Au départ, je comptais écrire un article sur les festivals organisés par le gouvernement. Tout a basculé quand j'ai mis les pieds au ministère de la culture.
Le ministère de la Culture ne communique jamais et cest depuis longtemps devenu une lapalissade. Peu de fax, peu de communiqués, pas d'e-mails quel que soit lévénement. Soit. Vous les appelez et on vous passe dix postes avant le bon. Et encore, puisquon finit toujours par vous répondre nonchalamment (genre "fichez-nous la paix") : "La personne que vous cherchez nest pas à son poste". Bref, de quoi vous faire maudire toutes les administrations de la terre.
Il a fallu une goutte pour faire déborder le vase. Une visite au ministère. Au départ, le projet dun article sur les festivals
quorganise le ministère de la Culture et dont personne ne sait rien. Mettant mes rancurs de côté, je décide il y a quelques trois semaines de les appeler. Pour des raisons obscures, on me fait comprendre que je naurai rien. Pas une miette dinformation. Revirement de situation tout aussi obscur, Monsieur le conseiller du ministre à la Communication me contacte himself pour me prouver sa bonne foi et sa volonté de collaborer. Tiens tiens, me serais-je trompée ? Aurais-je jugé trop vite ces respectables hommes et femmes nobles et courageux qui sont au service de la culture ? Dautant plus que le conseiller du ministre me certifia quil avait tout ce quil me fallait et quil allait mettre à ma disposition un catalogue sur tous les festivals du ministère. Awwah ! Un catalogue gaâ. Que veut le peuple ? Anyway, le rendez-vous est pris et je confirme mon article à mon rédac' chef.
Arrivée au ministère de la Culture. "Si" le conseiller me reçoit demblée par un "Je ne suis pas censé être là aujourdhui, je suis en vacances et je suis venu spécialement pour vous". Au ton, cest clair, voilà ce quil voulait me signifier : cest une faveur que je vous fais. Et ce nétait que la première de la liste. Pendant quelques minutes, le conseiller sévertue, je me demande encore pourquoi, puisque je nai rien demandé, à répéter que sans lui ce ministère ne serait rien, que ses assistantes étaient des incompétentes incapables denvoyer correctement des fax et que lui se tuait au travail. Dailleurs, cest ce quil allait me prouver en allant au bureau d'à côté me chercher le dossier de presse de Rawafid qui nétait pas encore ficelé. Imaginez toute la peine quil sest donnée ! Se lever, aller au bureau d'à côté et revenir, cest du boulot ! wBref revenons à ce qui ma fait aller là-bas. Le fameux catalogue : "Ça a été dur de vous le trouver", dira "Si" le conseiller en me sortant dun carton une feuille volante. Jai vraiment failli métrangler. Sur la feuille bleu et blanc, la liste des festivals initiés par le ministère et rien dautre. Ouah, rien, même pas "excusez-nous de vous avoir fait venir pour un papier quon aurait pu vous faxer" ! Je me ressaisis, esquisse un sourire jaune et explique quil men faut hélàs beaucoup plus pour un article et quil me faudra discuter avec les chargés des festivals sur chaque événement, son historique, sa programmation Sur ce, Si le conseiller à la communication réfléchit et minforme que ce nétait pas son boulot mais celui de la cellule de Si Issa Ikken, lautre conseiller à je ne sais quoi : "C'est lui et son équipe qui se chargent de lorganisation des festivals". Pas de problème, jai que ça à faire, je demande à aller les voir.
On atterrit donc dans le bureau de Ikken, que je connaissais de nom et de réputation : artiste-peintre fonctionnarisé, il est la bête noire de plus dun artiste. Mais bon, avoir des à priori nest pas un bon réflexe professionnel et toute info demande à être confirmée. Ça ne tardera pas à se faire. Je me présente devant un Ikken derrière son bureau, stoïque en me jetant des regards tout sauf hospitaliers. Avant même davoir fini ma phrase, lhomme rugit, mugit, hennit et comme atteint dune folie furieuse subite me signifie haut et fort et les bras levés quil est trèèèès occupé et quil na pas de temps à me consacrer. Je ne sais pas pourquoi mais tout de suite, Issa Ikken ma rappelé les moqaddem des mouqatâate quand vous leur demandez un certificat de résidence. La même posture, le même ton, et le même mépris de la personne en face. Bref, toujours sur le même ton désagréable, limite insultant, Monsieur le Conseiller, retraité du ministère de la Jeunesse et des Sports et récupéré par la Culture à plus de 60 ans, me jette à la figure : "Je nai pas que ça à faire, ni moi ni mes collaborateurs, allez voir avec la directrice des Arts", qui rôdait dans les parages son téléphone portable à loreille. Disons-le, ma patience était à bout. Je lui sers d'emblée "Madame la directrice des Arts, à quoi ça sert dorganiser des festivals si personne nest au courant et que vous ne communiquez jamais autour ?". Elle répond par un "On a tellement de choses à faire" évasif et retourne au bureau de Ikken pour en ressortir quelques secondes plus tard, accompagnée du bonhomme, complètement transformé. Prenant des airs mielleux et un sourire des plus faux, baissant cette fois-ci la voix, il minvite poliment, gentiment, à revenir le lendemain sans oublier de quémander un merci de ma part. Je ny suis pas allée le lendemain. Jai peut-être eu tort, mais je lassume. Jai besoin davaler la pilule. Au ministère, jai compris encore un peu plus ce quétait un pays sous-développé.
On achève bien les artistes
Encore plus déprimant, ce sont les lauréats de lISADAC, Institut supérieur dart dramatique, affectés au ministère de la Culture et auxquels on a promis monts et merveilles : possibilité de créer des événements, den chapeauter, bref de faire profiter le ministère de leur jeunesse et de leur dynamisme. Ce quils sont devenus ? De simples exécutants SBF (sans bureau fixe) au service dun diwane et qui doivent attendre que leurs supérieurs soient là pour envoyer des fax ou passer des coups de fil. De sans statut (les artistes nen ont pas), ils sont passés à celui de fonctionnaires, dépendant dun maigre salaire qui leur permet dexercer ailleurs leur art, qui ne paye point. Acteurs, metteurs en scène traînent dans les couloirs, lâme en peine. Limplication et linitiative ? Ils ne peuvent plus en faire preuve. Déjà las On achève bien les artistes.