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N° 138/139
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Pétition. Les imams pro-Benchekroun

Une pétition circule depuis plus de deux semaines, dans les milieux religieux de Casablanca, en soutien à l’imam de la Mosquée Hassan II : Redouane Benchekroun. Le texte, qui aurait recueilli plus de 50 signatures, condamne la "campagne de dénigrement et la pression morale dont a été victime Benchekroun depuis son prêche du 25 juin (ndlr : où il interdisait entre autres la mixité dans le travail, le port des maillots de bain et les festivals de musique)". La pétition devra être envoyée au ministère de tutelle, mais aussi au cabinet royal. D’après des sources sûres, il a été déconseillé aux membres du Conseil des ouléma de Casablanca, que préside Redouane Benchekroun, d’y faire figurer leurs signatures. En d’autres termes, c’est le "petit peuple des imams et des khoutaba des mosquées de quartier à Casablanca", pour reprendre l’expression d’une source proche du dossier, qui manifeste son soutien à Benchekroun.


Affaire Ben Barka. Un juge français passe la main

(Photo AFP)
Le juge Claude Choquet, chargé depuis deux ans de l’instruction de l’affaire Ben Barka en France, vient d’être relevé de ses fonctions. L’annonce, qui n’a pas été encore officialisée, le sera à la mi-septembre où le nom de son remplaçant sera connu. Des sources judiciaires, en France et au Maroc, nous ont confirmé la nouvelle : "Choquet, s’apprêtait à se rendre au Maroc à la rentrée prochaine, pour auditionner des témoins. Il avait entamé les démarches administratives dans ce sens quand il a appris qu’il sera déchargé de l’affaire Ben Barka pour être appelé à de nouvelles missions". Les autorités françaises ne sont pas à leur première surprenante décision :
Jean-Baptiste, le prédécesseur de Choquet, avait à peine préparé d’importantes commissions rogatoires (auditions de témoins par un juge marocain, en vertu des accords juridiques liant la France au Maroc) quand il a été, bizarrement, rappelé à d’autres fonctions en 2002.


Torture. Pas de manif à Témara

Le sit-in prévu en début de semaine devant le siège central de la DGST à Témara n’a finalement pas eu lieu. Il a été remplacé par une manifestation aux abords d’Assouak As-Salam, près de Rabat. Dès le départ, le comité d’organisation ne se faisait pourtant guère d’illusion. "La DGST ne nous laissera pas marcher vers le centre de détention illégale qu’elle abrite, mais on manifestera le plus près possible, pour le symbole", admettait la veille du sit-in un membre du comité d’organisation, qui regroupe les trois principales ONG des droits humains (FVJ, AMDH, OMDH). Comme prévu, le lendemain, les manifestants ont été accueillis par des centaines de policiers et de CMI, conduits par le préfet et le wali de Rabat. "On vous laissera marcher sur Témara si on reçoit le feu vert", ont répété les policiers aux marcheurs. Le feu vert n’est pas venu, et les trois ONG ont déployé leurs banderoles devant Assouak As-Salam, loin du centre de la DGST. Une grande première tout de même, qui s’est déroulée sans heurts. Et, d’après des sources sûres, "sans la participation des rescapés (islamistes) de Témara, encore sous le choc".


Rif. L’hommage de Mohammed VI à Abdelkrim Khattabi

L’affaire du directeur d’école français, condamné pour pédophilie à Rabat, vient de rebondir en début de semaine. Le 26 juillet, en effet, la cour de cassation a décidé d’examiner un pourvoi en cassation, décidé à l’insu de la partie civile représentée par deux ONG spécialisées dans la défense des droits des enfants : l’ONDE et l’AMESIP. Les ONG ont finalement obtenu, in extremis, le renvoi de la cassation au 20 septembre. Les débats promettent d’être chauds. "Le pourvoi en cassation, nous explique un avocat de la partie civile, semble avoir été introduit dès avril 2004 par le gardien de l’école, lui aussi condamné à 4 ans". Un deuxième élément est intervenu en cours de route : le surprenant retrait de la plainte de l’un des parents des enfants violés… Rappelons que "Daniel", le directeur d’école, a été condamné en juillet 2001 à dix ans de prison pour avoir abusé d’une dizaine d’enfants de la rue à Rabat.


TVM. Saïl à la place de Laraïchi ?

L’état de santé du directeur général de la TVM continue d'être préoccupant. Des sources internes affirment que "ce sont des rumeurs", mais ne rassurent pas pour autant. Un communiqué officiel a même été émis pour faire taire ce bruit qui enfle. Deux amis proches de Fayçal Laraïchi sont formels : "Il est mal en point, mais il est difficile de préciser s’il est dans un état critique". Dans la foulée, le nom de Noureddine Saïl, ex-patron de 2M et ancien directeur des programmes à la TVM, est avancé dans les rouages du Palais pour lui succéder ou assurer son interim. Difficile à confirmer.


Victimes sahraouies. Le fin mot de l’ier

L’Instance équité et réconciliation est revenue bredouille de Laâyoune, la semaine dernière. "Nous avons détecté quelques 420 cas qui nécessitent une intervention médicale d’urgence, mais le nombre élevé d’associations de victimes sahraouies complique notre tâche", déplore un membre de l’IER. Très peu d’informations filtrent sur les raisons derrière les maladies et autres lésions enregistrées au sein de cette population. Mines anti-personnel, Kelaat M’gouna, Agdz ? L’IER se refuse d’avancer des hypothèses. Pourquoi ce black out ? "Pour vaquer au plus urgent, à la situation sanitaire", nous explique-t-on. Mais tant que les différents représentants des victimes protestent en rangs dispersés, ce sera peine perdue.


Pétrole off shore. Les pêcheurs gênent les forages

La compagnie pétrolière Shell distribue des tracts auprès des marins et armateurs de pêche à Agadir et sa région. Ces tracts précisent que la compagnie effectue des forages jusqu’au 31 août 2004. Une carte est jointe au document pour indiquer les points des opérations. La compagnie qui a été gênée par la proximité de certains bateaux de pêche n’en est pas à son premier avertissement. Le ministère de tutelle a été sollicité et a émis un avis aux intéressés pour qu’ils se tiennent à distance (500 mètres au minimum). Le forage de deux puits au large d’Agadir est intervenu après deux ans d’exploration. Pendant cette période, la compagnie a effectué des études sismiques (3D) très coûteuses. À noter que le forage d’un puit en offshore nécessite 20 millions de dollars d’investissement. Ce qui laisse deviner la teneur des résultats du sismique.


Diplomatie. Londres séduit la télé marocaine

Le Royaume-Uni s’intéresse, via son ministère des Affaires étrangères, au Maroc. Il vient de proposer, à titre gracieux, un programme télévisuel à 2M, le BSN ou British satellite news, disponible en six tranches hebdomadaires de 10 minutes chacune. Le BSN arrose déjà, gracieusement, 80 % du Moyen-Orient (dont l’Iran, l’Égypte et la Syrie) et propose des plats variés allant de l’actualité internationale au documentaire. Cet intérêt soudain et généreux de la télévision britannique, via les services du Foreign office, semble s’expliquer, nous indique une source fiable, "par l’intérêt que la Grande-Bretagne porte au Maroc, notamment depuis l’éclosion du phénomène du terrorisme et son internationalisation".


Lmrabet. Dans les bras de Sidna

7 mois dans la prison de Sidna. C'est le titre choisi par Ali Lmrabet pour le livre qu'il fignole et qui paraîtra bientôt en France et en Espagne, probablement avant la fin 2004. Lmrabet y parle de son séjour à la prison de Salé, mais aussi et surtout de Mohammed VI. "Je vais déballer tout ce qui se dit sur le roi, dans les rues et les salons au Maroc", menace-t-il. Le journaliste se plaint de ce que des hommes du Palais tentent d'en savoir plus. "André Azoulay a même fait pression sur l'un de mes éditeurs. Je lui dis : 'J'ai été un prisonnier de Mohammed VI et non d'un Lâanigri ou d'un Bouzoubaa'". Lmrabet a entamé, dans la foulée, la préparation d’un deuxième livre, "sur la vision de l'Espagne par un Marocain". Quant à son retour à la presse marocaine, rien n’a encore été fait, même si l’idée de lancer Après Demain n’est pas encore concrétisée. Enfin, pour l’anecdote, Lmrabet a qualifié le plagiat de Demain par Deux mains de "coup bas minable". Repos.


3 questions à Driss El Yazami (Membre de l’IER)

L’IER vient d’annoncer publiquement sa volonté de rendre les auditions publiques. Entendez-vous par là toutes les auditions ?
Non. On auditionne parfois des anciennes victimes ou leurs familles pour étayer ou vérifier des informations. Les auditions devant être rendues publiques ont plusieurs vertus : permettre aux victimes d’exprimer ce qu’elles ont vu ou vécu de manière subjective, reconnaître implicitement la torture et permettre une réconciliation avec notre histoire nationale.

Faut-il comprendre que tous les Marocains pourraient voir à la télévision des victimes
de 1981 ou autres familles de disparus passer devant l’instance ?
On veut que ces témoignages arrivent au maximum de lecteurs, d’auditeurs et de téléspectateurs. Il y a diverses formes de diffusion. Certains dossiers pourraient être traités avec la presse ou les radios régionales. Il faut qu’on soit créatifs en tenant compte de la culture du pays.

Pourriez-vous envisager des confrontations victimes / bourreaux télévisées ?
On ne sait pas à quoi pourrait servir la confrontation et s’il faut mettre la parole du bourreau sur le même pied d’égalité que celle de la victime. On pense plutôt à respecter la représentativité, en terme de période historique, de couches sociales touchées, de région, de genre et de génération, et pourquoi pas favoriser des affaires hautement symboliques.



Billet : Peur de la politique, peur pour la culture (par Driss ksikes)

La culture n’a jamais été au cœur de la politique, comme elle l’a été durant cet été. Lorsque Raïssouni se plaint de cette "avalanche de festivals qui appellent les jeunes à la débauche", il craint que soit réduit à néant l’embrigadement moral auquel s’attellent les islamistes. Prenons-le au mot, les festivals peuvent servir d’antidote à l’islamisme. La preuve, André Azoulay trouve que "les jeunes venus en masse au festival gnaoua ont donné une gifle à tous les islamistes qui voulaient en ternir l’image". Entre la crainte de l’un et la réplique de l’autre, on décèle vaguement un malaise, né de la fièvre post-16 mai. Notre establishment, ne pouvant pas entraver l’ouverture politique qui permet aux islamistes d’avoir droit de cité, aimerait tant que l’ouverture culturelle serve, par ricochet, de sas pour réduire leur impact sur la société. Dans cette frénésie qui s’empare de tous, le seul maître mot que l’on répète par mimétisme est "la proximité" ou "la fête". C’est de bonne guerre, mais il faut être bien armé d’abord. Or, que ce soit au ministère de la Culture, qui s’occupe de centaines de festivals mais mal, ou dans les wilayas qui voudraient prendre le relais mais craignent d’être submergés par le nombre, on achève bien la culture en la faisant à moitié. L’erreur est stratégique. En réduisant la culture au spectaculaire, en ignorant presque les chantiers de la lecture, du débat et de la création, en faisant des professionnels de l’art des intermittents éternels et sans solde, on met à mal la résistance artistique ou intellectuelle à la bigoterie ambiante. Alors, si on a peur de la politique, qu’on ait au moins peur pour la culture.



Humeur : Récépissé coupable ! (par Karim Boukhari)

Ceux qui rêvent de lancer de nouveaux partis politiques feraient bien de changer d’avis. Les jeunes gens d’Annahda viennent d’en faire l’amère expérience. Le parti lancé par Chakib Bensouda, un ancien du FFD de Thami El Khyari (lui-même ancien du PPS), n’a pas reçu le récépissé qui atteste de son existence. Renseignement pris, il paraît que "c’est le gouvernement qui refuse de délivrer le récépissé". Le gouvernement ? Mouais... On n’est pas encore dans un pays où le gouvernement décide de tout, tout seul. La volonté émane d’en haut, c’est le Palais qui décide. Ceux qui avaient encore un doute ont révisé leurs petites leçons, à la lumière du discours - royal - du trône. Le message de Mohammed VI a été on ne peut plus clair : "Non à la balkanisation de la carte politique". Et pas de récépissé avant que ne soit promulguée la loi sur les partis, sur laquelle "le gouvernement (en fait, les hommes du roi) n’a pas fini de plancher".
Récapitulons : le gouvernement réforme la loi sur les partis et, en attendant, appose un stand by à tous les projets qui lui arrivent. Vision simpliste des choses. Ce n’est pas dans le gouvernement que cela se passe, mais dans les coulisses du Palais. Voilà pour la forme. Le fond reste le même : le Palais veut limiter les références à l’islam et éviter que des trublions se retrouvent à la tête de partis sortis du néant. Bonne idée. En attendant, il existe un parti authentique qui attend toujours son récépissé depuis 5 ans au moins : Ennahj Addimocrati. Et un autre qui opère sous le couvert d’une ONG : Al Adl Wal Ihsane. Et beaucoup d’autres, y compris parmi ceux qui sont aux affaires, qui n’existent que par leurs députés et ministres. Bon courage, Annahda !



Et un chantier bouclé, un !

Les fameux "50 projets" (TelQuel n°127) portés par le réseau des associations de quartier et la CGEM, avancent à grands pas. L'un d'entre eux a même été achevé cette semaine. Avec le soutien financier du promoteur immobilier Al Mawlid, les volontaires de l'association des chantiers sociaux marocains (section Sidi Bernoussi) ont terassé une piste (anciennement dépotoir sauvage), par laquelle transitent quotidiennement 3000 ouvriers. La Lydec et l'arrondissement de Bernoussi ont aussi participé à l'opération. C'est fait. Bravo !



Vite !

Le général Abdelaziz Bennani, commandant de l’Armée du Sud, vient d’être promu inspecteur général des FAR. Sa promotion l’éloigne, en fait, du Sahara où il dirigeait les troupes depuis plusieurs années. Un remplaçant devrait lui être trouvé dans les prochains mois. À l’inspection générale des FAR, Bennani remplace Abdelhak Kadiri, décoré, mais poussé indirectement à la retraite.

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Un fournisseur du Palais en feu. Un incendie s’est déclenché, il y a peu, dans un magasin appartenant à l’un des fournisseurs du Palais d’Agadir. L’origine de l’incendie n’a pas encore été déterminée. Ce qui est sûr, c’est que le magasin appartient à un parlementaire, le seul parmi les fournisseurs du Palais qui ne soit pas en détention préventive, les autres étant passés derrière les barreaux. Immunité parlementaire oblige.

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Ma3 n’émet plus depuis quelques semaines. Officiellement, la chaîne de télévision lancée il y a deux ans par Fatim-Zohra Benaddi, s’apprête à déplacer ses plateformes de diffusion de Rome vers une autre capitale européenne. Dans les coulisses, cette soudaine "absence" de Ma3 serait dûe au retrait de son principal artisan, le Cheikh Kamal Salah, président de Dallah Al-Baraka.

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Les 22 jeunes enfants palestiniens invités au Maroc, dans le cadre d’une action humanitaire, sont repartis en fin de semaine dernière vers Gaza. Ils sont, depuis, bloqués à la frontière jordanienne et n’ont pas pu regagner leurs foyers en Palestine, "à cause de la situation trouble à Gaza".

 
 
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