"Lhaj Boualem parle de patriotisme, de fierté marocaine. Une notion que Zakaria ne retrouve que pour les matchs de foot"
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem est présentement affalé sur un seddari, lequel seddari est situé dans la maison familiale de la famille Boualem, à Guercif. Notre homme a rejoint la capitale du Far West pour un week-end en famille. Il a bravé la température caniculaire, la route tentaculaire et le manque dair pour venir se goinfrer de la rfissa de maman Boualem. Petit point météo rapide, histoire dexpliquer aux néophytes que Guercif, durant lété, prend un malin plaisir à se déguiser en four à pain sans pain, et affiche fièrement une température moyenne de 42 degrés. Zakaria Boulem se méfie des statistiques, à cause dun professeur local qui lui a expliqué dans sa tendre enfance : "Les statistiques, ça veut rien dire. Si tu as la tête dans un four et les pieds dans un frigo, alors, en moyenne, tu es bien
". Mais là, Zakaria nest pas bien. Il a chaud, le bougre, et il a la digestion difficile, aussi. À ses côtés, l Haj Boualem est immobile, une technique de résistance à la chaleur héritée de longues années dexpérience. Lhaj Boualem est un personnage étonnant. Après avoir goûté à tous les plaisirs de la vie sans la moindre retenue, il sest découvert un destin dhomme pieux aux environs de la soixantaine - le parcours classique. Il sest laissé pousser une petite barbe blanche sur le menton, un tsabih au bout des doigts et une rezza orange fluo sur le crâne, chauve bien entendu. Il adore raconter sa vie, et Zakaria Boualem, lui, trouve du plaisir à lécouter. Le thème de la journée, cest son passé |
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de résistant, dont il tire une immense fierté. À lécouter, on a limpression que cest lui qui a viré les Français, le haj. Zakaria Boualem écoute dune oreille, en se demandant si tout cela est vrai :
- Oullah, mon fils, un jour, jai fini au poste parce que jai crié : à bas guimolé sur le marché !
- Guimolé ?
- Oui, a mineufcent quelque chose
Ahhh ouldi, on les a fait souffrir had lfrancess
Zakaria Boualem ne se demande même plus si les hauts faits darmes de son grand-père sont exacts. Le fait même de pouvoir en tirer une fierté quelconque lui semble incroyable. Pour lui, il ny pas de quoi se vanter davoir viré les Français, au contraire. Le plus étonnant, cest que lhaj est convaincu, encore aujourdhui, davoir réalisé une grande chose. Mais Zakaria Boualem nest pas au bout de ses surprises puisque lhaj, lair de rien, lâche un scoop retentissant :
- A milneufcencinquantset, jai refusé la nationalité française, a ouldi. On avait de lorgueil, je leur ai jeté leurs papiers à la figure, had lfrancess
- Ahhhh !!! Mais pourquoi ?
Lhaj explique son geste. Il parle de patriotisme, de fierté marocaine. Des notions que son petit-fils ne redécouvre que tous les quatre ans, quand les Marocains battent lÉgypte au foot. Il regarde son grand-père dun il irrité. À cause de son souffle tordu (nefsaouja, version originale, quon peut traduire par orgueil mal placé), il se trouve privé de ses droits élémentaires. Il aurait pu avoir une sécurité sociale décente, des allocations familiales, des élections où on ne parle pas de lanternes et de chevaux. II aurait sûrement pu organiser une Coupe du monde, même, ou rien qu'un championnat décent. Le Hassania de Guercif jouerait la Champions league, U2 en concert à Oujda, des bières sur les terrasses et des poubelles propres, comme à la télé.
Zakaria Boualem sapprête à expliquer tout cela à son grand-père, toujours convaincu du bien-fondé de son action patriotique davoir viré had lfrancess
Il se relève, et au moment de prendre la parole, se ravise à la dernière minute. Il est ému par son grand-père. De quel droit peut-il lui asséner de telles horreurs, à un vieil homme qui a déjà vu la moitié de sa progéniture émigrer vers lEurope ? Zakaria Boualem ne sen sent pas le courage. Il se rallonge sur le seddari brûlant et lâche :
- Aaaahhh al haj, heureusement que vous les avez viré, had lfrancess
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