je n’aurai rien. Pas une miette d’information. Revirement de situation tout aussi obscur, Monsieur le conseiller du ministre à la Communication me contacte himself pour me prouver sa bonne foi et sa volonté de collaborer. Tiens tiens, me serais-je trompée ? Aurais-je jugé trop vite ces respectables hommes et femmes nobles et courageux qui sont au service de la culture ? D’autant plus que le conseiller du ministre me certifia qu’il avait tout ce qu’il me fallait et qu’il allait mettre à ma disposition un catalogue sur tous les festivals du ministère. Awwah ! Un catalogue gaâ. Que veut le peuple ? Anyway, le rendez-vous est pris et je confirme mon article à mon rédac' chef.
Arrivée au ministère de la Culture. "Si" le conseiller me reçoit d’emblée par un "Je ne suis pas censé être là aujourd’hui, je suis en vacances et je suis venu spécialement pour vous". Au ton, c’est clair, voilà ce qu’il voulait me signifier : c’est une faveur que je vous fais. Et ce n’était que la première de la liste. Pendant quelques minutes, le conseiller s’évertue, je me demande encore pourquoi, puisque je n’ai rien demandé, à répéter que sans lui ce ministère ne serait rien, que ses assistantes étaient des incompétentes incapables d’envoyer correctement des fax et que lui se tuait au travail. D’ailleurs, c’est ce qu’il allait me prouver en allant au bureau d'à côté me chercher le dossier de presse de Rawafid qui n’était pas encore ficelé. Imaginez toute la peine qu’il s’est donnée ! Se lever, aller au bureau d'à côté et revenir, c’est du boulot ! wBref revenons à ce qui m’a fait aller là-bas. Le fameux catalogue : "Ça a été dur de vous le trouver", dira "Si" le conseiller en me sortant d’un carton… une feuille volante. J’ai vraiment failli m’étrangler. Sur la feuille bleu et blanc, la liste des festivals initiés par le ministère et rien d’autre. Ouah, rien, même pas "excusez-nous de vous avoir fait venir pour un papier qu’on aurait pu vous faxer" ! Je me ressaisis, esquisse un sourire jaune et explique qu’il m’en faut hélàs beaucoup plus pour un article et qu’il me faudra discuter avec les chargés des festivals sur chaque événement, son historique, sa programmation… Sur ce, Si le conseiller à la communication réfléchit et m’informe que ce n’était pas son boulot mais celui de la cellule de Si Issa Ikken, l’autre conseiller à je ne sais quoi : "C'est lui et son équipe qui se chargent de l’organisation des festivals". Pas de problème, j’ai que ça à faire, je demande à aller les voir.
On atterrit donc dans le bureau de Ikken, que je connaissais de nom et de réputation : artiste-peintre fonctionnarisé, il est la bête noire de plus d’un artiste. Mais bon, avoir des à priori n’est pas un bon réflexe professionnel et toute info demande à être confirmée. Ça ne tardera pas à se faire. Je me présente devant un Ikken derrière son bureau, stoïque en me jetant des regards tout sauf hospitaliers. Avant même d’avoir fini ma phrase, l’homme rugit, mugit, hennit et comme atteint d’une folie furieuse subite me signifie haut et fort et les bras levés qu’il est trèèèès occupé et qu’il n’a pas de temps à me consacrer. Je ne sais pas pourquoi mais tout de suite, Issa Ikken m’a rappelé les moqaddem des mouqatâate quand vous leur demandez un certificat de résidence. La même posture, le même ton, et le même mépris de la personne en face. Bref, toujours sur le même ton désagréable, limite insultant, Monsieur le Conseiller, retraité du ministère de la Jeunesse et des Sports et récupéré par la Culture à plus de 60 ans, me jette à la figure : "Je n’ai pas que ça à faire, ni moi ni mes collaborateurs, allez voir avec la directrice des Arts", qui rôdait dans les parages son téléphone portable à l’oreille. Disons-le, ma patience était à bout. Je lui sers d'emblée "Madame la directrice des Arts, à quoi ça sert d’organiser des festivals si personne n’est au courant et que vous ne communiquez jamais autour ?". Elle répond par un "On a tellement de choses à faire" évasif et retourne au bureau de Ikken pour en ressortir quelques secondes plus tard, accompagnée du bonhomme, complètement transformé. Prenant des airs mielleux et un sourire des plus faux, baissant cette fois-ci la voix, il m’invite poliment, gentiment, à revenir le lendemain sans oublier de quémander un merci de ma part. Je n’y suis pas allée le lendemain. J’ai peut-être eu tort, mais je l’assume. J’ai besoin d’avaler la pilule. Au ministère, j’ai compris encore un peu plus ce qu’était un pays sous-développé.



On achève bien les artistes

Encore plus déprimant, ce sont les lauréats de l’ISADAC, Institut supérieur d’art dramatique, affectés au ministère de la Culture et auxquels on a promis monts et merveilles : possibilité de créer des événements, d’en chapeauter, bref de faire profiter le ministère de leur jeunesse et de leur dynamisme. Ce qu’ils sont devenus ? De simples exécutants SBF (sans bureau fixe) au service d’un diwane et qui doivent attendre que leurs supérieurs soient là pour envoyer des fax ou passer des coups de fil. De sans statut (les artistes n’en ont pas), ils sont passés à celui de fonctionnaires, dépendant d’un maigre salaire qui leur permet d’exercer ailleurs leur art, qui ne paye point. Acteurs, metteurs en scène traînent dans les couloirs, l’âme en peine. L’implication et l’initiative ? Ils ne peuvent plus en faire preuve. Déjà las… On achève bien les artistes.

 
 
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